Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Mai 2026.
Né en 2006 à Limoges, LIZZARD est un trio franco-britannique composé de Mathieu Ricou (guitare, chant), Katy Elwell (batterie) et William Knox (basse). Cinq albums au compteur, un art-rock exigeant quelque part entre TOOL, DEFTONES et RADIOHEAD, et une capacité rare à traverser les scènes et les publics sans jamais dénaturer son identité. Pour la tournée anniversaire des 30 ans de " Mandylion ", de THE GATHRING, c'est eux qu'on a retrouvé en ouverture, avec " Mesh " dans les bagages. Vous accompagnez THE GATHERING sur une partie de cette tournée anniversaire autour de " Mandylion ". Comment vit-on le fait d'ouvrir pour un groupe dont le public arrive avec une mémoire aussi forte ? Mathieu Ricou : Très bien ! C'est une belle opportunité, donc nous sommes heureux. William Knox : Il y a beaucoup de tension positive dans la salle, beaucoup d'énergie, ce qui nourrit notre performance. Beaucoup d'émotion également lorsque THE GATHERING arrive, d'un côté comme de l'autre. On croise des gens heureux au stand de merchandising, ce sont de supers soirées pour nous. Le public de THE GATHERING est attentif, exigeant, souvent très attaché à une période précise. Est-ce que cela change votre manière d'entrer sur scène ? M.R. : Non, on a été invités sur ces dates pour faire un show de LIZZARD. On ne se pose donc pas trop de questions vis-à-vis de ce qu'on veut présenter. W.K. : On avait l'option d'orienter notre set plutôt vers notre côté prog, mais nous trouvons ça plus honnête de rester sur un show typique de LIZZARD, une sorte de best-of de nos divers albums, essayer de partager toutes les facettes du groupe, tout en restant sur quelque chose de cohérent dans la construction du set. Nous aimons démarrer fort, calmer le jeu sur du planant en milieu de set, puis finir sur du lourd en crescendo. Là nous avions 40 minutes pour faire cela. Au Trianon, vous avez pu ajouter deux titres à votre set. Quand le temps de jeu reste limité, comment choisissez-vous les morceaux qui doivent absolument représenter LIZZARD ? M.R. : Pour nous, il est toujours plus difficile de raccourcir notre temps de set. Le choix des morceaux s'est fait sur la volonté d'amener le public avec nous et lui donner l'occasion de se remémorer cet instant de sincérité en notre compagnie. W.K. : Voir ma réponse au-dessus :-) Vous fonctionnez toujours en trio, avec Katy Elwell, Will Knox et Mat Ricou. Qu'est-ce que cette formule vous permet aujourd'hui que vous ne retrouveriez pas forcément dans un groupe plus étoffé ? M.R. : La formule trio demande généralement beaucoup d'engouement et de volonté à donner 100% de nous-mêmes, à tous les niveaux. Une sorte de mise à nu inévitable. C'est également plus simple pour la communication interne et la logistique sur les tournées. En bref, la formule trio tend à aller à l'essentiel et à prendre des décisions sans fioritures. Chez LIZZARD, les morceaux naissent d'un équilibre entre impulsion individuelle et travail collectif en répétition. Comment se construit aujourd'hui une chanson du groupe ? W.K. : Oui, c'est exactement ça. Mat arrive en répétition avec un nouveau riff, ou un couplet/refrain à la guitare, souvent avec une mélodie chant, parfois qui se suffisent à eux-mêmes en tant que morceau acoustique " solo ". Mais nous passons des mois à les construire et à les décortiquer pour les faire évoluer et devenir des morceaux de LIZZARD. Votre musique reste difficile à classer : rock progressif, alternatif, post-hardcore, art-rock, parfois métal dans l'énergie. Est-ce que cette position entre plusieurs mondes est une force, ou parfois un frein pour toucher un public plus large ? M.R. : On pourrait dire les deux... Mais nous ne voyons pas les choses de cet œil. Pour nous il n'y a qu'un monde, celui de la musique. LIZZARD est juste la résultante d'une musique sincère. On aime surprendre et être surpris. W.K. : Avec plus de 15 ans de recul sur LIZZARD maintenant, j'ai envie de dire qu'en France cela a été un frein, alors qu'à l'étranger, c'est plutôt une force. On vous associe souvent à TOOL, DEFTONES, RADIOHEAD, mais aussi à des influences plus 70’s comme PINK FLOYD ou LED ZEPPELIN. Aujourd'hui, quelles influences restent vraiment actives dans votre écriture ? Katy Elwell : DEFTONES et RADIOHEAD restent encore des influences pour nous. Aujourd'hui aussi des groupes comme NINE INCH NAILS, HELMET, AMON TOBIN... W.K. : Je reste toujours assez proche de mes influences trip-hop : MASSIVE ATTACK, PORTISHEAD, LAMB également. Par rapport aux sonorités de mon instrument, et souvent le mod apporté aux compositions. " Mesh " donne l'impression d'un album plus direct, plus nerveux, presque pensé pour la scène. Est-ce que vous aviez envie de capter davantage l'énergie live du groupe ? K.E. : Oui, " Mesh " est un album assez spontané et direct ! Notre but est toujours de réussir à capter l'énergie du live sur nos albums, mais ce n'est pas chose facile. Nous recherchons de plus en plus la simplicité dans les structures des compos, sans pour autant faire l'impasse sur les couleurs, nuances et dynamiques. Ce sont en effet des morceaux qui se prêtent bien au jeu live ! Le titre " Mesh " évoque le maillage, l'entrelacement, la connexion. Est-ce une bonne image de votre fonctionnement : trois musiciens, plusieurs influences, mais une même tension commune ? M.R. : Oui. W.K. : Je pense que tout groupe ayant une alchimie dans les compositions et sur scène peut utiliser cette métaphore, mais pour cet album le thème part sur d'autres horizons. Vous avez toujours cherché un équilibre entre accroche mélodique et exigence instrumentale. Comment éviter, d'un côté, de devenir trop cérébral, et de l'autre, de simplifier ce qui fait votre identité ? M.R. : Pour nous il faut qu'il y ait du sens, que l'on parte de A et que ça passe par B et C avant d'arriver à D. Notre musique peut parfois être compliquée à jouer, mais nous nous efforçons à ce qu'elle ne le soit pas à écouter. Nous nous concentrons beaucoup sur l'écoute narrative de nos morceaux. Il faut qu'il y ait un feeling entre nous et l'auditeur, mais il faut que l'audience veuille écouter. Sur scène, certains morceaux semblent gagner en puissance, d'autres en respiration. Est-ce qu'il y a des titres de " Mesh " qui ont changé depuis que vous les jouez devant le public ? K.E. : Je dirais que les morceaux que nous jouons sur scène gagnent en puissance, avec une interprétation plus affirmée ! W.K. : Pour ma part, il arrive qu'après quelques dizaines de concerts, les lignes de basse évoluent, mais plutôt vers la simplicité, pour délivrer plus en puissance que la version subtile qui fonctionne mieux sur l'album. Vous avez beaucoup tourné avec des groupes aux univers très différents, de THE PINEAPPLE THIEF à SOEN, HIGH ON FIRE ou aujourd'hui THE GATHERING. Qu'est-ce que ces tournées vous ont appris sur la place de LIZZARD dans la scène rock progressive et alternative ? K.E. : Nous avons de la chance de bien passer avec le public de tous ces groupes malgré leurs univers différents. LIZZARD semble pouvoir s'inviter dans pas mal de scènes diverses... Reptile !!! Vos textes portent souvent une vision du monde, des choix humains, une forme d'urgence. Après " Eroded " puis " Mesh ", quels thèmes vous traversent aujourd'hui ? K.E. : Aujourd'hui encore plus que tout, le thème qui nous tient est le besoin de prendre une nouvelle perspective, le renouvellement, être prêts au changement, à l'éveil, à une remise en question introspective. Où en êtes-vous du prochain album ? Avez-vous déjà une direction, une couleur, une envie de rupture ou au contraire de prolonger l'énergie de " Mesh " ? K.E. : Nous sommes actuellement sur la compo du prochain... Les nouveaux morceaux prennent déjà une forme assez colorée, variée... On verra où le processus nous amènera ! Pour finir, quelle est la question que je ne vous ai pas posée et à laquelle vous auriez aimé répondre ? K.E. : Quelle est la couleur des chaussettes de William ? Jaune, bien sûr !!! W.K. : Noir. Mais parfois blanc. ![]() |