Tellure


Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Mai 2026.


Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal.
On poursuit donc cette série avec TELLURE, histoire de préparer les cervicales autant que les esprits
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Tellure

TELLURE est né en 2020 à Clermont-Ferrand, avec cette idée de fusion entre des univers musicaux très différents. Le duo s’est-il construit naturellement comme une réaction chimique, ou avez-vous rapidement compris que ce mélange allait devenir votre matière première ?
Au tout début du projet, il nous manquait un(e) bassiste, alors j’ai décidé d’acheter des pédales permettant de simuler un son de basse à partir du son de la guitare. Nous avons adoré le son ainsi créé et nous nous sommes très vite entendus musicalement. Convaincus de cette formule, nous l’avons gardé !

Le tellure est un élément atomique, symbole Te, numéro atomique 52, souvent combiné à des métaux lourds ou précieux. Qu’est-ce qui vous a attirés dans ce nom : sa dimension minérale, son étrangeté, son lien avec la matière, ou cette idée d’un élément discret capable de devenir puissant une fois combiné ?
Nous recherchions un nom simple, en un mot, et représentant au mieux le côté " tellurique " et granuleux du son que nous avions produit. Nous voulions faire évidemment aussi référence à l’Auvergne et aux volcans. À force de recherche, ma compagne Lorine m’a un jour proposé "Tellure". Le nom était très peu utilisé, ce qui est important quand on cherche un nom de projet musical, et nous avons tout de suite adoré avec Arthur. J’ai également trouvé la définition de l’élément atomique amusante et donc eu envie de jouer avec ce double sens.

Vous citez des influences qui vont de SOUNDGARDEN au grunge, de TRUCKFIGHTERS au stoner, de JACK WHITE au garage rock, jusqu’à KNOCKED LOOSE et au hardcore. Comment transformez-vous ces références en alliage TELLURE, plutôt qu’en simple empilement de composants ?
Tout "simplement" en écrivant et composant des morceaux. Toutes ces influences font partie de nous et inspirent forcément nos compositions originales, que ce soit dans les riffs de guitare,
le chant ou les rythmes de la batterie. J’ai également d’autres projets en cours en parallèle, blues, folk, rock. Et en général, lorsque j’écris une nouvelle chanson, je détermine ensuite à quel projet elle sera destinée, ou pas !

Chez TELLURE, la lourdeur ne sert pas seulement à écraser : elle crée du mouvement, de la friction, presque une poussée physique. Quand vous composez, partez-vous plutôt d’un riff massif, d’une rythmique qui cogne, d’une texture de guitare, ou d’une envie très simple de faire trembler la pièce ?
La plupart du temps, je trouve un riff de guitare que j’aime bien. Pas nécessairement massif, ça peut être aussi léger. Il vient généralement avec une topline à la voix, souvent en "yaourt" anglais. Puis vient ensuite le moment où j’écris les paroles. Enfin, avec Arthur, nous composons la version finale du morceau en y apposant la rythmique et en peaufinant la structure du morceau.

Vous parlez de " chaleur " comme déclencheur, celle qui permet au métalloïde de libérer son son. Est-ce que TELLURE a besoin de friction, d’électricité et de volume pour exister pleinement ?
C’est difficile à dire !
Nous aimons à la fois jouer sur des grosses scènes, nous avons adoré jouer devant 10 000 personnes au pied du Puy-de-Dôme en 2023, mais nous apprécions également jouer dans des petits lieux, événements, bars ou cafés associatifs. Notre son s’adapte bien à tout type de contextes. Pour l’électricité, en vrai j’aimerais beaucoup proposer un set acoustique un jour, ce qui je pense pourrait donner un chouette résultat !

Tellure

Le format duo impose une forme de dépouillement, mais aussi une intensité particulière. Cette configuration vous oblige-t-elle à aller plus droit au but, à remplir l’espace autrement, à faire sonner chaque partie plus fort ?
C’est vrai ! Le fait d’utiliser un son de basse sur la guitare à l’aide d’un octaver m’a obligé à penser la composition différemment. Il n’est pas possible pour moi d’utiliser en permanence des accords, tout comme il est difficilement envisageable de faire des solos de 2 minutes. Il faut juste trouver le bon dosage de ces éléments.

Les guitares octavées occupent une place importante dans votre identité sonore. Qu’est-ce que cette approche vous permet d’obtenir : plus de masse, plus de relief, une illusion de basse fantôme, ou une manière de rendre le duo plus dangereux qu’il n’en a l’air sur le papier ?
Nous n’avons pas l’intention de paraître dangereux, ni de faire de mal à qui que ce soit ahah ! Parcontre, il est vrai que l’octaver vient ajouter un "instrument" supplémentaire et il est très intéressant de pouvoir activer/désactiver simultanément ou à tour de rôle le chant, la guitare, la basse et la batterie. Cela nous permet une grande liberté de création sur les compositions et l’interprétation.

Entre le grunge, le stoner, le garage et le hardcore, il y a plusieurs manières d’être lourd : la lourdeur poisseuse, la lourdeur sèche, la lourdeur sale, la lourdeur qui saute à la gorge. Laquelle vous attire le plus aujourd’hui ?
La lourdeur, ce n’est pas vraiment ce qui nous attire. Cela peut dépendre des morceaux ou même de certaines parties d’un même morceau. Dans le grunge, il peut aussi y avoir beaucoup de douceur. Dans le punk hardcore, il y a souvent des silences qui mettent davantage en avant les parties plus lourdes. C’est ce genre de contraste qui nous intéresse !

TELLURE est né en 2020, une période où monter un groupe n’avait rien d’évident. Ce contexte particulier a-t-il influencé votre manière de travailler, de répéter, de construire votre son et votre envie de scène ?
Vu qu’on s’était déjà rencontrés en 2019, le Covid en 2020 et les confinements nous ont justement vraiment aidés à développer TELLURE. Cela nous a donné plus de temps pour composer, répéter et enregistrer notre premier EP.

Clermont-Ferrand n’est pas toujours la première ville que l’on cite quand on parle de rock lourd, et pourtant la scène locale existe, bouge, s’organise. Le territoire auvergnat nourrit-il votre identité, même indirectement ?
Comme je l’expliquais plus haut, il est vrai que le paysage auvergnat et ses volcans ont directement influencé le nom du groupe. C’est cette imagerie liée à la terre, à la roche et le côté vibrant et profond qu’on cherche à traduire avec notre son.

Votre univers repose sur une image très matérielle : atome, métalloïde, métaux lourds, fusion, chaleur. Est-ce que cette esthétique scientifique et minérale se prolonge aussi dans vos visuels, vos textes ou votre manière de penser la scène ?
Étant moi-même aussi vidéaste et graphiste, j’ai réalisé les visuels des pochettes de nos deux EP qui représentent justement un morceau de tellure, dessiné à la main. J’ai ensuite décliné ces visuels, en animation, sous forme de montagne et de météorites dans les premiers clips et différents artworks du premier EP. Et ces images nous accompagnent parfois sur scène quand un vidéoprojecteur est à disposition. Vous les retrouvez aussi sur notre merchandising. Cependant, il ne s’agit pas d’une esthétique réellement scientifique.

TELLURE prend des éléments majeurs de l’histoire du rock et du métal sans choisir un camp définitif. Est-ce que cette position à la frontière des styles vous donne précisément votre liberté ?
Oui c’est exactement ça. Nous aimons cette liberté ! Il y a de grandes chances que l’on reste malgré tout dans la grande catégorie du rock.

Le garage rock de JACK WHITE et le hardcore de KNOCKED LOOSE n’ont pas exactement la même façon de regarder le chaos. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ces deux extrêmes : la spontanéité, la violence, le grain, la rupture, ou cette manière de faire passer l’instinct avant la politesse ?
Arthur aime beaucoup l’œuvre de JACK WHITE, il a aussi écouté et joué pas mal de punk hardcore. Pour ma part, j’en écoute beaucoup aussi et me rends régulièrement à des concerts de hardcore. Nous avons chacun nos influences différentes que nous mélangeons dans ce projet.

Tellure

Votre son est très physique, pensé pour être ressenti dans le corps avant d’être analysé. Sur scène, cherchez-vous d’abord la précision, la transe, la sueur, ou le moment où tout le monde comprend que le volume n’était pas une option décorative ?
Notre musique est avant tout faite pour être écoutée. Si elle peut être analysée c’est encore mieux ! Je prends soin d’écrire sur des sujets qui me tiennent à cœur en espérant que ça parle à certaines personnes. En général, je pars de mon expérience personnelle, mais je fais en sorte que n’importe qui puisse s’identifier aux textes. En concert, le but est que les gens passent un bon moment et qu’ils dansent s’ils en ont envie !

TELLURE est encore un projet jeune, mais votre identité est déjà très nette. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous excite le plus : affiner la formule, l’alourdir, l’ouvrir davantage, ou découvrir jusqu’où ce duo peut pousser les murs ?
Ce qui nous intéresse à l’heure actuelle, c’est de chercher de nouveaux sons. Écrire de nouveaux morceaux, continuer les enregistrements et bien sûr les concerts. Nous souhaitons faire découvrir notre univers à un maximum de monde !

Vous allez jouer au FURIOS FEST. Connaissiez-vous déjà le festival, son ambiance et son public, ou est-ce une nouvelle étape pour TELLURE dans sa réaction en chaîne ?
C’est tout nouveau pour nous. C’est d’ailleurs la première fois qu’on joue dans un festival de cette envergure et on est très contents ! On a hâte !

Pour un festival comme le FURIOS FEST, comment prépare-t-on une setlist quand on est un duo rock lourd ? Est-ce que vous cherchez l’impact immédiat, la montée en tension, ou un parcours qui montre toutes les facettes de votre alliage ?
Pour le FURIOS FEST, nous aurons un temps de jeu un petit peu plus limité que ce qu’on a l’habitude de faire. Nous allons donc choisir les morceaux qu’on a envie de mettre en avant, sûrement les plus pêchus pour proposer un set efficace !

Le FURIOS FEST, c’est le Cantal, ses reliefs, ses pierres, ses grands espaces et ses plats capables de caler un batteur avant un set. Si TELLURE devait associer son univers à une image locale, vous choisiriez quoi : une roche volcanique en fusion, une truffade sous fuzz, ou un orage qui descend sur les montagnes ?
Je crois que ce serait un mélange de roche volcanique en fusion et d’orage qui descend sur les montagnes ! Ahah.

Pour finir, il y a toujours une question qu’on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd’hui, et qu’auriez-vous envie d’y répondre ?
Peut-être une question sur le sens des textes de TELLURE ?
C’est difficile à dire car nous abordons beaucoup de sujets dans nos textes. Dans les différentes thématiques, on peut notamment trouver : la fin du monde, l’écologie et l’état actuel de la nature, la montée du fascisme dans nos sociétés, la mort et le suicide. Mais il y a aussi des thèmes plus joyeux hein : tels que le fait de s’assumer pleinement, la chute du capitalisme et du patriarcat :), le fait d’essayer de sortir des normes imposées par la société et la culture. Le respect, l’amour et le partage !