7 WEEKS


Interview réalisée par Djaycee par mail avec Lionel (guitare) et Murray (basse)
au mois de février 2025.


Pouvez-vous présenter le groupe pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Lionel : Salut, nous sommes NEwTT de Toulouse et nous faisons du RockCore. C'est un style que nous sommes auto attribué, car outre le fait que ça sonne bien quand on le dit [rire], ça paraît plutôt bien résumer le créneau musical dans lequel on se situe. Nous sommes 4 : Maëliss WILGA au chant, Murray LORD à la basse, Mathieu DANESIN à la batterie et moi-même Lionel LAVERGNE à la guitare.

D’où vient le nom du groupe ?
Lionel : NEwTT est le surnom du personnage de Rebecca dans le film ALIENS de James Cameron. Pour ceux qui ne connaissent pas (et j'espère qu'ils sont peu nombreux), c'est le seul personnage à avoir survécu à l'invasion alien alors qu’elle est une enfant désarmée, sans aucune capacité (a priori) à pouvoir faire face. Nous avons rajouté un ''t'' à la fin car dans le jargon médical tt signifie treatment (traitement / solution). Un double sens qui peut être résumé à : l’anti-héros serait-elle la solution ? C'est un nom qui au travers de cette référence, invite à la réflexion à la possibilité de faire un pas de côté pour envisager les choses différemment et à ne pas foncer tête baissée avec des réponses préconçues, primaires et vides de sens.
Murray : Nous nous sommes également inspirés de la science-fiction pour le logo du groupe, qui est un des logogrammes utilisés par les heptapodes dans " Premier Contact " de Villeneuve.

Quelles sont vos principales influences musicales, et comment se reflètent-elles dans votre son ?
Lionel : On essaie de de créer une émulsion entre différents genres afin de donner une ‘patte’ claire au groupe : le RockCore. C'est parfois difficile de savoir quelles influences s'attribuer, car pour nous, je pourrais te citer des films d'anticipation de science-fiction des romans des thèses, des articles... En fait, nos influences dépassent totalement le cadre de la musique. Mais si je devais citer quelques groupes, je dirais : EVERYTIME I DIE, PARAMORE - REFUSED, STRAYFROM THE PATH, SKUNKANANSIE…

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Comment décririez-vous votre dernier album/EP en quelques mots ?
Lionel : Un sacré aboutissement car il nous a demandé littéralement plusieurs années de développement. Le syndrome de la page blanche je pense, car bien que nous avions un passif de productions avec l’ancien line-up, nous avons rebooté totalement le projet à l’arrivée de Maëliss et nous avons pris le temps pour tout. Composer et surtout pour la production. Nous accordons autant d’importance au fond qu’à la forme et voulions absolument arriver à trouver la recette du groupe afin que dès la première écoute, l’identité soit évidente et cela passe par une proposition cohérente à tous les niveaux. Cela semble peut-être évident mais quand la musique proposée n’est pas ultra calibrée, il faut trouver ce moyen de toucher l’auditeur. D’après les 1ers retours que nous avons, l’objectif semble atteint. C’est un album qui a plusieurs niveaux de lecture. Tu peux prendre ton pied en écoutant par le prisme des nuances et de l’énergie et ensuite te plonger dans les textes. C’est à l’image de la couverture, si tu passes du temps dessus, tu te rends compte que le nom de l’album est bien sous tes yeux. Pour apprécier certaines choses, il faut prendre le temps de s’immerger dedans. Je pense que c’est très vrai pour cet album.

Comment se passe le processus de composition chez vous ? Est-ce collectif ou y a-t-il un leader créatif ?
Lionel : Les deux en fait. J’arrive toujours avec une proposition de morceau maquetté la plus aboutie possible. Cela pose l’idée générale, le ton, l’intention… Puis je la soumets aux autres et là on travaille ensemble pour pousser cette idée au maximum de ses capacités. Donc je reste très ouvert aux propositions des autres car elles sont la plupart du temps toujours très judicieuses. Puis souvent (mais pas toujours) je propose une idée, un thème et c’est quartier libre pour Murray.
Murray : Je me charge des textes qui me demandent pas mal de réflexion. Il m’arrive de lire des articles scientifiques, politiques ou sociologiques, ou de passer beaucoup trop de temps sur des réseaux ou dans des salons Discord pour essayer de comprendre tel ou tel sujet. Et pour finir je travaille avec Maëliss sur le chant. Tout est possible avec elle en termes de types de voix, et c’est souvent un aller-retour entre nous deux pour trouver un compromis entre la musicalité et l’impact du texte. Tout au long du process de création on fait toujours attention à être cohérents entre le fond et la forme.

Avez-vous une chanson dans votre répertoire qui a une histoire ou une anecdote particulière ?
Murray : " Interesting Times " est le premier titre de NEwTT qui a été composé de A à Z avec Maëliss au chant, suite à notre changement de line-up et une longue pause dans l’activité du groupe. Nous sortions des confinements Covid, l’avenir du groupe était incertain, et on commençait déjà à en voir les conséquences sur la scène des musiques alternatives et des groupes underground en France. Bref, il y eu une période de doute pour nous, puis nous sommes repartis de plus belle. Se remettre à la composition a été une libération, et de voir que ça fonctionnait encore mieux a été un soulagement. Je pense que ça se ressent dans l’ambiance et les textes du titre.
Sinon, au niveau des titres des chansons, nous faisons plutôt court et accrocheur, mais pour le dernier titre de l’album qui s’appelle " The Most Dangerous Organisation in the World " je voulais caser cette citation de Noam Chomsky à propos du l’extrémisme du parti républicain américain. Jouch, notre graphiste, nous a maudit car ça torpillait entièrement la mise en page de l’arrière de la pochette...

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Quels thèmes aimez-vous aborder dans vos textes ?
Lionel : Il y’en a beaucoup mais assez récurrents à travers presque tous les titres. Les thèmes de l’information, la désinformation et de la manière dont nous comprenons (ou pas) le monde qui nous entoure. Nous cherchons à comprendre pourquoi nous assistons actuellement à l’érosion des démocraties dans les pays occidentaux, à une montée des inégalités, et à l’accélération vers l’effondrement climatique. Mais nous adoptons toujours la même posture à savoir une invitation à la réflexion. Parfois, simplement avec un pas de côté, la réponse peut émerger.
Murray : Nous essayons de rester positif dans nos propos, même si on parle là de sujets assez durs. Comprendre ce qui se passe, c’est déjà la moitié du problème.

Quelle est votre meilleure expérience de concert jusqu’à présent ?
Lionel : J’en ai deux qui me viennent en tête : la première partie de JINJER et celle de SOULFLY. Mais j’avoue que rencontrer Max CAVALERA et tout ce qu’il incarne nous a donné l’impression de cocher une case dans la liste des choses à faire avant de mourir. C’était une date SOLD OUT organisée par nos amis de NOISER à Toulouse. C’était parfait.

Comment préparez-vous vos tournées et vos prestations live ?
Lionel : Enfermés dans notre studio. En créant une setlist la plus adaptée possible. On verrouille au maximum les morceaux avec un clic et des textures musicales intermorceaux mais nous nous laissons également une grande liberté – spontanéité sur scène. Nous faisons du RockCore et voulons conserver ce sentiment de liberté sur scène. Nous ne serons jamais contraints à 100% par un background machine comme beaucoup de groupes actuels. Cela ne nous ressemble juste pas.

Avez-vous déjà vécu un moment insolite ou imprévu sur scène ? Avez-vous un rituel avant de monter sur scène ?
Lionel : Du coup oui ! C’est tout l’intérêt. Vivre une expérience collective de spectacle vivant.
Nous avons reçu durant un live en cadeau des drapeaux avec le logo de NEwTT qui ont été hissés immédiatement au-dessus de la foule pendant tout le set. J’ai failli faire un malaise au HELLFEST le Off l’an dernier tellement il faisait chaud et qu’on se la donnait.

Comment percevez-vous l’évolution de la scène métal aujourd’hui ?
Lionel : Pour moi c’est une course perpétuelle vers du ‘toujours plus’. Plus de son massif, plus de voix en backing, plus de machines, plus de tout et parfois cela me provoque un sentiment d’écœurement. Revenir à des recettes plus naturelles me semble important. La surenchère n’aboutit qu’à qu’une ‘ultra calibration’ des propositions et une sorte mise en impasse. Très souvent je n’arrive plus à toujours identifier le groupe que j’écoute. C’est aussi grâce à la démocratisation des outils de production. C’est une chance de permettre à tout le monde de créer facilement, mais du coup cela lisse un peu le résultat final. C’est un sentiment que je partage, pas un fait avéré pour être vraiment sincère. Néanmoins, en fouillant bien, c’est un genre qui est en perpétuel mouvement, évolution. Qui regorge de musiciens passionnés et impliqués et au final c’est le plus important. Après, les langues se délient sur un autre point qui m’interroge sincèrement beaucoup (même en France). Ce sont les conditions dans lesquelles les groupes indépendants doivent évoluer.
Aujourd’hui, pour que ton projet soit ‘visible’, il faut financer tout. On doit être autonome sur la création, la production, l’esthétique, le design, la comm réseaux sociaux, la vidéo et financer les campagnes de communication pour entrer dans les réseaux ‘professionnels’. Nous nous heurtons à de nombreuses difficultés à se produire sur scène et quand on y arrive c’est souvent dans des conditions financières douteuses. C’est quand même compliqué aujourd’hui de traverser la France pour 200€ quand nous sommes 4 musiciens + 2 techniciens dont 4 professionnels de la musique. En réalité, ce n’est pas viable. Donc les groupes qui perdurent sont ceux dont l’investissement personnel des membres est colossal. Et je salue toute la communauté qui continue à faire vivre le milieu. Mais avoir conscience que la culture a un coût me parait important.


Avec quel artiste ou groupe rêveriez-vous de collaborer ?
Lionel : Une très bonne question qui me prend un peu de court. Il y a tellement d’artistes talentueux que j’avoue ne pas trop savoir qui citer. Par contre ce que personnellement j’aimerais vraiment faire, c’est composer avec NEwTT une musique de film SF ou d’anticipation. Même un court métrage. En tant que cinéphile, ça serait un challenge vraiment excitant.
Murray : C’est clair, je nous verrai bien figurer comme le groupe qui joue dans un bar miteux sur une planète minière dans un futur dystopique et lointain. Et ensuite il faudrait le jouer live en ciné-concert. Ça, c’est aussi quelque chose que je rêve de faire depuis longtemps.

Y a-t-il une ville ou un festival où vous rêvez de jouer ?
Murray : Le festival de Glastonbury, ou peut-être celui de Wacken en Allemagne ! Ceci dit, je suis sûr qu’il y a des festivals plus petits, à une échelle plus humaine où on pourrait prendre notre pied. Certains de mes meilleurs souvenirs de concert viennent du festival Rabastock, dans le Tarn, pas loin de chez nous. C’est cinq ou six mille festivaliers chaque été et ça fonctionne grâce à une bande de passionnés qui font ça depuis des années.

Quels albums ou morceaux écoutez-vous en boucle en ce moment ?
Lionel : Personnellement j’ai poncé le 1er album de BETTER LOVERS (ex-EVERY TIME I DIE / DILLINGER ESCAPE PLAN). Cet album est démentiel. Fait par des musiciens talentueux et qui maîtrisent totalement ce qu’ils proposent. Sinon le dernier NORMA JEAN aussi.
Murray : Pour moi c’est BRUTUS et aussi THE RADICANT, le nouveau projet très classe du chanteur d’ANATHEMA. Et mon plaisir coupable du moment c’est BLACKGOLD, parce que j’ai trop écouté de nu-metal autrefois. Et des podcasts, beaucoup trop de podcasts...

Quels sont vos projets à court et long terme ?
Lionel : Court terme : faire vivre notre album au maximum des possibles. Et faire quelques dates importantes dont nous attendons encore confirmation à ce jour. Long terme : nous engager sur le 2ème album dont certains titres sont déjà composés.
Mais pour être sincère, ce qui nous permettra d’établir des objectifs, seront les moyens (essentiellement financiers) que nous pourrons engager dans le processus créatif. Et aujourd’hui l’avenir dans la culture est pour le moins assez opaque…

Un dernier mot pour vos fans et ceux qui vous découvrent ?
Lionel : Restez éveillés ! Prenez du recul, le temps d’écouter. Ne laisser jamais tomber ce qui vous tient à cœur. Et je vais le glisser ici mais, dans l’histoire, l’ultra-libéralisme a toujours été la préface de la montée de l’extrême droite. Nous (collectivement) ne devons pas laisser faire ça. Je suis très surpris de l’absence de réactions face à la politique actuelle ou même l’avènement du plus grand techno-fasciste à la tête des États Unis… Les films d’anticipation ont (mal)heureusement tendance à voir juste.
Murray : Défendez ce que vous aimez avec les moyens dont vous disposez. À bientôt !

La question que je ne vous ai pas posée et la réponse à celle-ci ?
Est-ce que la réponse à cette question est non ?

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