| GUNS N' ROSES + MAMMOTH Paris le 01/07/26 (Accor Arena) ![]() Il y a des invitations qui arrivent au bon moment. Celle-ci tombe trois jours avant le concert. Mon assureur me propose de l'accompagner : son frère, qui devait initialement être présent, a finalement déclaré forfait. Une place se libère, je réponds oui sans trop réfléchir. Nous ne nous connaissons pas depuis énormément de temps, mais nos précédents échanges téléphoniques, puis quelques minutes de discussion en live, suffisent pour comprendre que nous parlons le même langage. Certes, quelques années nous séparent. Assez pour qu'il ait vécu NIRVANA alors que Kurt Cobain était encore en vie quand, de mon côté, je découvrirai cette période un peu plus tard. Ce léger décalage générationnel explique aussi pourquoi GUNS N' ROSES représente davantage un pan de sa jeunesse que de la mienne. Très vite pourtant, les points communs s'accumulent. PEARL JAM, Mark Lanegan, FOO FIGHTERS (qu'il est allé voir deux semaines plus tôt) deviennent autant de sujets de conversation que nos métiers respectifs, qui passent rapidement au second plan… J'apprécie ces passionnés capables d'être d'excellents professionnels tout en connaissant l'histoire d'un disque obscur ou d'un artiste disparu trop tôt. J'ai toujours été plus Seattle que Sunset Strip. Plus NIRVANA que GUNS N' ROSES. Pourtant, impossible de nier l'importance de ce groupe ni le caractère presque miraculeux de voir aujourd'hui Axl Rose, Slash et Duff McKagan partager de nouveau une scène. Autre frustration : laisser le reflex à la maison. Habitué aux pits photo, je me sens presque nu. Heureusement, mon fidèle compact 24-200 m'accompagne. Depuis le milieu de la fosse, il réussit à produire des gros plans étonnamment propres. Ce n'est évidemment pas le confort d'un boîtier professionnel équipé d'un téléobjectif lumineux, mais suffisamment pour calmer (un peu) le photographe frustré qui sommeille toujours en moi. Avant que les lumières ne s'éteignent, j'aperçois également Sylène, fidèle parmi les fidèles des concerts parisiens. Un signe de la main à distance, chacun retrouve sa place. La soirée peut commencer. Pour beaucoup, Wolfgang Van Halen restera toujours le fils d'Eddie. Pourtant, ce serait profondément injuste de limiter son identité à cet héritage. Multi-instrumentiste, chanteur, compositeur et producteur, il construit avec MAMMOTH un projet personnel qui assume son histoire tout en regardant résolument vers l'avenir. Le nom MAMMOTH fait d'ailleurs référence au premier nom imaginé par Eddie et Alex Van Halen avant la naissance de VAN HALEN. Un clin d'œil, pas une béquille. Pour moi, cette première partie constituait une véritable raison de venir. Lorsque la tête d'affiche prévoit plus de deux heures de musique, il faut un groupe capable d'installer immédiatement une dynamique. Mission accomplie. L'ouverture sur " Night Prowler " d'AC/DC met immédiatement tout le monde d'accord. Puis s'enchaînent " The End ", " Another Celebration at the End of the World" , " The Spell ", " Epiphany ", " Same Old Song" , une version réarrangée de " Stone ", " I Really Wanna " et " Don't Back Down ". Le son est ample, précis, moderne. Wolfgang impressionne surtout par sa simplicité. Il ne cherche jamais à jouer le rôle du fils prodige. Les riffs sont solides, les refrains accrochent immédiatement et le groupe dégage une cohésion remarquable. La fosse, encore en train de se remplir, adhère progressivement. Les applaudissements deviennent de plus en plus nourris et plusieurs spectateurs autour de nous découvrent manifestement le groupe avec enthousiasme. Le seul regret est immense : quarante minutes passent à une vitesse folle. On aurait volontiers prolongé l'expérience de quelques morceaux tant cette prestation donne envie d'en entendre davantage. Rares sont les premières parties capables de susciter cette frustration positive. Au vu de cette prestation, la prochaine date parisienne de MAMMOTH en tête d'affiche devient particulièrement tentante. Set-list : Night Prowler (reprise d'AC/DC) The End Another Celebration at the End of the World The Spell Epiphany Same Old Song Stone (version réarrangée) I Really Wanna Don't Back Down L'entrée de GUNS N' ROSES sur " Welcome to the Jungle" déclenche une première explosion. Dix ans après la reformation, la magie opère toujours. La scène reste étonnamment sobre. Pas de décor gigantesque ni d'artifices envahissants. L'immense écran LED assure l'essentiel de la scénographie. Au fil des morceaux défilent des univers cosmiques, des explosions de couleurs rouges, bleues et orangées, des textures psychédéliques ou encore d'immenses yeux semblant observer la salle. L'ensemble accompagne efficacement les chansons même si, à plusieurs reprises, j'aurais préféré que les écrans montrent davantage les musiciens plutôt que certaines animations. Mais c'est un détail dans une scénographie globalement très réussie. Les tenues racontent elles aussi quelque chose. Slash demeure une icône vivante avec son haut-de-forme, ses lunettes noires, son débardeur et son pantalon de cuir. Duff McKagan conserve une élégance naturelle, sobre, presque intemporelle. Axl Rose apparaît en longue chemise à carreaux, loin de l'exubérance vestimentaire des années quatre-vingt-dix. Richard Fortus complète parfaitement ce tableau sans jamais chercher à voler la vedette. La voix d'Axl a naturellement évolué. Certains aigus restent exigeants, mais l'engagement est total. Pendant plus de deux heures, il parcourt la scène, échange avec le public et semble sincèrement heureux d'être là. Les véritables piliers musicaux demeurent Slash et Duff. Le premier réinvente sans cesse ses interventions. Pour un non-puriste, certains développements paraissent parfois un peu longs, mais c'est vraiment chercher la petite bête tant son toucher reste exceptionnel. Le second apporte une stabilité exemplaire tout en s'offrant un passage remarqué sur " Attitude ". Une ironie accompagne pourtant cette soirée. Peu de groupes possèdent un répertoire aussi riche, mais certaines des chansons les plus attendues sont des reprises. " Live and Let Die " et " Knockin' on Heaven's Door " sont devenues, au fil des décennies, presque indissociables de GUNS N' ROSES. Une prouesse rare. Le sommet émotionnel survient avec " November Rain ". Axl s'installe derrière son piano et laisse le temps s'arrêter quelques instants. Les premières notes suffisent à faire taire l'arène. Puis le morceau prend progressivement son envol avant que Slash ne délivre un solo toujours aussi inspiré. Avec une set-list aussi généreuse, difficile de reprocher au groupe d'en donner trop. Pourtant, trois à cinq morceaux de moins auraient probablement renforcé encore davantage l'intensité générale. Certains titres récents ralentissent légèrement le rythme sans entamer le plaisir global. Lorsque résonnent " Sweet Child O' Mine ", " Nightrain " puis " Paradise City ", toute la salle ne fait plus qu'une. Les sourires des musiciens témoignent d'un plaisir évident. Dix ans après leurs retrouvailles, GUNS N' ROSES ne joue plus pour faire taire les sceptiques. Le groupe joue parce qu'il aime encore partager la scène. En quittant l'Accor Arena, je repense finalement autant à MAMMOTH qu'à GUNS N' ROSES. La soirée racontait la transmission d'un héritage : celui de légendes qui continuent d'écrire leur histoire et celui d'un Wolfgang Van Halen désormais suffisamment affirmé pour écrire la sienne. Trois jours plus tôt, cette soirée n'existait même pas dans mon agenda. Quelques heures plus tard, je repars avec la confirmation que les meilleures histoires sont parfois celles que l'on n'avait absolument pas prévues. Et finalement, c'est peut-être aussi cela, la magie du live. Set-list : Welcome to the Jungle Bad Obsession Mr. Brownstone Chinese Democracy Slither (VELVET REVOLVER) It's So Easy Live and Let Die Hard Skool Yesterdays Estranged Think About You Double Talkin' Jive Sabbath Bloody Sabbath (BLACK SABBATH) Knockin' on Heaven's Door (BOB DYLAN) Nothin' You Could Be Mine Dead Horse Atlas Rocket Queen Shadow of Your Love Perhaps Attitude (MISFITS) Wichita Lineman (JIMMY WEBB) Civil War Slash Guitar Solo Sweet Child O' Mine The General November Rain Catcher in the Rye Nightrain Paradise City (Review et photos réalisées par Djaycee) <<< Retour >>> |