Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Février 2026.
La rencontre YGGL x EDA : c’est quoi le vrai déclencheur, une idée de son, une affinité de références, ou un accident heureux ? EDA : Une nouvelle salle s'était ouverte sur Biarritz et un pote m'a proposé d'aller voir un concert d'un mec qui faisait du grunge/shoegaze en solo... Il venait de jouer chez le disquaire de Biarritz " Aberdeen ", qui m'en avait aussi parlé ce soir-là. C'était Yrwan (=YGGL). J'ai kiffé le concert et je l'ai revu un an après et on a discuté de son nouvel album qu'il venait d'enregistrer... Je lui ai d'abord proposé de faire un remix d'un titre et finalement, on en a fait plus. YGGL : J’ai croisé EDA plusieurs fois après des concerts pendant que je finissais d’enregistrer mon album " Goodies " et je crois qu’après lui avoir envoyé l’album pour qu’il l’écoute et avoir un retour il m’a proposé de me faire un remix, c’est un truc que je n’avais jamais fait du coup je me suis dit que ça pouvait être marrant sans vraiment trop savoir dans quoi je m’embarquais. Vous vouliez surtout recréer une époque ou réactiver une méthode : le maxi CD 4 titres, les versions alternatives, le côté " rare " ? YGGL : Franchement, je me suis laissé guider par les idées d’EDA, je venais de finir tout le long process de créer et sortir un album en solo complet ce qui m’avait bien essoré, là, c’était vraiment par curiosité et j’étais trop jeune pour connaître l’époque des maxis, je ne savais même pas qu’on pouvait mettre plusieurs fois la même chanson avec différentes version sur CD, je n’avais pas de pouvoir d’achat à cette époque, du coup, le peu de CD que j’avais, c’était des albums et je pense qu’EDA avait déjà cette curiosité de « DJ » pour s’intéresser au maxi et, étant plus âgé, il pouvait déjà s’acheter des CD alors que moi je devais encore supplier mes parents pour choper " In Utero " chez Auchan ou le mettre en scred sous les courses dans le caddy (rires). EDA : En fait, en bossant les nouvelles versions de " Heaven ", ça m 'a fait vraiment pensé à ces maxi CD de l'époque des années çà et 2000. J'en acheté plein, souvent ils étaient soldés car ce n’était pas les versions albums... Moi j'étais curieux d'écouter ces titres alternatifs et ces remix. J'écoutais déjà un peu tous les styles de musique. Y avait pas mal de remix de mecs underground et de pointures. C'étaient mes pépites à moi... " Mid-90s " peut vite virer au pastiche : quel a été votre garde-fou pour rester sincères et actuels ? EDA : En fait, au milieu des années 90, j'étais au lycée donc c 'était vraiment mon époque. J'avais un groupe de grunge/noise. Ca me faisait marrer de faire un truc 30 ans après dans le même esprit avec Yrwan qui a un univers, qui colle exactement à cette époque. Pour moi dans les années 90, j’aurai rêvé de faire ça mais j'étais qu'un gamin qui jouait de la basse vite fait et aucune expérience... YGGL : Il n’y a pas eu de stratégie, EDA me disait qu’à l’époque ça se faisait comme ça et du coup naturellement ça me faisait tripper de voir comment mes chansons allaient se transformer, je lui ai vraiment laissé la main pour qu’il fasse ce qu’il voulait de mes tracks quitte à le pousser un poil pour que ce soit vraiment différent de mon univers. L’EP revendique l’énergie " chambre/garage " : concrètement, quelle imperfection vous avez recherchée (prises live, grain, saturation, batterie, erreurs gardées) ? EDA : L'idée était d'enregistrer avec le matos qu'on avait sous la main... Une basse, une guitare les 2 des Squiers (sous marque de Fender), 2 amplis à moins de 300 euros, 2 micros... Pas de cabine studio, tous dans la même pièce. Très peu de pistes et quasiment pas d’éditing. Juste l'essentiel. Un retour aux sources avec comme différence un ordinateur au lieu des bandes. Pareil pour les parties rythmiques et arrangements, juste simple et efficace. YGGL : Même si on était en set up minimaliste, j’ai l’impression que c’est des versions sans imperfections pour le coup, je n’utilise pas d’ordinateurs dans mon process habituel, je sample mes batteries direct à l’arrache dans mon looper, mon pedal board buzz dans mes amplis et je bricole mon circuit en système D, du coup le fait d’avoir des drums propres à l’ordi et des sons de claviers et de basses, ça apporte autre chose. Dans l’équilibre du duo : YGGL apporte quoi d’instinctif, EDA apporte quoi de construit… et qui a le plus bousculé l’autre ? EDA : Yrwan est un musicien de live normalement, il joue seul avec un looper. Il compose de la même façon sans logiciel... C'est un vrai grunge. Je trouve ça hyper intéressant... Moi, c'est l'inverse. Dans ce projet, j'ai carrément le rôle de producteur... Je pense que je l'ai un peu bousculé. Après j’ai essayé de faire un truc qui lui ressemble, pas artificiel. YGGL : EDA a vraiment une connaissance de la production et un vrai background pro et c’est surtout la première fois que je confie mes chansons à quelqu’un d’autre ayant toujours fait de la musique solo chez moi sans collaborateurs, du coup forcément ça m’a quand même fait bizarre et je me suis rendu compte que c’était dur de lâcher prise et que je resterais sans doute à jamais un control freak en solo pour la composition et que je suis pas prêt de faire un groupe (rires). La pochette : quelle est l’inspiration (codes 90’s, esprit maxi, clin d’œil MTV, ou intention plus personnelle) et qui a porté l’idée au départ ? EDA : C'est venu de l'idée du maxi. YGGL : et du clip aussi je dirais, en fait tout c’est fait naturellement sans prise de tête. " Heaven " en 3 versions : à la base c’était un morceau décliné ou trois pistes qui se sont retrouvées sous le même nom ? YGGL : Moi j’étais perplexe de faire 3 versions de ma chanson originale, comme je disais, je n’ai pas connu les maxis, du coup, je me demandais vraiment qui ça pouvait intéresser d’entendre 3 fois la même chanson dans des versions différentes mais au final je trouve ça fun, mais je reste persuadé que c’est un truc de digger pour des gars comme EDA (rires). EDA: C'est pas faux... Moi j'ai trouvé ça aussi marrant à faire. " Heaven (Slowfi version) " : quel est le geste de prod qui définit cette version (tempo, espace, traitement voix/guitares, expérimentation sonore) ? EDA : J'ai pensé aux bricolages sonores du premier album de Beck pour cette track. Un peu mou, downtempo, Yrwan a dû chanter plus lentement, la voix sature un peu bizzarement. C'est un autre mood très mid 90. Pour l'instru des bricolages sonores avec de la jungle ralentie... YGGL : guitares un peu fausses et noise. EDA : Au final, pendant le mix, j’ai enlevé tous les effets sur le beat et la basse. Y’a pas de floritures. " Heaven (Indie pop version) " : vous visiez quoi en priorité, l’énergie rythmique, la couleur d’accords, ou le mix guitare/voix qui ouvre le morceau ? EDA : C’est très personnel mais pour moi " Heaven " a un côté très pop de base dans l'album avec cette petite mélodie qui tourne. Et une version Indie pop s’est imposée... La guitare / voix en premier avec une bonne rythmique et un minimum d'arrangement. " Heaven (UK remix) " : comment vous avez dosé le curseur entre big beat électronique et ADN rock, sans perdre l’identité YGGL ? EDA : Le big beat de base c’est mi-electro/techno, mi-rock et j’adore ce style. Après les synthés gardent l'esprit planant du morceau avec une basse electro au Moog vénère. C'est un bon équilibre, cool !!! Y a aussi ce côté Moby... Nostalgique. YGGL : Celle-ci je voulais vraiment qu’EDA se lâche parce que je connais pas du tout ce style de musique et je n’aurais jamais fait un son comme ça et, au final, c’est mon remix préféré. ![]() " Good Day (Stonepunknoise version) " : c’est quoi votre définition du " stonepunknoise ", une basse, des breaks, un son de guitare, une attitude ? EDA : Pour moi, l'idée était de casser le côté linéaire punk du morceau de base de l'album avec un refrain rythmiquement très différent. Pour le bridge planant, c'est un clin d'oeil à FILTER (premierr album). En plus ça va à l'encontre du bridge stoner de la version originale. YGGL : J’avais peur que cette version soit trop proche de ma chanson originale à la base et du coup je ne voyais pas trop l’intérêt mais du coup quand EDA a pris mon pont pour en faire un refrain j’ai trouvé ça cool et assez éloigné du " Good Day " de " Goodies " qui est quand même bien plus crade. Des lives : c’est prévu ? Et si oui, plutôt un set YGGL " augmenté " ou un vrai show YGGL x EDA avec versions alternatives, transitions et passages plus électroniques ? YGGL : Non, ça serait bizarre à mettre en place je pense, on n'est plus sûr de la musique de diggers à écouter dans son baladeur CD antishock dans le bus. EDA : Non pas du tout... C'est un side-project. EDA, ton passif Team Nowhere / ENHANCER : tu as volontairement ramené l’esprit potache et l’énergie de bande dans ce projet ? Et YGGL, tu l’as vécu comment : boost, joyeux bazar, ou " il a encore eu une idée "… ? YGGL : Vraiment j’ai presque été spectateur dans ce projet, je l’ai vécu comme une petite parenthèse de ce que je fais d’habitude et surtout une rencontre avec un mec à qui je pouvais poser plein de questions sur comment c’était d’être allé enregistrer dans les studios de KORN en Californie ou d’avoir bossé avec LA CAUTION ahah. EDA : Exactement, L'énergie de groupe, c’est surtout ça que j'ai voulu ramener avec une batterie évolutive, une vraie basse. J'adore la config classique d'Yrwan seul avec son looper. L'idée était que ça sonne vraiment différemment, comme un band ! |