Jiro


Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Mai 2026.


Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal.
On poursuit donc cette série avec JIRO, afin de préparer les cervicales autant que les esprits
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Jiro

JIRO est né dans le vacarme de la banlieue parisienne, avec cette idée d’une " apaisante brutalité ", entre environnement anxiogène, énergie brute et recherche d’un son organique. Est-ce que ce contraste entre tension et respiration est une clé pour comprendre le groupe ?
Absolument ! Dans nos chansons, on veille systématiquement à garder une forme de nuance, qu’il y ait des moments de respiration qui sont précieux pour nous, compte tenu du sens qu’on veut donner à notre musique.

Vous décrivez JIRO comme un projet qui place le riffing, le groove et la mélodie au centre de son savoir-faire. Quand vous composez, qu’est-ce qui vient en premier : le riff qui cogne, la ligne mélodique qui reste en tête, ou le groove qui fait bouger la nuque avant même qu’on ait compris pourquoi ?
Oui, la science du riffing, c’est vraiment le noyau de notre musique. Le point de départ peut tout à fait être autre chose : une ligne de chant, une thématique qui inspire une mélodie, un riff ou simplement une ambiance qu’on cherche à tester. Mais il nous semble inconcevable de faire une chanson dans laquelle vous n’aurez pas un gros riff qui groove. C’est complètement nécessaire pour nous.

Votre nom vient d’un clin d’œil à l’avenue du Général Giraud, là où vous aviez votre premier garage chez Toto votre batteur. Est-ce important pour vous que JIRO garde ce lien très concret avec ses débuts, loin des concepts trop fabriqués ?
Oui, en réalité, tout dans ce groupe est une quête de sens. C’est un projet dans lequel on a la sensation de s’accomplir en tant qu’humains et d’effectuer la mission que la vie nous a donnée. Du coup, que ce soit dans le nom, dans l’écriture de nos morceaux, dans nos visuels, on veut que tout ait du sens pour nous. C’est pour ça que " JIRO " était le nom parfait : il nous ramène instantanément à une image, un lieu, une temporalité qui nous parle.

Avec " Elevate Spirit ", sorti fin 2024, vous avez commencé à identifier votre place sur la scène metal française. Avec le recul, qu’est-ce que ce premier EP vous a appris sur ce que JIRO devait devenir, et sur ce que vous ne vouliez pas être ?
Ce premier EP nous a indiqué la direction vers laquelle aller. Même s’il est souvent difficile de réécouter un projet passé, car on y trouve toujours des défauts, il nous semble qu’on a vraiment bien cerné " du premier coup " ce qu’on voulait faire. Du moins, on n’a pas la sensation, un an et demi après sa sortie, d’avoir fait fausse route. On a envie de préciser plein de choses, d’aller beaucoup plus loin. On sait qu’avec ce premier projet, on est très très loin d’avoir exploré tous les recoins de notre imaginaire. C’est donc parfait, car ça nous a laissé de quoi travailler pour notre deuxième EP, et maintenant pour notre premier album en cours d’écriture.

" Adrift in Silence ", sorti le 17 avril 2026, est présenté comme un EP spontané, groovy et éruptif. Est-ce que ces trois mots résument aussi votre état d’esprit actuel en tant que groupe ?
À 100%. " Spontané ", car on a voulu ne pas chercher un sens et garder une forme de légèreté. " Groovy ", car c’est un mot qui nous définit toujours dans notre manière d’écrire. Et " éruptif ", car on a fait le choix de n’avoir quasiment aucun temps calme sur cet EP, à l’inverse du premier.

Jiro

Vous expliquez que " Elevate Spirit " était plus introspectif, avec un fil rouge, tandis que " Adrift in Silence " est plus franc, direct et sans détour. Est-ce que ce deuxième EP est une manière de vous faire davantage confiance, sans chercher à tout justifier ?
Exact. C’est tellement exactement ça que nous n’avons rien à rajouter !

Les cinq titres de " Adrift in Silence " abordent des thèmes distincts comme l’enfance, l’amitié, la douleur, la rupture ou le circuit de la récompense. Comment fait-on pour traiter des sujets aussi différents tout en gardant une cohérence émotionnelle sur un format aussi court ?
Cela passe beaucoup par l’interprétation, notamment au chant. Et pour cela, il faut avoir vécu ou ressenti les expériences dont on parle. Pour y croire, il faut que ce soit authentique, et l’authenticité ne s’improvise pas. Donc c’est le choix des thématiques qui va, en réalité, définir la sincérité de l’interprétation et la qualité du récit, et donc la cohérence émotionnelle.

" Worth It " a été choisi comme premier single parce qu’il concentre beaucoup d’éléments de JIRO : gros riff, chant clair et saturé, harmonies, solo, breakdown groovy. Est-ce que vous le voyez comme une carte de visite idéale du groupe à ce moment précis ?
Tout à fait. Il y a tout ce qu’on sait et aime faire dans cette chanson, donc c’était idéal de la présenter comme premier single.

" Shattering " propose une facette plus low tempo, très directe, avec une inspiration assumée du côté de BLEED FROM WITHIN. Qu’est-ce que ce morceau vous a permis d’explorer que vous n’aviez pas encore vraiment posé chez JIRO ?
C’était un challenge pour nous d’arriver à faire groover une chanson " low tempo ". C’est souvent même plus dur à faire sonner qu’une chanson rapide ou plus dure techniquement parlant. On a mis longtemps à se l’approprier, pour qu’au final ce soit l’une de nos plus efficaces en live, car elle vient complètement casser le rythme tout en préservant le caractère lourd et écrasant qui fait bien respirer au milieu du set.

On vous rapproche parfois de POLARIS, WHILE SHE SLEEPS, LAMB OF GOD, SLIPKNOT, PANTERA ou BLEED FROM WITHIN. Comment assume-t-on ces influences sans devenir un catalogue de références, et à quel moment sentez-vous que le morceau devient vraiment du JIRO ?
Les groupes que tu cites sont sans aucun doute parmi nos plus grosses influences. On s’inspire d’eux pour plein de choses. Quand un journaliste a demandé à Misha Mansoor de PERIPHERY s’il cherchait à se différencier quand il écrit de la musique, il a répondu : " I couldn’t care less ". On ne sera pas aussi extrêmes, mais on ne cherche pas à être uniques. On cherche à aimer notre musique, et l’unicité vient, ou pas, en écrivant ensemble. C’est la fusion de nos cinq cerveaux qui crée une recette originale.

Vous parlez d’un côté " badass ", rugueux, mais aussi d’une écriture soignée et d’une vraie place laissée à la palette vocale de Romain. Comment travaillez-vous cet équilibre entre impact physique et précision mélodique ?
Disons que c’est peut-être la raison pour laquelle on est si lents à écrire des chansons ! Ce n’est jamais simple de trouver de la place pour tout, et quelquefois on bute pendant longtemps avant de trouver l’équilibre parfait dans l’écriture.

" Adrift in Silence " sort via Telema Productions, la structure de Jon, ce qui vous permet de maîtriser votre calendrier et vos choix. Est-ce que cette indépendance est aujourd’hui une liberté indispensable pour un groupe encore en construction ?
Indispensable, on ne sait pas. En tout cas, elle est là et on en profite à fond. Cette indépendance peut sonner comme un choix de vouloir l’être et le rester, mais en vérité, il s’agit aussi d’un choix par défaut, au lancement du groupe. La structure était là, on aurait été stupides de ne pas profiter de tous les outils et compétences de Jon pour sortir notre musique et tourner. Maintenant que le groupe commence à être identifié, cela fait sens de continuer dans cette voie, et de ne pas briser la dynamique. On maîtrise absolument tout dans le fonctionnement du projet, et c’est un luxe auquel on s’habitue très vite !

Jiro

L’artwork de " Adrift in Silence " repose sur cette barque vide, issue du travail photographique de Quentin Jeandel. Qu’est-ce que cette image disait de l’EP que vous n’auriez peut-être pas pu formuler autrement ?
On trouvait cette photo extrêmement forte. En fait, on avait déjà ciblé l’idée de la barque vide qu’on comptait travailler avec un ou une graphiste, mais quand on a découvert la photo de Quentin, c’était comme une évidence. Finalement, les meilleures pochettes d’album sont souvent, à notre avis, des photos qui captent un instant, une personne… La photo communique quelque chose d’unique. Tu peux reproduire un graphisme à l’identique, mais pas une photo. Le silence qui pèse sur la cover tranche avec l’agressivité de l’EP, et on a trouvé ça vraiment génial.

Vous avez un niveau d’exigence très élevé sur scène, avec cette volonté que chaque show soit meilleur que le précédent. Est-ce que cette pression permanente est votre carburant, ou faut-il parfois apprendre à ne pas se transformer en tableur Excel à breakdowns ?
C’est une très bonne question, et elle est au centre de nos réflexions. Nous sommes extrêmement exigeants sur le live, et donc souvent insatisfaits. On s’est rendu compte que c’est le cas de beaucoup de groupes, y compris au très haut niveau, donc c’est plutôt rassurant ! Cette exigence nous pousse à nous surpasser, mais elle peut vite empêcher de savourer. Donc on essaye de conscientiser tout ça pour ne pas passer à côté des moments sur scène qui sont, disons-le, la raison pour laquelle on fait de la musique en groupe.

Vous dites vouloir " bouffer de la date " et défendre cet EP jusqu’à l’été 2027, avant de sortir un premier album déjà en cours d’écriture. Dans cette trajectoire, qu’est-ce que la scène va venir changer ou affiner dans le futur visage de JIRO ?
On compose pour la scène, en réalité. Il y a toujours cette question de " comment ça va sonner en live " à chaque étape de la création d’un titre. Donc, quand on va commencer à tester des nouveaux titres sur nos prochaines dates, ça nous donnera de très bons indicateurs sur comment les travailler dans le cadre d’un album, compte tenu de la réception que le public en fera.
Quand on écrit quelque chose, mais qu’on sait qu’en live on n’aura pas la capacité de le restituer correctement, on oublie l’idée, car cela perd tout son sens pour nous. Il est facile de " tricher " en studio. La scène, en revanche, ça ne pardonne pas !

Vous allez jouer au FURIOS FEST. Est-ce que vous connaissiez déjà le festival, son ambiance et son public, ou est-ce une nouvelle étape à inscrire dans votre odyssée metalcore ?
Ce sera une grande première pour nous tous, en tant qu’artistes ou festivaliers. Et, de manière plus générale, c’est aussi l’un de nos premiers festivals métal open air, donc nous avons plus que hâte. Merci encore à Christophe et à l’équipe du FURIOS FEST pour leur confiance et pour nous accorder cette belle opportunité !

Pour un festival comme le FURIOS FEST, comment préparez-vous votre set-list ? Plutôt un impact immédiat autour de " Adrift in Silence ", avec " Worth It ", " Shattering " ou " The Ascendant Fall ", ou un set qui fait aussi le lien avec " Elevate Spirit " ?
Notre set-list actuelle, c’est la totalité des deux EP. Donc c’est plutôt pratique, on n’a pas de choix à faire, si ce n’est l’ordre des chansons. Cependant, au FURIOS FEST, on a un set plus court, donc il va falloir en sacrifier certaines… On va clairement chercher à aller droit au but.

À la question du plat qui représenterait JIRO, vous avez déjà répondu " une tartiflette ", parce que c’est gras, gourmand et avec un goût de " reviens-y ". Face au Cantal, à la truffade et à l’aligot, est-ce que vous assumez le match retour gastronomique, ou est-ce que le groove risque de finir en coma fromager ?
Il y a le mot magique qui a été prononcé : aligot… Rien ne bat un aligot saucisse, même pas une tartiflette. Victoire 3 sets à 0 du Cantal sur la Savoie.

Pour finir, il y a toujours une question qu’on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd’hui, et qu’auriez-vous envie d’y répondre ?
On aurait aimé entendre : " Quel est le groupe de l’affiche du FURIOS FEST que vous avez le plus hâte de voir ? "
Et la réponse aurait sans doute été FLORENCE BLACK, dont certains d’entre nous sont très fans !

Jiro