Paradise Lost


Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Juin 2026.


Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal.
Suite de cette série avec PARADISE LOST, de préparer les cervicales autant que les esprits.


Paradise Lost

PARADISE LOST compte désormais dix-sept albums et presque quatre décennies d'histoire. Avec " Ascension ", aviez-vous le sentiment d'ajouter un chapitre de plus à une longue histoire, ou d'ouvrir une nouvelle pièce dans une maison que vous construisez depuis 1988 ?
Nick Holmes : Je dirais que c'est plutôt un nouveau chapitre, parce que nous n'avons jamais fait de pause avec le groupe. Nous continuons à faire des albums, nous continuons à avancer. Donc, je suppose que c'est simplement un autre chapitre dans la carrière du groupe, et que cela représente là où nous en sommes en 2026, par opposition à 1998 ou 1988.

" Ascension " regarde à la fois vers le passé et vers l'avenir, en partie marqué par le réenregistrement de " Icon " sous le titre " Icon 30 ", mais aussi par une expérience émotionnelle beaucoup plus personnelle et récente. Comment avez-vous réussi à faire coexister ces deux mouvements sans que l'album reste piégé dans le passé ?
Gregor Mackintosh : Oui, le réenregistrement de " Icon " a été le catalyseur qui m'a conduit dans cette direction avec le nouveau matériel. Je n'essayais pas de recréer ce son. J'essayais de retrouver ce que je ressentais lorsque j'écrivais et jouais de la musique au début des années 90. Comme j'essayais de saisir un ressenti, il y avait beaucoup moins de risques que cela sonne daté que si j'avais essayé de capturer un son particulier de notre passé.

Gregor Mackintosh a décrit " Ascension " comme lié à une étrange expérience de sortie du corps, presque comme une révélation, tout en restant très ancré dans la psychologie plutôt que dans la religion. Comment cette idée d'ascension, spirituelle, mentale ou émotionnelle, est-elle devenue le cœur du disque ?
Gregor Mackintosh : Les deux choses sont arrivées simultanément, à la suite de facteurs extérieurs très différents. Je pense qu'il était très approprié d'appeler notre album " Ascension " alors que j'étais obsédé par les significations de ce thème à travers l'histoire, la science et différentes cultures.

PARADISE LOST a souvent utilisé l'imagerie religieuse tout en gardant une distance très sceptique, voire athée, vis-à-vis de la religion elle-même. Qu'est-ce qui vous fascine encore dans cette iconographie : la beauté, l'obscurité, le drame, ou la manière dont elle donne forme aux peurs et aux espoirs humains ?
Nick Holmes : Nous avons toujours été amateurs d'art sombre, de musique sombre, de tout ce qui provoque une forme d'émotion, que ce soit une sorte d'appréhension ou une sensation de peur. Nous sommes de grands fans de films d'horreur depuis aussi loin que nous nous en souvenons, depuis nos 10, 11, 12 ans. Nous avons toujours adoré les films d'horreur. Et c'est toujours le cas. La musique dans les films d'horreur, les bandes originales, tout cet univers... Je suppose que la musique que nous créons et le genre musical dans lequel nous évoluons s'y inscrivent vraiment. Cela touche complètement à ça.

L'album s'ouvre avec " Serpent On The Cross ", un morceau profond, solennel et mélancolique, avant de traverser des moments plus agressifs, atmosphériques et presque lumineux. Quelle importance avait la progression de l'album, ce sentiment de montée et de descente, dans l'ordre des morceaux ?
Gregor Mackintosh : C'est aussi important que les chansons et les mélodies elles-mêmes. Plus la lumière est vive, plus l'ombre est sombre. Cela commence avec la dynamique d'un morceau, puis cela s'étend jusqu'à ce que nous traitions tout l'album comme une seule pièce de musique qui doit avoir un sens dynamique.

Vous avez dit que si tout est lourd, alors rien n'est lourd. Sur " Ascension ", des morceaux comme " Silence Like The Grave " et " Lay A Wreath Upon The World " semblent se répondre par contraste. Ce jeu entre impact et fragilité reste-t-il l'un des secrets de PARADISE LOST ?
Gregor Mackintosh : Absolument. Je pense toujours la musique en termes très sensoriels, pas seulement auditifs. Comme le calme avant la tempête, puis les nuages qui s'amassent et le tonnerre que l'on entend au loin. Sentir la pluie qui arrive, puis les premières gouttes. Jusqu'à ce que l'orage arrive par la mer. Je sais que tout cela sonne un peu prétentieux, mais ce genre d'images m'aide à visualiser une chanson.

Paradise Lost

" Lay A Wreath Upon The World " contient une partie acoustique enregistrée dans une cuisine comme démo, puis conservée parce qu'elle avait le bon ressenti. Après tant d'années et tant d'expérience en studio, l'instinct reste-t-il plus important que la perfection technique ?
Gregor Mackintosh : Je pense que l'instinct doit toujours passer en premier. J'ai longtemps couru après la perfection technique jusqu'à ce que je réalise, il y a quelques années, à quel point c'était ennuyeux. Capturer un ressenti est quelque chose de très personnel, et la manière dont on y parvient ne devrait pas avoir d'importance. Quand on l'envoie dans le monde, ce ressenti est ensuite entendu et interprété différemment par chaque personne qui l'écoute.

Vous avez volontairement cherché des sons imparfaits sur " Ascension ", presque comme un antidote au son très poli d'une grande partie du métal moderne. Qu'est-ce que l'imperfection apporte à un disque de PARADISE LOST qu'une production parfaitement contrôlée ne peut pas offrir ?
Gregor Mackintosh : Beaucoup de choses. L'honnêteté, une perspective unique, l'individualité, l'intérêt. L'immense majorité du métal mainstream est, à mon avis, trop homogène aujourd'hui. C'est sûr, satisfait de soi et assez dépourvu d'âme.

La batterie a été enregistrée dans une ancienne église luthérienne du nord de la Suède, un lieu aussi associé à des groupes comme WATAIN et MAYHEM. Cet espace physique, sa réverbération naturelle, son atmosphère hivernale, son vide presque sacré, a-t-il changé la manière dont l'album respire ?
Gregor Mackintosh : Je pense que oui, mais peut-être que je l'entends simplement parce que j'y étais. Une chose que je sais avec certitude, en revanche, c'est que la réverbération naturelle de cet espace est devenue une partie intégrante du son de batterie sur " Ascension ". Pas besoin de réverbérations externes et artificielles.

Gregor a produit l'album lui-même, après des années à savoir exactement ce dont PARADISE LOST a besoin et comment y parvenir. S'autoproduire, est-ce reprendre le contrôle, ou simplement admettre que personne ne connaît mieux ce groupe que le groupe lui-même ?
Gregor Mackintosh : Probablement un peu des deux. C'est simplement retirer un maillon de la chaîne. Je sais comment je veux que quelque chose sonne et je sais comment y parvenir, donc il n'y a pas d'intérêt à avoir quelqu'un d'autre à côté.

Nick Holmes a parlé de la manière dont ses textes ont changé avec l'âge, de la colère vers un humour plus sombre et une conscience plus directe de la perte, du temps et de l'imprévisibilité. Après trente-cinq ans, écrire l'obscurité reste-t-il une façon de comprendre la vie, ou une manière de la tenir à distance ?
Nick Holmes : Je ne comprends toujours pas vraiment la vie. C'est juste quelque chose que l'on fait pendant une courte période, puis l'étincelle s'éteint, et c'est au tour de quelqu'un d'autre, je suppose. Donc, pour moi, les paroles ont toujours eu pour but de compléter la musique, et inversement, je l'espère. Les paroles permettent de s'évader, et à mon avis d'une manière positive, quelle que soit la noirceur des textes ou des visuels que l'on regarde. Il s'agit donc d'échapper aux horreurs réelles que l'on sait présentes dans le monde, et je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de mal dans l'évasion, à n'importe quel âge.

" Ascension " suit aussi " XI " de HOST, un projet très différent, même si l'écriture de Gregor crée naturellement des passerelles entre les mondes. Les projets parallèles aident-ils PARADISE LOST à rester créativement vivant en laissant certaines idées respirer ailleurs ?
Gregor Mackintosh : À une époque, par le passé, j'aurais probablement pensé que faire des projets parallèles retirait quelque chose au projet principal. Mais après avoir lancé VALLENFYRE en 2011, j'ai compris que s'exprimer de différentes manières peut vraiment aider à affûter sa concentration sur chaque chose. C'est comme les branches d'un arbre.

L'artwork, basé sur une peinture de George Frederic Watts, semble saisir à la fois l'illumination et la douleur, avec une figure centrale entourée de chagrin. A-t-il immédiatement ressemblé à la clé visuelle de " Ascension " ?
Nick Holmes : Beaucoup de peintures de la Renaissance semblent représenter des personnes regardant vers le ciel, vers Dieu. On retrouve beaucoup cela dans l'art de cette période et je trouve toujours ça assez fascinant, donc nous voulions quelque chose dans cet esprit, je suppose. C'est Greg qui a trouvé la peinture, mais cette période de l'art nous a toujours fascinés également, et nous en avons toujours été amateurs. Nous avons toujours voulu utiliser une peinture de type grand maître pour la pochette de l'un de nos albums.

Paradise Lost

Jeff Singer est de retour avec PARADISE LOST à la batterie, même s'il ne joue pas sur l'album. Gregor a dit que son retour avait apporté de l'enthousiasme et aidé à alléger l'ambiance. Après tant d'années avec le même noyau de membres, quelle importance a ce type d'énergie renouvelée dans le groupe ?
Nick Holmes : Jeff n'a jamais vraiment été absent très longtemps de toute façon. Même lorsqu'il est parti à l'origine, il nous a toujours dépannés sur différents concerts au fil des années. Nous sommes toujours restés amis avec lui, ce n'est pas comme si nous avions perdu le contact. Donc, le voir revenir pour les tournées ces deux dernières années, c'est simplement complètement naturel d'avoir Jeff autour de nous.

PARADISE LOST n'est jamais resté créativement figé, passant de ses racines doom-death au métal gothique, à des textures plus électroniques, à des retours plus lourds et maintenant à cette atmosphère old school mais profondément personnelle sur " Ascension ". Avec le recul, l'identité du groupe vient-elle d'un son précis, ou de la liberté de ne jamais rester immobile ?
Gregor Mackintosh : Je pense que le fil rouge de toute notre histoire musicale est le mot mélancolie. Être à l'aise dans la tristesse, et l'exprimer de la manière qui nous convient à un moment donné.

Vous allez jouer au FURIOS FEST. Est-ce que vous connaissiez déjà le festival, son ambiance et son public, ou est-ce une nouvelle étape française dans le long et merveilleusement sombre voyage de PARADISE LOST ?
Nick Holmes : Je ne connais pas le FURIOS FEST, mais c'est quelque chose que j'ai vraiment hâte de jouer. Et oui, j'espère que le temps sera agréable et que ce sera beaucoup de plaisir pour tout le monde.

Pour un festival comme le FURIOS FEST, comment pensez-vous la setlist ? " Ascension " prendra-t-il une place centrale avec de nouveaux morceaux comme " Serpent On The Cross ", " Silence Like The Grave " ou " Lay A Wreath Upon The World ", ou ressentez-vous aussi le besoin de traverser différentes époques de PARADISE LOST ?
Nick Holmes : Nous sommes essentiellement dans le cycle de tournée du dernier album, " Ascension" , donc nous allons jouer quelques chansons de cet album. Ensuite, je suppose que ce sera plutôt une sorte de " best of the rest ". Nous essayons donc de jouer les morceaux que tout le monde a envie d'entendre, mais il peut y avoir un ou deux titres plus profonds là-dedans. Cela dépend de ce que nous ressentons à ce moment-là, je suppose.

Le FURIOS FEST, c'est aussi le Cantal, ses paysages, sa cuisine solide, sa météo imprévisible et une certaine grandeur rurale. Si l'univers de " Ascension " devait rencontrer ce territoire, l'imagineriez-vous comme une brume sur les montagnes, un festival doom enneigé, ou un aligot servi avec un regard gothique très sérieux ?
Nick Holmes : Oui, ce sont de très belles descriptions je suppose, même si, si nous jouions par une météo aussi rude, il vaudrait mieux avoir un festival en intérieur, avec l'option chauffage central.

Pour finir, il y a toujours une question qu'on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd'hui, et qu'auriez-vous envie d'y répondre ?
Nick Holmes : La question est : quelle part de beauté avez-vous remarquée dans le monde aujourd'hui, qui aurait autrement pu passer inaperçue ?
Et ma réponse à cela est : je vous laisse avec cette question.

Merci à Elodie et Christophe (et toute l'équipe du Furios Fest).