Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Juillet 2026.
Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal. On poursuit cette série avec FAITH IN AGONY, afin de préparer les cervicales autant que les esprits. FAITH IN AGONY est présenté comme un projet paritaire rock alternatif à lead féminin, avec des influences 90’s, une énergie très directe et une aura à la fois pesante et intimiste. Est-ce que cette tension entre impact frontal et fragilité intérieure est au cœur de votre identité depuis le départ ? Madie : Hello à tous et merci pour cette chouette interview ! Oui tout à fait, nous avons toujours eu ce goût du contraste. Nous aimons jouer, tant scéniquement que dans nos compositions, sur tous les contrastes depuis nos débuts. Quand on était p’tits, on se marrait même à se dire qu’on faisait de la musique " bien propre mais sale " ;) Votre nom, FAITH IN AGONY, porte déjà une forme de contradiction, presque une lumière dans la douleur. Avec le recul de deux albums, est-ce que vous avez l’impression que ce nom raconte encore mieux le groupe aujourd’hui qu’à ses débuts ? G : Oui, et il le racontera de mieux en mieux car c’est un nom lourd de sens que chacun peut s’approprier. Il est également un symbole de notre parcours d’indépendant, ancré dans les contraintes du DIY mais aussi dans l’épanouissement qui s’en dégage à chaque petite victoire. " Insight ", sorti le 24 octobre 2025, est décrit comme une continuation naturelle de " Drowned & Exalted ", mais aussi comme un disque viscéral, sincère et sans compromis. Qu’est-ce qui relie profondément ces deux albums, et qu’est-ce que " Insight " vous a permis d’oser davantage ? M : Oui, tout à fait, on peut interpréter " Insight " de mille façons. On aime que chacun s’approprie nos morceaux à sa sauce et vive sa propre expérience. Ce nouvel opus va encore plus en profondeur dans l’introspection et ses contrastes. On a mis tout à plat sur cet album et oui, on s’est autorisé une belle prod, au Studio Artmusic, des choix d’arrangements audacieux et bien plus tranchés que sur notre précédent album. G : Ce qui relie ces deux albums, ce sont aussi les thématiques autour des traumatismes qui nous forgent tous, et qu’on partage parfois pour s’en soulager mais aussi pour dire aux autres qu’ils ne sont pas seuls dans ces moments difficiles. Vous parlez d’un album traversé par une vulnérabilité intense, enveloppé de fuzz épais et de mélodies accrocheuses. Comment travaillez-vous cet équilibre entre matière sonore abrasive et accessibilité mélodique ? M : Ici, je ne parlerais que des mélodies et des textes que j’ai pu écrire et je laisserai Guillaume, notre compositeur et guitariste, répondre également. J’ai toujours travaillé mes lignes de chant dans un souci de progression, de tension et d’ascension vers une relâche extatique, un grand lâcher prise. Certains morceaux sont choisis pour être des autoroutes d’énergie pure et d’autres sont beaucoup plus progressifs en termes d’émotion. Toujours cette histoire de contrastes... On a aussi beaucoup réfléchi les morceaux de l’album " Insight " en les taillant pour le live dès leurs compositions. G : En tant que compositeur/arrangeur, j’aime beaucoup travailler sur les textures, les ambiances et l’alchimie naturelle qu’on peut trouver entre les éléments artistiques. La musique de FIA se veut accessible, non pas par sa prévisibilité mais par les codes esthétiques qu’elle assume totalement. La mélodie peut cohabiter avec la violence, c’est une question de gestion d’espace. Avec " Insight ", vous proposez un regard introspectif sur un parcours de vie, avec cette idée de revivre certaines expériences tout en trouvant la distance nécessaire pour en explorer les nuances. Est-ce que l’écriture a été pour vous un travail de confrontation, de compréhension, ou de mise à distance ? M : Un peu des trois, je dirais. Tout l’enjeu de l’écriture est de pouvoir proposer à la fois sa propre lecture et de pouvoir la transmettre de manière suffisamment lisible par et pour tous. Parler de soi pour parler de soi n’intéresse personne, l’idée n’est pas de proposer un égotrip brut ou irréfléchi. Mais faire en sorte que chacun puisse se retrouver ou se ressentir dans un texte ou dans un morceau, c’est toute la difficulté de l’exercice. Pour pouvoir accéder à une large grille de plusieurs lectures possibles, il faut passer par toutes ces étapes. Vos morceaux laissent place à plusieurs interprétations selon le contexte. Est-ce important pour FAITH IN AGONY de ne pas trop fermer le sens des chansons, et de laisser l’auditeur y projeter ses propres blessures ou ses propres images ? G : Il y a toujours un minimum d’orientation, parce qu’on choisit de parler d’une chose, d’une certaine manière et pas d’une autre. Mais les gens sont totalement libres de l’interpréter émotionnellement, c’est ce qui est beau dans la musique, c’est ce qui rend le partage vivant et intéressant. Vous avez composé, arrangé et écrit " Insight " collectivement. Dans un groupe à quatre personnalités, comment trouve-t-on le point d’équilibre entre l’intime, le commun et ce qui doit rester au service du morceau ? M : Ça fait maintenant 10 ans cette année que l’on bosse tous les quatre. Comme les vieux couples, on a nos routines de compositions, d’arrangements, nos délais de réflexions, etc. On échange tous ensemble sur le sens que les morceaux nous évoquent, les émotions ressenties, et c’est justement là que c’est intéressant. Quand on se rend compte que chaque morceau nous ramène chacun à tel ou tel ressenti ou expérience, que les disparités sont multiples, on sait qu’on est dans une bonne direction ;) G : D’un point de vue plus technique, c’est aussi une histoire de processus, d’étapes et de concertations. Il y a quatre personnalités, donc quatre sensibilités, parcours et visions différentes. Le vrai travail est d’arriver à coordonner l’ensemble dans une même direction, avec des objectifs communs. L’album a été enregistré et mixé chez Studio Artmusic avec Sébastien Camhi, puis masterisé au Kohlekeller Studio. Qu’est-ce que cette chaîne de travail a apporté à votre son, notamment dans cette volonté d’obtenir un disque à la fois furieux, sincère et lisible ? M : Dès les premiers morceaux composés, on s’est tous dit qu’il nous fallait une très bonne production pour ce nouvel album. Le hasard faisant parfois bien les choses, j’avais été contactée par Sébastien Camhi quelques mois auparavant pour un side-project. Lui qui avait pour habitude et succès de produire du gros gros métal bien méchant, ACOD, HEART ATTACK, AKIAVEL..., avait aussi envie de se mettre au rock alt :). On a dit banco et on a tout de suite accroché. Sébastien s’est vraiment intéressé à ce que l’on souhaitait faire de notre son, de nos arrangements, la signature massive de la fuzz, etc. On a enregistré en deux temps à quelques mois d’intervalles, ce qui nous a permis d’affiner et d’affirmer beaucoup de points cruciaux. À propos du mastering, Sébastien travaillant souvent avec Kaï, au Kohlekeller Studio, il a été naturel de lui faire confiance pour le mastering de " Insight ". Cet album étant quand même assez hétérogène, on a eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec des personnes à l’écoute de nos besoins et démarches artistiques. Le titre " Fakir ", sorti en mars 2025, porte une intensité particulière, entre morsure, honte, tension et cendres encore brûlantes. Qu’est-ce que ce morceau dit de l’état d’esprit de FAITH IN AGONY au moment d’ouvrir la voie vers " Insight " ? M : " Fakir " est le premier titre avec lequel on est revenu après presque quatre ans sans nouveau son. C’était risqué, donc, disons qu’on était surtout déterminés, impatients et au-delà de tout ça, il ne fallait pas se planter... On voulait revenir avec un morceau solide et étrangement, on a choisi " Fakir " parce qu’il est le titre le plus OVNI de l’album. On l’a d’ailleurs placé en bonus track. À titre perso, je trouve que c’est un bon p’tit teasing de tout ce que vous alliez entendre sur " Insight " : déjà, un format très court, une structure efficace, du blues, de la fuzz et un finish énervé à la sauce FIA. Dans " Fakir ", il y a cette phrase qui revient comme une injonction, " You have to walk on it ". Est-ce que cette idée d’avancer malgré ce qui pique, ce qui blesse ou ce qui brûle peut résumer une partie de votre rapport à la musique ? M : Oui, c’est tout à fait ça. " Fakir ", comme beaucoup de titres de " Insight ", raconte plein d’histoires. " You have to walk on it ", c’est un peu l’idée d’un passage obligé, de devoir traverser ces phases obligées, complexes et ambivalentes qui mènent vers une volonté de résilience. " Insight " est, pour moi, un album assez cathartique, sans vouloir placer trop d’idées pompeuses ;) J’aime l’idée de pouvoir partager des ressentis multiples au travers des mélodies et des textes. J’ai besoin d’être juste avec mes ressentis dans l’écriture pour pouvoir ensuite les interpréter honnêtement sur scène. Votre premier album " Drowned & Exalted " est paru en 2021. Quand vous réécoutez ce disque aujourd’hui, qu’y entendez-vous : les fondations du groupe, une première mue, ou une photographie d’un moment précis ? M : Les trois à la fois, même si les fondations du groupe étaient déjà bien posées dès les premiers EP. " Drowned & Exalted " est venu confirmer notre style de jeu ensemble, amorcer nos prestations scéniques et esthétiques actuelles. Ce premier album, c’est un peu notre salle du temps, pour ceux qui auront la ref’. Vous avez sorti deux EP, un premier album, six clips, puis " Insight ". Est-ce que l’image, la vidéo et l’univers visuel sont devenus pour vous une autre manière de prolonger les émotions que la musique ne peut pas toujours formuler seule ? M : Tout à fait, et la rencontre avec Megaloprod’, avec qui nous travaillons encore aujourd’hui sur nos contenus photos et vidéos, a été un tournant majeur dans l’histoire de FIA. On avait bien tenté au départ de créer nos propres contenus, partager des clips studios, etc., mais en effet, il manquait des images qui permettaient l’interprétation des morceaux. Franck a vraiment su capter rapidement l’émotion brute des morceaux et des textes, il a eu l’envie et le talent de toutes les illustrer. On a commencé avec nos trois bouts de ficelle et, petit à petit, on a étoffé les productions de plus en plus. Sur nos live aussi, Megaloprod est l’un des rares vidéastes de la scène à parvenir à retranscrire des dynamiques très brutes et authentiques. On avait clairement besoin de son œil pour partager notre travail scénique. G : Aujourd’hui, avec l’utilisation des réseaux, la vidéo et même la photo sont clairement devenues des extensions de la musique. Ce sont des médiums qui se complètent et participent à la matérialisation de l’univers du groupe. On n’est pas loin de l’art total sans le faire exprès ! En 2024, FAITH IN AGONY a atteint les phases finales de trois tremplins importants : Guitare en Scène, Hellfest//The Voice of Hell et Musilac. Qu’est-ce que ces expériences vous ont appris sur votre capacité à défendre votre musique dans des contextes très exposés, presque en mode " ça passe ou ça casse " ? M : Ça nous a surtout pris un temps fou ! Ces tremplins donnent une visibilité et ont sûrement aidé à nous propager un peu, au moins sur les réseaux. Je pense que ce qui a été le plus formateur dans ces trois expériences, c’était justement de prendre sérieusement les réseaux sociaux en main, d’être réactifs, dynamiques et de commencer à partager aussi en ligne avec notre public pour les motiver à voter pour nous ^^. Ce qui a carrément bien fonctionné puisque nous étions dans les phases finales pour les trois tremplins :). Votre rock alternatif revendique une famille sonore 90’s, dans la lignée de groupes comme GRANDMA’S ASHES et MADAM. Comment assume-t-on cet héritage sans tomber dans le revival, en gardant une écriture ancrée dans le présent ? G : C’est super simple ! Il suffit de continuer d’écouter de la musique ahah. Plus sérieusement, les vibes 90’s reviennent en force depuis quelques années, surtout aux USA et en Angleterre. Pour ne pas tomber dans la parodie, il faut rester dans une posture de proposition. Les 90’s sont dans notre sang parce que nous sommes une génération qui a grandi avec elles, mais ça ne nous empêche pas de nous projeter avec de nouvelles idées, qui ne viennent pas particulièrement de cette époque : production, arrangement, écriture, thématiques, etc. Je pense que c’est ce qui fait que nous arrivons à ne pas nous perdre dans le revival. ![]() Sur scène, votre musique appelle une présence très physique, presque cathartique, mais aussi une forme de retenue sombre et intime. Quand vous préparez un concert, cherchez-vous d’abord l’impact, la tension, la communion, ou un peu des trois selon l’humeur du soir ? M : La scène est notre terrain de jeu. Sans chercher à travailler de la précision à outrance, on ne chorégraphie rien, chacun est dans sa propre fonction d’interprétation. Et c’est vrai que c’est sacrément physique de tenter l’authenticité. Pour les insides, on s’enduit tout mutuellement de baume du tigre avant et après les shows pour ne pas être ruinés physiquement et pouvoir enchaîner les dates. À titre perso, sur scène, ma priorité, c’est l’interprétation de ce que je chante. Chaque morceau a son humeur, ses faciès, ses mouvements. La communion, comme tu dis, est très importante pour moi, que l’on soit 50 ou 15 000 dans la fosse. La communion avec le public, c’est même mon mojo pour continuer ce métier très prenant. Voir à quel point on peut partager et ressentir tous ensemble sur un bref moment de spectacle, c’est assez fou ! Vous allez jouer au FURIOS FEST. Est-ce que vous connaissiez déjà le festival, son ambiance et son public, ou est-ce une découverte pour FAITH IN AGONY ? M : C’est une grande première pour nous, même si on connaissait bien sûr le festival de réputation avec la grande envie de pouvoir s’y produire. On a vraiment hâte ! Pour un festival comme le FURIOS FEST, est-ce que vous imaginez une set-list centrée sur " Insight ", pour marquer fortement votre actualité, ou plutôt un set qui ferait dialoguer le nouvel album avec " Drowned & Exalted " et les étapes précédentes du groupe ? M : Nos setlists sont centrées sur " Insight ", que l’on défend bec et ongles cette année ;) La diversité des morceaux de cet album permet parcontre une vraie adaptation de l’ordre et des choix des morceaux en fonction de l’esthétisme des festivals. Pour le 22 août, on vous promet que ce sera bien énervé ;) Le FURIOS FEST, c’est aussi le Cantal, ses paysages, son relief, sa gastronomie solide et son air qui remet les idées en place. Si FAITH IN AGONY devait associer son univers à un plat, un paysage ou une ambiance locale, vous choisiriez quoi : quelque chose de doux, de lourd, de brûlant, ou les trois à la fois ? M : Oh ! Eh bien je pense qu’on est là pour venir vous mettre une bonne truffade dans le museau ! ;) G : Vous avez déjà entendu parler d’un tacos ? Pour finir, il y a toujours une question qu’on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd’hui, et qu’auriez-vous envie d’y répondre ? M : Nan mais en vrai... Y aura vraiment de la truffade ??? G : Qui promène son chien, est au bout de la laisse ? |