Sun


Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Juillet 2026.


Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal.
On poursuit cette série avec SUN, afin de préparer les cervicales autant que les esprits
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Sun

SUN, c’est un nom lumineux, mais né d’une histoire très intime. Comment as-tu réussi à transformer cette mémoire personnelle en un nom de scène qui porte à la fois la lumière, la chaleur, la clarté et une forme de force vitale ?
Le Soleil, c'est l'astre qui donne la vie, mais c'est aussi une boule de feu géante capable de tout cramer si tu t'en approches trop près. J’ai tenté de transformer une douleur en énergie pure, et j’ai obtenu exactement ça : une lumière aveuglante qui réchauffe autant qu'elle brûle. C'était le seul nom possible en mémoire à mon père et j’avais envie de d’un nom d’artiste qui me rapprochait de la mémoire de mon père.

Tu as créé ton propre style, la " Brutal Pop ", quelque part entre les mélodies catchy, les riffs metal, le scream, la double pédale et un univers visuel coloré. À quel moment as-tu senti que ce mélange n’était plus seulement une addition d’influences, mais vraiment ton langage naturel ?
Le jour où j’ai arrêté de me demander " est-ce que c'est trop pop pour les métalleux ? " ou " est-ce que c'est trop violent pour les radios ? ". Quand tu penses en musique sans filtre et que la violence d'un scream devient aussi évidente qu'une mélodie un peu bubblegum, ce n'est plus une recette, c'est ta voie.

On décrit parfois ta musique comme l’enfant caché de HOLE et GOJIRA. C’est une formule assez parlante, mais aussi presque trop pratique. Est-ce que tu t’y reconnais, ou est-ce que la " Brutal Pop " cherche justement à exploser les comparaisons trop bien rangées ?
Ces comparaisons sont très flatteuses et de super étiquettes pour les algorithmes, et j'adore ces deux groupes, mais la Brutal Pop est là pour casser les tiroirs, pas pour s'y ranger.

Tu viens du metal extrême, avec des références comme STRAPPING YOUNG LAD, MORBID ANGEL ou GOJIRA, mais tu revendiques aussi l’influence de BEYONCÉ, JANET JACKSON, MIA ou GWEN STEFANI. Comment fais-tu cohabiter cette brutalité rythmique et cette science du refrain pop sans que l’un écrase l’autre ?
Elles partagent la même chose : l'IMPACT. Un hook pop entêtant et rythmique peut avoir la même intensité dramatique qu'un gros riff midtempo super velu. Pour moi, la Pop était comme un vêtement trop serré, j’ai toujours composé des choses très catchy mais j’avais besoin de plus d’intensité, comme s’il n’y avait pas assez de crayons de couleur dans ma trousse. C’est un processus naturel que ces choses se côtoient dans ma musique.

Ton scream est né dans un contexte traumatique, avant de devenir l’un des éléments fondateurs de ton univers. Est-ce que tu le vois aujourd’hui comme une blessure transformée en outil artistique, comme une arme, ou comme une manière de reprendre possession de ton corps et de ta voix ?
C'est tout ça à la fois. Au départ, c'était un réflexe de survie, un cri viscéral.
Aujourd'hui, c'est un canal d'évacuation et un bouclier. Quand je cries sur scène devant des milliers de personnes, c'est un acte de re-appropriation de mon corps, de mon histoire: transformer le chaos intérieur en une arme de catharsis massive.

Sun

" Krystal Metal ", sorti le 9 mai 2025, est ton premier album, mais il semble presque avoir été écrit sur une très longue durée, avec des chansons qui remontent parfois à l’adolescence. Est-ce que tu as eu l’impression de sortir un disque, ou de libérer tout un pan de ta vie ? Quel bilan tire-tu pour les un an de la sortie du disque ?
Honnêtement je ne m’attendais pas à ce qu’un album auto produit voyage aussi loin, qu’il ait un tel succès. Sortir ces chansons, c'était comme ouvrir une vanne bloquée depuis l'adolescence. Un an après, le bilan est incroyable ! Cet album a fait sa propre petite vie sur scène, il a fait le tour du monde et m'a prouvé que mes monstres intérieurs parlaient la même langue que beaucoup de gens. J’ai un peu perdu le contrôle car j’ai une petite équipe mais c’est toujours mieux dans ce sens là.

L’album parle des premières fois, celles qui exaltent, qui détruisent, qui propulsent ou qui laissent un abysse. Pourquoi cette période de l’adolescence reste-t-elle une matière aussi puissante pour écrire des chansons ?
Parce que c'est le moment où tu te fais écorcher vif pour la première fois. Tu n'as pas encore la peau dure. Tout est trop grand, trop violent, trop beau. L'adolescence, c'est de la matière première brute pour une musique intense. Pour moi c’est un réservoir d'intensité pure dans lequel je puiserai sans doute toute ma vie.

Tu as expliqué que chaque titre de " Krystal Metal " part d’un guitare/voix longuement maturé, avant d’être enrichi par la batterie, la basse, les synthés et les arrangements vocaux. Est-ce important pour toi que même les morceaux les plus produits gardent une colonne vertébrale de chanson très solide ?
Absolument. Si une chanson ne fonctionne pas autour d’un feu de camp avec une guitare acoustique bancale - mème avec ma technique de main droite très axée sur les aller-retours et le down picking - aucune double pédale ni aucun mur de choeurs au monde ne pourront la sauver. Les arrangements et la production sont des amplificateurs, pas du maquillage pour cacher la misère. Le songwriting est mon plus grand amour et c’est d’ailleurs plutôt la qu’elle est la Pop dans " Brutal pop ", dans le songwriting.

Andrew Scheps t’a encouragée à produire ta musique toi-même, et tu revendiques une approche très intentionnelle du studio, jusqu’aux choix de micros, de compression, de rooms, d’analogique ou de numérique. Est-ce que produire toi-même, c’est une manière de garder le contrôle émotionnel du morceau jusqu’au bout ?
Exactement. Quand la chanson est née d'un truc aussi viscéral, tu ne peux pas confier la clé de la cuisine à quelqu'un d'autre. Choisir la compression ou le micro, c'est décider de quelle façon l’émotion va frapper l’auditeur. De la compo au mix, le tout fait partie d’un même geste pour moi.

Dans " Krystal Metal ", tu voulais conserver les codes de " l’Album Pop ", avec des morceaux différenciés, chacun doté d’une identité forte, tout en y intégrant des éléments techniques empruntés au métal. Comment as-tu construit cet équilibre entre cohérence globale et variété maximale ?
En traitant chaque titre comme un film court avec son propre décor et ses propres règles, mais interprété par le même acteur. J’aime jouer avec différentes rythmiques, différents bpm et j’archive depuis des années des riffs de guitare et de synthé ainsi que des pattern de batterie à garder sous le coude pour le bon moment.
Le fil conducteur de tout ça, c'est ma voix, la façon signature de jouer ma gratte, la façon dont j’écris les parties drum, et les arrangements très reconnaissables qui restent cohérents entre chaque morceau. Shuta Shinoda a ensuite fait un super boulot sur le mix.

" Blood " revient sur les racines familiales, les secrets, la question de l’appartenance et la liberté de choisir sa famille. Est-ce que ce morceau représente une étape particulière dans ton écriture, peut-être plus frontale encore dans la manière de regarder le passé ?
Oui, c'est un morceau où j'ai enlevé la métaphore pour aller au scalpel haha. La famille de sang, on ne la choisit pas, mais on a le droit absolu de choisir sa tribu. " Blood ", c'est une déclaration d'indépendance au format pop.

Tu as marqué les esprits avec " I Killed My Man ", puis avec des titres comme " Warrior Riot Grrrl ", " Free Your Soul " ... Est-ce que tu vois tes chansons comme des décharges d’énergie, des manifestes intimes, ou des portes ouvertes pour que chacun y trouve son propre courage ?
Un peu des trois. Ça vient toujours d’une émotion forte de mon côté, mais les textes restent rarement à l’état brut, griffonné dans mes carnets. J’observe beaucoup les gens et j’aime vraiment l’exercice de partir de soi, puis de travailler le texte pour que chacun y trouve un bout de soi même, de la force, du courage, du catharsis etc.

Tu as donné plus de 120 concerts dans 18 pays sur 4 continents, entre festivals, premières parties et tournées. Qu’est-ce que cette intensité du live a changé dans ta manière d’écrire, de chanter, de produire et même de penser SUN ?
Je crois qu’on est même bien au dessus des 200, c’est ouf !
Ça m'a appris à aller droit au but. Quand tu joues devant des publics qui ne parlent pas ta langue, tu comprends très vite ce qui touche direct aux tripes. Le live m'a donné une confiance dans l'urgence et dans l'instant présent. Ça a accéléré mon processus de création…

"Sun

Tu as joué sur le parvis du Stade de France pour le pré show de METALLICA, ouvert pour SHAKA PONK, tourné avec HANABIE, joué à Rock en Seine, aux Transmusicales, au Great Escape, au Fusion Festival, puis sur la Mainstage du HELLFEST 2025 (je crois d’ailleurs que tu étais très émue de jouer sur la même scène que KITTIE - malgré une attaque de M&Ms). Comment garde-t-on les pieds au sol quand les étapes s’enchaînent aussi vite ?
En se rappelant que juste après avoir joué devant des dizaines de milliers de personnes au Hellfest (et failli succomber à une attaque de Dragibus mortelle en coulisses), tu te retrouves dans des loges souvent moins glamour que ce qu’on peut imaginer à ranger ton costume sale dans des caisses et à charger le camion haha. Mais ce qui me ramène sur terre c’est quand je vais voir mes fans au merch. J’adore discuter avec mes fans et faire quelques photos avec eux quand j’en ai l’occasion. C’est le moment de rencontrer des gens avec des parcours parfois hallucinants ! Savoir qu’ils me suivent partout me donne aussi envie de faire les choses bien. C’est le meilleur moyen de garder les pieds sur terre.

Tu es aussi actrice, avec " Tom Medina " de Tony Gatlif, sélectionné à Cannes, puis plusieurs films de Bertrand Mandico. Est-ce que cette expérience du cinéma nourrit la performeuse que tu es sur scène, dans le rapport au corps, à l’image et à la narration ?
Énormément. Le cinéma m'a appris l'utilisation de l'espace, la gestion du silence et l'intensité du regard. Sur scène, chaque morceau est un rôle dans lequel je m'abandonne à 100 %, sans filet de sécurité.

Tu vas jouer au FURIOS FEST. Est-ce que tu connaissais déjà le festival, son ambiance et son public, ou est-ce une nouvelle scène à conquérir dans ton parcours de Brutal Pop ?
Chaque scène est une nouvelle conquête ! J'ai tellement entendu parler de l'énergie brute du Furios Fest que j'ai hâte d'aller y foutre le bordel et d'injecter une dose massive de Brutal Pop au public.

Pour un festival comme le FURIOS FEST, comment imagines-tu ta set-list ? Plutôt une décharge immédiate autour de " Krystal Metal ", ou un voyage plus large qui relie tes EPs, tes singles et ce premier album ?
Un sprint sans arrêt respiratoire. On prend le cœur dur de " Krystal Metal ", on pimente avec les hymnes des débuts, et on enchaîne ça comme une décharge électrique de la première à la dernière seconde.

Le FURIOS FEST, c’est aussi le Cantal, ses grands espaces, ses reliefs, ses plats solides et son air qui réveille presque autant qu’une double pédale bien placée. Si la " Brutal Pop " de SUN devait rencontrer une image locale, tu choisirais quoi : un soleil sur les volcans, une truffade de combat, un champ en feu, ou autre chose encore ?
Une truffade de combat sous un soleil en feu sur les volcans ! Le mélange parfait entre la lourdeur reconfortante qui cale bien et l'explosion de chaleur pure.

Pour finir, il y a toujours une question qu’on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd’hui, et qu’auriez-vous envie d’y répondre ?
Question : " Quel est le secret pour hurler à la mort tout en gardant un rouge à lèvres impeccable ? ".
Réponse : De la colère pure, une peu de technique, un bon fixateur, et absolument aucun compromis.