VIOLET GROHL + JUDY BLOOM
Paris le 04/09/26
(La Maroquinerie)


Violet Grohl

Il y a des concerts que l’on réserve après avoir usé un album jusqu’à la corde. Et puis il y a ceux pour lesquels on achète les places presque sur un nom. Pour VIOLET GROHL, ce fut clairement la seconde option. Billets pris avant même d’avoir véritablement écouté " Be Sweet To Me ". Puis l’album est arrivé et la curiosité a vite laissé place à autre chose. Le disque est superbe. Alors pour cette première date française, direction La Maroquinerie en famille, avec mes deux filles et mon +1

Le périphérique parisien ayant décidé de nous rappeler qu’un concert à Paris commence parfois bien avant l’entrée dans la salle, nous poussons les portes de La Maroquinerie alors que JUDY BLOOM a déjà entamé son set. Dommage, car le projet de Marin Tézenas du Montcel mérite mieux qu’une arrivée en cours de route. Sous ce pseudonyme, le chanteur, guitariste et auteur-compositeur parisien développe un indie-rock qui regarde volontiers du côté du grunge et de la britpop, avec ce goût très 90's pour les mélodies immédiatement accrocheuses que l’on laisse ensuite se salir un peu au contact des guitares.
Ce soir, changement de configuration puisque Mathias Fish n’est pas derrière les fûts. Marin se retrouve donc seul sur scène, guitare en main, et doit faire vivre ses morceaux sans le soutien d’une section rythmique. L’exercice pourrait facilement les réduire à de simples versions acoustiques, mais il révèle au contraire assez bien leur construction. La voix porte les mélodies, la guitare conserve suffisamment d’aspérités et cette formule minimale fait ressortir un songwriting qui n’a pas besoin d’une grosse production pour fonctionner. Après un premier projet, " Bench Warmer ", JUDY BLOOM a franchi une nouvelle étape avec l’EP " Hus h", sorti en mai 2026 et notamment porté par " Hope ", " Fly " et " Nobody Knows ".
Plusieurs de ces nouvelles chansons trouvent logiquement leur place ce soir. Sur les six titres annoncés, " Fly ", " Friend ", " Fight " et " Hope " côtoient surtout deux nouveautés encore inédites, " Silver Line " et " Happy Days ". Deux exclus qui donnent à cette première partie un intérêt supplémentaire et montrent que Marin regarde déjà au-delà de " Hush ".
Même amputé pour nous de ses premières minutes, ce set possède donc une vraie cohérence. Une pop suffisamment immédiate pour accrocher rapidement, mais régulièrement traversée de guitares et d’une sensibilité indie-rock qui l’empêchent de devenir trop sage.
En solo, JUDY BLOOM joue forcément davantage sur la proximité et les nuances que sur la puissance. Une entrée en matière qui aurait mérité que le périphérique nous laisse entendre les six morceaux.



Puis le plateau change complètement de visage.
VIOLET GROHL arrive entourée de Tim Paul Gray à la guitare, Ainjel Emme à la basse et Anthony à la batterie. Elle ne prend aucun instrument et reste au micro pendant tout le concert. Un choix qui la place immédiatement au centre et lui interdit finalement toute échappatoire. Tout repose sur la voix, le placement et la façon d’habiter ces chansons. Et des chansons, justement, il y en a.
Parce qu’après avoir acheté les billets à l’aveugle, " Be Sweet To Me " s’est imposé comme l’un de ces albums pour lesquels la traditionnelle question du morceau préféré devient vite pénible. J’adore " Last Day I Loved You ", sa fragilité et cette façon de monter sans jamais perdre son élégance. J’adore " Applefish ", plus lent, plus lourd, presque poisseux par moments, avec ce parfum de rock alternatif 90's qui ne se transforme jamais en exercice nostalgique. J’adore " Bug In The Cake " et sa manière parfaite d’ouvrir le disque, et donc le concert. Puis on pourrait continuer avec " Cool Buzz ", " Big Memory ", " Often Others ", " Plastic Couch "… En fait, autant aller au bout de l’idée, j’adore pratiquement tout l’album. Ce qui est plutôt pratique lorsqu’une très large partie de celui-ci est jouée ce soir.
" Bug In The Cake " ouvre le set et fonctionne parfaitement dans ce rôle. Le morceau possède déjà sur disque ce mélange entre mélodie douce et tension sous-jacente, mais la scène lui donne davantage de relief. La guitare gagne en grain, la batterie pousse légèrement plus fort et la voix de Violet reste très au-dessus du mix sans jamais chercher la démonstration. " THUM " puis " Last Day I Loved You " installent ensuite ce qui va devenir le fil conducteur du concert. Les morceaux avancent rarement de façon linéaire. Ils commencent souvent dans une forme de retenue avant de s’épaissir progressivement, parfois jusqu’à faire apparaître des textures presque shoegaze. " Last Day I Loved You " est probablement celui que j’attendais le plus, et il reste l’un des sommets du set. La mélodie est superbe, mais c’est surtout sa manière de prendre de l’ampleur sans perdre sa fragilité qui fonctionne parfaitement sur scène. Avec " Cool Buzz ", le groupe revient vers quelque chose de plus nerveux et plus frontal. La basse devient plus présente, la batterie resserre le morceau et la guitare apporte une vraie accroche sans jamais tomber dans un son trop massif. C’est d’ailleurs l’une des forces du groupe ce soir, conserver cette impression de puissance tout en laissant énormément d’espace à la voix. " Stimulant Breakfast " fait partie des curiosités de la setlist. Ainjel Emme nous confirmera après le concert que le morceau n’est disponible que sur l’édition japonaise du CD. Il prend pourtant très naturellement sa place au milieu du répertoire.
" Big Memory " élargit encore le spectre avant l’un de mes autres grands favoris, " Applefish ". Sur disque, le morceau possède déjà quelque chose de lent, lourd et presque poisseux. En live, cette dimension devient encore plus marquée. La rythmique prend son temps, la guitare laisse traîner les notes et l’ensemble avance avec une sorte de pesanteur contrôlée qui rappelle parfois le slowcore autant que le grunge. Un des moments les plus réussis de la soirée. Le set passe ainsi constamment d’une ballade pop à une poussée punk, parfois au sein du même
morceau. Il y a du grunge, du shoegaze, de l’indie rock, quelques traces de punk américain, mais rien qui donne réellement l’impression d’entendre une jeune artiste feuilleter la discothèque familiale. Les influences sont évidentes, forcément, mais elles sont suffisamment digérées pour que l’ensemble commence déjà à porter sa propre identité.
La setlist réserve également " Sun God " de SQUIRREL BAIT, morceau que Violet avait déjà interprété lorsqu’elle assurait la première partie des THE BREEDERS, mais pas avec elles. Le choix colle parfaitement à son univers et permet aussi d’aller chercher un peu plus loin que les références évidentes. Quelques mots de français viennent ponctuer le concert. Violet reste assez peu bavarde, sans chercher à combler chaque silence. Elle chante, sourit, remercie et laisse surtout les morceaux parler pour elle. La dernière partie aligne " 595 ", " Often Others " puis " Plastic Couch ". Puis c’est terminé. Treize titres. Pas de rappel. Pas de sortie de scène artificielle suivie du traditionnel retour trente secondes plus tard alors que personne n’est dupe. Le groupe joue son set, dit merci et quitte la scène.

Cette première date française confirme surtout ce que laissait entendre " Be Sweet To Me ". Derrière un patronyme tellement encombrant qu’il pourrait facilement manger tout le reste, VIOLET GROHL est en train de construire quelque chose qui lui appartient réellement. Sa musique peut être abrasive, délicate, presque cotonneuse puis brutalement plus nerveuse, toujours avec beaucoup de finesse.
On est entrés à La Maroquinerie en partie à cause du nom Grohl. On en ressort surtout en parlant de Violet.





(Review et photos réalisées par Djaycee)

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