Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Mai 2026.
Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal. On poursuit donc cette série avec ZUUL FX, afin de préparer les cervicales autant que les esprits. Suite de notre série d’interviews autour du FURIOS FEST avec ZUUL FX, projet de métal industriel moderne lancé par Steeve " ZUUL " Petit. Une date qui aura un goût particulier : le groupe annonce une seule et unique offensive live en 2026, avant un retour plus large repoussé à 2027. Autant dire que le rendez-vous cantalien des 21, 22 et 23 août ne sera pas une simple ligne dans un agenda, mais une déflagration rare. Album concept, univers transmedia, futur noir, transhumanisme, racines scandinaves, cinéma fantastique et horreur des années 80-90 : ZUUL FX prépare une mue massive. Avant la tempête annoncée, le FURIOS FEST servira donc de point d’impact. Une étincelle, oui. Mais du genre à faire sauter le générateur. " H+ – Transhumanism " n’est pas présenté comme un simple album, mais comme un concept global. Qu’est-ce que cette approche change dans ta manière de composer, d’écrire et de penser ZUUL FX ? Quand tu construis un univers complet, chaque morceau devient une pièce du puzzle. Je ne compose plus uniquement des chansons, je raconte une histoire. Chaque texte, chaque son, chaque image doit servir le récit global. Ça demande beaucoup plus de réflexion, mais ça offre aussi une liberté énorme pour développer une identité forte. " H+ " m'a poussé à voir ZUUL FX comme un véritable projet artistique global plutôt qu'un simple groupe de métal. Le projet explore la frontière entre l’homme et la machine, la mémoire, le contrôle et l’immortalité. Est-ce que " H+ " est d’abord une fiction d’anticipation, ou une façon de regarder notre époque en face, sans filtre ni pare-chocs ? Les deux. " H+ " est une fiction, mais elle s'appuie sur des choses bien réelles. L'intelligence artificielle, les implants, les algorithmes, la collecte massive de données, tout ça existe déjà. Nous sommes déjà entrés dans cette transformation. " H+ " pousse simplement le curseur plus loin pour poser une question simple : jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour évoluer ? Je ne cherche pas à donner des réponses. Je préfère créer un miroir dans lequel chacun peut voir ses propres peurs ou ses propres espoirs. Dans l’univers " Wasteland ", on retrouve un monde en ruines, des humains en mutation et une technologie omniprésente. Qu’est-ce qui t’attire le plus dans cette esthétique post-apocalyptique : le chaos, la survie, la transformation, ou ce qu’elle révèle de l’humain ? Ce qui m'intéresse, c'est la transformation. Le chaos et la destruction ne sont finalement que les conséquences d'un changement plus profond. Ce qui me fascine, c'est ce moment où l'homme doit choisir ce qu'il est prêt à abandonner pour survivre ou évoluer. Le post-apocalyptique est un excellent terrain de jeu pour parler de ça parce qu'il retire toutes les couches de confort. Il ne reste plus que l'essentiel : nos choix, nos instincts et notre humanité. On pense parfois à " Mad Max ", " Terminator " ou " Blade Runner " en entrant dans l’univers de ZUUL FX. Quelles références t’ont marqué, sans jamais enfermer le groupe dans une simple esthétique de science-fiction ? Ces univers m'ont forcément marqué parce qu'ils posent des questions qui sont toujours d'actualité. Mais mes influences viennent aussi de la musique, de la littérature, de l'histoire et de l'évolution de notre société. Je ne cherche pas à reproduire une esthétique de science-fiction. Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'elle raconte sur l'être humain. Au final, " H+ " parle beaucoup plus de nous que des machines. ZUUL FX annonce une seule et unique date live en 2026, au FURIOS FEST. Quand on choisit de ne laisser qu’une seule étincelle avant la tempête, qu’est-ce que cela dit de l’état d’esprit actuel du groupe ? Ça montre que nous savons exactement où nous allons. Nous avons passé beaucoup de temps à reconstruire le projet, préparer l'avenir et travailler dans l'ombre. Aujourd'hui, nous préférons miser sur l'impact plutôt que sur la quantité. Le FURIOS FEST sera l'occasion de montrer que ZUUL FX est de retour, mais surtout de donner un premier aperçu de ce qui arrive ensuite. Vous avez annoncé prendre du recul, repousser l’album et les concerts à 2027, tout en maintenant cette offensive unique au FURIOS FEST. Est-ce que cette rareté rend le rendez-vous encore plus chargé, presque comme un manifeste ? Complètement. Le plus simple aurait été de sortir quelque chose rapidement. Mais " H+ " mérite mieux que la précipitation. Nous avons choisi de prendre le temps nécessaire pour construire quelque chose de solide et cohérent. Le FURIOS FEST représente donc beaucoup plus qu'un simple concert. C'est un signal envoyé avant le lancement de la prochaine phase de ZUUL FX. 2027 marquera réellement le début de cette nouvelle ère. Le FURIOS FEST en sera le premier chapitre. Le concert est présenté comme une expérience immersive, à la fois visuelle et sonore. Pour toi, un show de ZUUL FX doit-il être vécu comme un concert métal, une performance industrielle, ou presque comme un film projeté en direct avec des amplis ? Je pense que c'est un peu tout ça à la fois. J'ai toujours aimé les groupes qui te donnent l'impression d'entrer dans un univers plutôt que d'assister simplement à un concert. La musique est le cœur de l'expérience, évidemment, mais j'aime aussi que le public puisse ressentir quelque chose visuellement et émotionnellement. Quand je vais voir un groupe, j'ai envie d'être transporté ailleurs pendant une heure. Avec ZUUL FX, c'est exactement ce que nous essayons de créer : une immersion totale. Si certains ont l'impression de regarder un film en direct avec des amplis, alors nous avons probablement réussi notre mission. Tu es aussi chanteur et percussionniste de SKÁLD, dans un univers très différent. Est-ce que cette autre expérience nourrit ZUUL FX, notamment dans le rapport au rituel, au corps, à la percussion et à la transe ? Oui, forcément. SKÁLD m'a permis d'explorer une approche beaucoup plus organique de la musique. Le rapport au rythme, aux percussions, à la répétition et à la transe est très fort dans cet univers. Même si les deux projets sont très différents musicalement, ils ont finalement quelque chose en commun : ils cherchent tous les deux à provoquer une réaction physique et émotionnelle chez le public. Je pense que cette expérience m'a permis d'aborder certaines compositions de " H+ " avec un regard différent, notamment sur la manière dont les rythmes et les atmosphères peuvent influencer les émotions. Entre les passages plébiscités par Bruce Dickinson sur BBC1, les mainstages au HELLFEST, le With Full Force devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, le Japon, les dates avec SEPULTURA, MACHINE HEAD, SLAYER ou MEGADETH, ton parcours ressemble à une carte de guerre du métal moderne. Avec le recul, quels moments ont vraiment changé ta manière de voir ZUUL FX ? Je crois que ce sont surtout les rencontres et les expériences humaines qui m'ont marqué. Bien sûr, jouer devant 40 000 ou 50 000 personnes reste quelque chose d'impressionnant. Remplacer STATIC-X au With Full Force devant une telle foule est un souvenir incroyable. Mais ce qui change réellement ta vision des choses, ce sont les années passées sur la route, les galères, les victoires, les gens que tu rencontres et tout ce que tu apprends au contact des autres artistes. Avec le recul, j'ai compris que le plus important n'était pas la taille de la scène mais la sincérité du projet. Aujourd'hui, ZUUL FX avance avec cette philosophie. Tu as aussi croisé le cinéma et la scène avec " Pop Redemption ", Luc Besson ou Alexandre Astier pour " L’Exoconférence ". Qu’est-ce que ces expériences hors du cadre strictement métal ont apporté à ta manière de penser l’image, le récit et la mise en scène ? Elles m'ont confirmé quelque chose que je ressentais déjà depuis longtemps : la musique est encore plus forte lorsqu'elle raconte une histoire. Le cinéma possède cette capacité incroyable à créer des émotions à travers les images, les silences, les décors ou le rythme d'une scène. J'ai toujours été fasciné par cette manière de raconter. " H+ " est probablement le résultat direct de cette influence. Aujourd'hui, lorsque je compose ou lorsque je construis un album, je pense souvent en termes de séquences, de narration et d'ambiance, presque comme si je travaillais sur un film. Tu présentes " H+ – Transhumanism " comme un album concept nourri par le transhumanisme, le futur sombre, le cinéma fantastique et horrifique des années 80-90, mais aussi par tout ce que tu as traversé depuis les débuts de ZUUL FX. Est-ce finalement ton disque le plus personnel derrière son armure de science-fiction ? Oui, sans aucun doute. Je pense même que c'est probablement le disque le plus personnel que j'aie jamais écrit. Les gens voient souvent les machines, le futur, les intelligences artificielles ou le transhumanisme. Mais derrière tout ça, " H+ " parle surtout de l'être humain. Il parle de nos peurs, de nos espoirs, de notre besoin d'évoluer, de notre rapport à la mort, au temps qui passe et à la trace que nous laissons derrière nous. À travers cette histoire futuriste, j'ai probablement mis beaucoup plus de moi-même que dans n'importe quel autre projet. " H+ " est une armure, mais à l'intérieur il y a quelque chose de profondément humain. Vous avez choisi le Convent Garden à Éragny comme camp de base pour travailler, répéter et forger l’album. Qu’est-ce que ce retour dans un lieu brut, presque garage, apporte à une musique aussi massive, industrielle et cinématique ? J'aime cette idée de contraste. " H+ " parle d'un futur ultra-technologique, mais l'album a été construit dans un environnement très humain, très concret. Le Convent Garden est un endroit où l'on travaille, où l'on répète, où l'on transpire. Il n'y a pas de filtre. Les idées sont mises à l'épreuve immédiatement. Je crois que cette authenticité est importante. Même lorsque l'on parle de machines ou d'intelligence artificielle, la musique reste avant tout une affaire d'humains. Tu cites des morceaux comme " Bipolar Confusion ", " Nothing Is Real ", " Behind The Light ", " Cabal " ou " I8U ", qui ont accompagné certains fans dans des moments difficiles. Est-ce que tu as pris conscience avec le temps que ZUUL FX n’était pas seulement une déflagration sonore, mais aussi un point d’ancrage pour une partie du public ? Oui, et c'est probablement l'une des choses qui me touche le plus aujourd'hui. Quand tu écris un morceau, tu le fais souvent pour toi, pour évacuer quelque chose ou pour raconter une histoire. Puis les années passent et tu rencontres des gens qui viennent te dire qu'une chanson les a aidés à traverser une période compliquée de leur vie. À ce moment-là, le morceau ne t'appartient plus vraiment. Je crois que beaucoup de gens se reconnaissent dans les thèmes que nous abordons : la lutte intérieure, la différence, le doute, la résilience. Derrière toute la violence sonore de ZUUL FX, il y a toujours eu beaucoup d'humanité. Si certaines de nos chansons ont pu servir de refuge ou de carburant à quelques personnes, alors tout ce parcours a eu du sens. Le FURIOS FEST défend depuis ses débuts une scène rock et métal large, curieuse et intense. Qu’est-ce que ce type de festival représente pour un projet aussi visuel et immersif que ZUUL FX ? C'est exactement le genre d'endroit où un projet comme ZUUL FX peut s'exprimer librement. J'aime les festivals qui prennent des risques et qui mélangent les univers plutôt que de rester enfermés dans des cases. Le public du Furios est curieux, ouvert et passionné. Quand tu proposes un univers aussi particulier que " H+ ", c'est important d'avoir en face de toi des gens prêts à vivre une expérience plutôt qu'à simplement consommer un concert. Je pense que le Furios possède cet état d'esprit. Le public du FURIOS FEST peut passer d’un métal très frontal à des propositions plus hybrides, industrielles ou théâtrales. Est-ce que ce contexte est idéal pour imposer l’univers " H+ " directement sur scène, sans mode d’emploi ? Absolument. Je n'ai jamais aimé expliquer une œuvre avant même que les gens l'aient découverte. Le meilleur moyen de comprendre " H+ ", c'est de le vivre. Le public du Furios a cette capacité à accueillir des propositions différentes sans forcément chercher à les comparer à autre chose. Je pense que c'est l'environnement idéal pour laisser parler l'univers de ZUUL FX sans filtre et sans notice d'utilisation. Au FURIOS FEST, le public aura peut-être droit aux premiers signes de la machine " H+ – Transhumanism ". Est-ce que tu vois ce concert comme une date de transition, un laboratoire à ciel ouvert, ou déjà comme le premier acte du prochain ZUUL FX ? Je le vois clairement comme le premier acte. Bien sûr, nous sommes encore en construction et certaines choses continueront d'évoluer jusqu'à la sortie de l'album. Mais dans mon esprit, le voyage a déjà commencé. Le Furios sera le premier signal. Ce sera l'occasion de découvrir une partie de ce que nous préparons depuis des années et de partager enfin cet univers avec le public. Pour moi, ce concert marque officiellement le début de l'ère " H+ ". La dernière est rituelle chez nous : quel serait ton mot de la fin pour le public du FURIOS FEST, et quelle est la question que je ne t’ai pas posée mais à laquelle tu aurais aimé répondre ? Mon mot de la fin serait simplement : merci. Merci à toutes les personnes qui nous suivent depuis plus de vingt ans, à celles qui nous découvrent aujourd'hui et à celles qui seront présentes au Furios pour cette date unique. Nous avons passé beaucoup de temps à travailler dans l'ombre pour construire ce nouveau chapitre. Le 22 août sera l'occasion de rallumer les machines. Concernant la question que tu ne m'as pas posée, ce serait probablement : " Pourquoi revenir maintenant ? ". Et ma réponse serait simple : Parce que c'était le bon moment. " H+ " existe depuis presque dix ans. Il fallait du temps pour lui donner la forme qu'il mérite. Aujourd'hui, les pièces du puzzle sont enfin en train de s'assembler. Quand j'ai commencé à écrire ce projet en 2016, beaucoup de ses thèmes semblaient appartenir à la science-fiction. Aujourd'hui, la science-fiction commence doucement à ressembler à l'actualité. Nous sommes prêts. Et le signal vient d'être envoyé. Merci à toi. Steeve |