Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Mai 2026.
Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal. On poursuit donc cette série avec MONOLYTH, histoire de préparer les cervicales autant que les esprits. MONOLYTH existe depuis 2006, avec presque vingt ans de parcours, de changements, de pauses, de reprises et de mutations. Quand vous regardez aujourd’hui le chemin parcouru, est-ce que " Seeds of Perseverance " vous apparaît comme un nouvel album, ou comme le résumé très concret de tout ce que le groupe a traversé ? C'est probablement les deux à la fois. En tant que groupe, il est rare de revoir intégralement son approche musicale ou stylistique d'un album à l'autre... Un nouvel album va être le reflet de l'inspiration actuelle du ou des compositeurs, tout en maintenant une cohérence avec les productions précédentes. Dans notre cas, s'il y a une différence de maturité d'écriture et d'intention manifeste entre " Catch the Sun " (2007) et " Seeds of Perseverance " (2025), tu retrouves malgré tout des racines communes. Vous revendiquez un Thrash/Death Metal mélodique nourri par la scène Melodeath scandinave, mais avec des accents Metalcore, progressifs, Djent et parfois plus modernes. Comment arrivez-vous à garder une identité MONOLYTH claire tout en laissant entrer autant de couleurs différentes ? C'est justement la manière dont nous intégrons ces influences dans nos compos qui va faire notre personnalité, notre identité sonore. Ce n'est pas une liste exhaustive qu'on veut suivre à la lettre dans chaque titre pour coller à une tendance ou faire un mash-up qui se veut révolutionnaire : ce serait inconsistant et indigeste. Il faut plutôt voir ça comme une sorte d'aide à la lecture, une accroche pour l'auditeur curieux, qui pourra, si l'envie lui prend, partir à la chasse à ces éléments à l'écoute de l'album. " Seeds of Perseverance " est présenté comme un album qui combine les aspects viscéraux de " We’ve Caught the Sun " et les envolées plus progressives de " A Bitter End - A Brave New World ". Est-ce que vous avez eu le sentiment de réunir deux visages du groupe dans un même disque ? " We've Caught the Sun " (2023) était le réenregistrement du premier album du groupe, " Catch the Sun ", sorti en 2007, soit tout juste un an après la création de MONOLYTH. Les titres de cet album sont imprégnés de la fougue d'un jeune groupe qui commence à s'approprier l'influence de ses aînés, IN FLAMES et SOILWORK en tête de liste chez nous. En résulte un album hargneux, avec déjà ce goût pour la mélodie catchy et des refrains qui se veulent fédérateurs. Onze ans se sont écoulés avant que " A Bitter End - A Brave New World " ne voie le jour. Forcément, en onze ans, il se passe plein de choses, les goûts évoluent, se façonnent, s'affinent, et la manière de composer aussi. Amaury, au chant, a longtemps été le seul compositeur du groupe, et à l'époque de " A Bitter End - A Brave New World ", Julien, à la guitare, a commencé à apporter sa patte et ses influences. L'album est plus long, plus riche, plus varié aussi. Pour " Seeds of Perseverance ", Batt et Larry ont été intégrés à l'écriture et ont signé quatre titres qui ont fini sur l'album, rajoutant une palette de nuances supplémentaires. Il y a donc plusieurs visages réunis dans cet album, ce qui fait que, comme on se le disait sur la première question, il est à la fois une vraie nouveauté tout en synthétisant notre parcours. Les premières idées de " Seeds of Perseverance " ont commencé à germer après la tournée " Three of A Kind " en 2019, avant que la composition ne reprenne vraiment après " We’ve Caught the Sun ". Est-ce que ce temps long a permis aux morceaux de mûrir autrement, ou est-ce qu’il a parfois fallu se battre contre l’envie de trop les retravailler ? On se bat sans arrêt pour tenter de mettre un point final à nos morceaux et ne plus les toucher, et c'est un combat de tous les instants ! (rires) À vrai dire, le laps de temps entre le retour de tournée en 2019 et la sortie effective de l'album s'explique de plusieurs manières : La pandémie COVID, qui, si elle nous a permis d'écrire plus sereinement car enfermés chez nous, a quand même mis un gros coup de frein au fonctionnement du groupe. Plusieurs changements de line-up. Une volonté de revoir le fonctionnement du groupe, justement, notamment en ouvrant la voie à d'autres compositeurs pour remettre de la fraîcheur dans l'approche musicale et visuelle, mais aussi donner de nouvelles couleurs, de nouvelles ambiances. Paradoxalement, même s'il s'est écoulé cinq ans entre la tournée et la touche finale donnée à la composition, c'est l'album que nous avons composé le plus rapidement ! En effet, même si on a gardé des idées d'avant COVID, on a quasiment tout révisé et/ou repris de zéro en juillet 2024, soit quatre ou cinq mois à peine avant d'entrer en studio. L’arrivée de Larry à la guitare, l’implication de Batt dans la composition, et le travail déjà établi d’Amaury et Julien semblent avoir donné une nouvelle dimension à MONOLYTH. Qu’est-ce que cette dynamique collective a changé dans l’écriture et dans la manière de faire avancer le groupe ? On dirait que j'ai anticipé cette question dans mes réponses précédentes haha. En complément, je dirais que cette nouvelle dynamique a permis une prise de recul pour les compositeurs " historiques ", ça nous a ouvert de nouveaux horizons, de nouvelles possibilités, et c'est ce qui fait la force de cet album. Vous dites que les morceaux de " Seeds of Perseverance " sont plus variés et plus singuliers qu’auparavant, avec une palette émotionnelle inédite pour le groupe. Est-ce que cette diversité est venue naturellement, ou avez-vous consciemment voulu casser certains réflexes d’écriture ? Encore une fois, il y a un peu des deux. Fatalement, quand tu impliques de nouvelles personnes dans un processus créatif, avec leur parcours et leurs sensibilités, tu élargis le champ des possibles, donc naturellement, ta création va subir une mutation. Larry et Batt connaissent bien l'univers du groupe. Batt est là depuis fin 2015, Larry nous a rejoints en 2023 mais était dans le paysage depuis la tournée de 2019, sur laquelle il avait fait un concert à la place de notre ancien gratteux, et il nous avait dépannés ponctuellement depuis. Même s'ils ont une approche totalement différente de celle de Julien et Amaury, ils ont tenu à s'inscrire dans l'esprit MONOLYTH, et l'ont fait avec brio à notre sens. S'il n'y avait pas de réelle volonté de casser des réflexes d'écriture, il y avait par contre cette envie de revenir à une musique plus directe, comme sur " Catch the Sun " / " We've Caught the Sun ". Le postulat de départ était : " Les gars, c'était quand même cool quand ça tirait tout droit sans trop de bizarreries rythmiques ou des titres longs, venez on trouve un entre-deux ! " PERDU ! On a refait un album de quasiment une heure. (rires) On se console en se disant qu'on a sur " Seeds of Perseverance " les titres les plus courts et directs de notre carrière ! Les textes abordent des sujets lourds comme la dépression, la déception sentimentale, l’addiction, la remise en question, le besoin de trouver sa place ou de se développer personnellement. Comment écrire sur ces thèmes sans tomber dans la simple noirceur, mais en gardant cette idée de lumière au bout du tunnel ? Les thèmes sont effectivement lourds de sens et majoritairement très personnels. Ils sont cathartiques, c'est indéniable, ils sont tour à tour confession, thérapie ou aveu, mais il y a derrière une recherche du mieux, un refus de la fatalité. Amaury tient également à ce que chaque personne qui s'intéresse à ses textes puisse s'identifier, se reconnaître ou reconnaître une personne, un comportement et, potentiellement, une échappatoire à une situation similaire. La recherche de la reconstruction personnelle était la base du concept de " A Bitter End - A Brave New World ". Sur " Seeds of Perseverance ", il n'y a pas de fil rouge aussi évident. C'est une collection d'émotions, de ressentis et, encore une fois, de recherche d'un meilleur soi. Le titre de clôture, " Perseverance ", semble porter la philosophie de l’album, avec cette idée qu’un soleil éclatant subsiste derrière les cieux les plus sombres. Est-ce que ce morceau est une conclusion, une profession de foi, ou presque un autoportrait de MONOLYTH ? Absolument ! Quand on s'est réunis en juillet 2024, la question ultime à laquelle nous avons cherché à répondre était : " Qu'est-ce que MONOLYTH en 2024 ? Qu'est-ce qui nous représente ? " Au-delà des aspects musicaux, il est rapidement apparu que c'est notre ténacité, notre longévité, et donc notre persévérance, qui nous ont menés là où nous sommes aujourd'hui, là où des groupes qui ont vu le jour en même temps que nous ont malheureusement jeté l'éponge ou pris des chemins différents à travers d'autres projets. C'est une philosophie qui s'applique au groupe mais aussi à nos parcours personnels, qui fait qu'on se retrouve aussi intellectuellement tous les cinq. " Better Off Somewhere Else ", premier clip de ce nouveau chapitre, a été réalisé par CANA PRODUCTION et présenté comme un titre intense et percutant. Pourquoi avoir choisi ce morceau pour ouvrir la porte de " Seeds of Perseverance " ? À l'issue de la composition, on a enregistré des maquettes de tous les titres. Avant cette étape, nous n'avions qu'une vision limitée sur les lignes de chant d'Amaury. Lorsqu'il nous a envoyé la démo de " Better Off Somewhere Else ", le retour a été unanime : " Les gars, on tient notre single ! ". Ce titre coche toutes les cases, avec son approche entraînante et son refrain imparable, du moins à nos yeux haha ! D'un point de vue " promo/communication ", qui deviennent des aspects de plus en plus importants dans la vie d'un groupe, parfois même tristement plus que la musique en elle-même, il revêt aussi une identité un peu plus grand public, étant un titre entièrement en chant clair avec des accents clairement pop. C'était un pari pour nous, parce qu'on ne savait pas trop comment allaient réagir les gens qui nous suivent depuis longtemps et quel accueil lui serait réservé par les gens qui nous découvrent. Au final, c'est une belle surprise ! Rajoutons que le boulot des équipes de CANA PRODUCTION est fou sur ce clip et que ce fut un énorme plaisir de bosser avec eux ! L’album a été enregistré, mixé et masterisé par Thibault Bernard chez Convulsound Productions, avec les batteries enregistrées au Warmaudio. Qu’est-ce que cette collaboration a apporté à votre son, notamment dans l’équilibre entre puissance, lisibilité et mélodie ? C'est la toute première fois que nous ne faisons pas du tout de home studio sur un album, donc ça change énormément de choses. On s'est reposés sur l'expertise de Thibault en l'occurrence, qui nous a guidés dans l'approche de l'enregistrement tout en nous déchargeant de la pression de gérer tous les à-côtés, éditions, recalages, prémix, etc., ce qui nous a permis d'être focus sur nos instruments. Thibault est spécialisé sur des prods bien plus violentes que ce qu'on fait, que ce soit avec KAMIZOL-K, WARSIDE ou DEATHAWAITS, pour ne citer qu'eux, et il a apporté une dose de violence qu'on ne soupçonnait pas à notre son, mais en restant fidèle à la sonorité qu'on recherchait. Batt est à la fois batteur et graphiste du groupe, et il avait déjà travaillé sur l’univers visuel de " We’ve Caught the Sun ". Pour " Seeds of Perseverance ", vous parlez d’un univers fort et cohérent, destiné aussi à être transposé sur scène et dans les clips. Est-ce que l’image est devenue une partie intégrante de l’expérience MONOLYTH ? C'est ENFIN devenu partie intégrante de l'expérience MONOLYTH, oui. Nous avons repensé toute la direction artistique en nous appuyant sur les visions de Batt et Larry, l'un pour le graphisme au sens large, l'autre pour la scénographie. Nous avons voulu sortir de l'éternel " t-shirt noir / jean noir " sur scène, trancher en osant afficher la lumière évoquée dans nos titres, et proposer quelque chose de différent. Vous avez lancé une campagne de financement participatif avec ce " Tree of Fame ", nourri par les noms des contributeurs. Est-ce que cette manière d’impliquer le public correspond à votre vision du groupe : sincère, humble, proche de ceux qui vous suivent ? Le concept du crowdfunding fait débat depuis des années au sein de la scène metal. Il y a plein de manières de le voir, du plus positif au plus négatif, et nous avons pesé le pour et le contre avant de nous lancer. Nous l'avons abordé sous l'angle de la précommande et de l'implication du public dans l'avancement du projet, et nous sommes très fiers du résultat. Nous avons toujours eu à cœur de rester proches des gens, conscients que sans eux, nous n'aurions pas d'opportunités de partager notre musique, purement et simplement. MONOLYTH a connu beaucoup de changements de line-up et de bouleversements internes, mais vous insistez aujourd’hui sur une entité plus forte, plus unie, plus percutante. À quel moment avez-vous senti que le nom MONOLYTH reprenait tout son sens ? Au risque de me répéter, c'est quand on est sortis de cette mise au point de l'été 2024 avec l'envie de sortir quelque chose de fort qu'on serait fiers de défendre. Vous avez une centaine de concerts derrière vous, et vous continuez à chercher un perfectionnement musical mais aussi scénique. Aujourd’hui, qu’est-ce qui fait selon vous un bon concert de MONOLYTH : la précision, l’intensité, la communion, ou cette petite zone de danger où tout peut basculer ? Oserais-je répondre que je ne pense pas qu'il y ait de bon ou de mauvais concert ? Oui, je le fais. (rires) Plus sérieusement, un bon concert de MONOLYTH, de notre point de vue en tout cas, c'est un concert dont on ressort avec le sourire, en sueur, avec ce sentiment d'avoir réellement partagé quelque chose avec le public. Nous sommes de plus en plus exigeants en interne pour justement renforcer notre précision d'exécution et l'intensité des sets que l'on offre aux gens. Au moment où je t'écris, on sort de trois jours de résidence axés sur les aspects scéniques de notre set, en préparation des concerts à venir. Vous êtes aussi groupe partenaire de HARDCORE CARES FRANCE depuis 2017, avec cette petite tirelire présente sur vos stands de merch. Est-ce important pour vous que MONOLYTH soit aussi associé à une forme d’engagement, notamment en faveur des animaux abandonnés ou maltraités ? Nous ne retirons aucune gloire du fait d'être associés à la démarche de HARDCORE CARES, ou du moins ce n'est pas ce qui a motivé ce choix en premier lieu. Julien est impliqué dans la protection animale et soutient HARDCORE CARES depuis dix ans, et c'est lui qui a souhaité que le groupe rejoigne cette cause. Nous avons tous cette sensibilité, et nous pensons que chaque action est utile. De fait, profiter du rayonnement que peut avoir un concert pour venir en aide à notre échelle, en affichant le nom de l'asso et en récoltant des dons, était une évidence. Vous allez jouer au FURIOS FEST, et l’un de vos membres connaît déjà très bien le festival puisqu’il y vient en famille depuis quelques années. Est-ce que cela donne une saveur particulière à cette date, entre le regard du festivalier et celui du musicien qui monte enfin sur scène ? Julien est quasiment le local de l'étape, en effet. (rires) Au-delà du plaisir évident de passer sur la scène devant laquelle on a vécu plusieurs éditions d'un festival qui nous tient à cœur, l'opportunité d'un festival de l'envergure du FURIOS FEST, qui est devenu une valeur sûre dans le paysage français, est une chance incroyable pour un groupe tel que nous, et nous sommes extrêmement reconnaissants ! Pour un festival comme le FURIOS FEST, comment préparez-vous votre setlist ? Est-ce que vous misez principalement sur " Seeds of Perseverance " pour affirmer ce nouveau chapitre, ou est-ce que vous voulez aussi rappeler le chemin parcouru depuis " A Bitter End - A Brave New World " et " We’ve Caught the Sun " ? Aaaaaah, on ne va pas spoiler si près du but, quand même ! Plus on avance et plus on sort d'albums, et encore, nous n'en avons que trois, plus il nous est difficile de choisir, tant on aimerait tout jouer, tout dévoiler aux gens, se faire plaisir tout en leur faisant plaisir. La part belle sera faite à " Seeds of Perseverance " sur les concerts de 2026, mais il n'est pas impossible que les plus anciens retrouvent des riffs qu'ils connaissent mieux dans tout ça ! Le FURIOS FEST, c’est aussi le Cantal, ses paysages, ses tablées qui ne font pas semblant, et cette ambiance où le metal semble trouver naturellement sa place entre deux reliefs. Si MONOLYTH devait associer son univers à une image locale, vous seriez plutôt bloc de lave, ciel noir traversé par un rayon de soleil, truffade de combat, ou autre chose encore ? Le ciel noir traversé par un rayon de soleil résume assez bien les thématiques abordées dans nos textes ! Mais nous sommes aussi de bons vivants, et si la frange vegan du groupe ne se retrouvera pas forcément dans la truffade, les tablées où on ne sait plus où donner de la tête tant il y a de gens sympathiques nous parlent forcément ! Pour finir, il y a toujours une question qu’on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd’hui, et qu’auriez-vous envie d’y répondre ? Une question qu'il est étonnant de ne pas retrouver, et en soi, ce n'est peut-être pas plus mal : " Quelle est l'actualité du groupe ? Avez-vous des concerts à venir ? " En termes d'actualité, nous continuons de promouvoir " Seeds of Perseverance ", notamment avec une nouvelle vidéo à paraître début juin. Côté concerts, nous avons le Off du HELLFEST le 17 juin et le FURIOS FEST le 21 août, mais également le ROCK'INK, convention tatouage à Pleurtuit, pas loin de Saint-Malo, qui propose sa deuxième édition les 3 et 4 juillet prochains, et également la FIREMASTER CONVENTION, à Issoudun, qui se tiendra les 23, 24 et 25 octobre. |