![]() Interview réalisée par mail par Djaycee au mois de novembre 2025.
Dallas, cette tournée marque ton retour en Europe avec NARCOTIC WASTELAND. Qu'est-ce que ça te fait d'être à nouveau de ce côté de l'Atlantique ? C'est génial, et ça se faisait attendre depuis longtemps ! Je suis très reconnaissant d'en avoir l'opportunité, et la réaction du public a largement dépassé toutes mes attentes. Ça fait presque vingt ans que " Annihilation of the Wicked " est sorti. Qu'est-ce que tu ressens quand tu repenses à cette période de ta carrière ? C'est franchement très cool. Des fans me demandaient depuis des années si je rejouerais un jour certains de mes titres de NILE, donc il était temps de leur donner ça. Cet album a été un tournant majeur pour le groupe. On a relevé notre propre niveau, et celui du death métal en général. Aujourd'hui encore, cet album dégage des flammes. La composition et les performances sont quelque chose dont nous pouvons tous être extrêmement fiers. À mon avis, un vrai game changer. Tu as expliqué que ce serait la dernière fois que tu joues " Lashed to the Slave Stick " et " The Burning Pits of Duat ". Pourquoi avoir choisi d'en faire une célébration unique plutôt qu'un moment récurrent dans ta setlist ? Au départ, c'était l'idée. Mais on va peut-être garder " Lashed... " dans la setlist indéfiniment, parce que non seulement c'est un des morceaux les plus populaires de NILE, mais c'est aussi un des titres pour lesquels j'ai composé la musique et enregistré toutes les guitares, ainsi qu'une grosse partie des voix. Donc quand tu entends NARCOTIC WASTELAND jouer ce morceau, ça sonne très fidèle à la version de l'album. Le public n'a clairement pas été déçu. En fait, il a été complètement soufflé par l'ensemble de notre set. Jouer ces morceaux aujourd'hui, c'est comme te reconnecter avec ton "toi" plus jeune, ou est-ce qu'ils ont pris un nouveau sens avec le temps ? Je dirais que ça me paraît surtout très familier. En particulier " Lashed ", qu'on a joué des centaines et des centaines de fois en live, donc en tant que musicien, c'est juste revenu naturellement. Un de mes points forts, c'est la mémoire. Je ne retiens pas les dates, j'ai énormément de mal avec les prénoms, mais je peux me souvenir de morceaux que j'ai appris ou écrits il y a 30 ans et les rejouer presque parfaitement avec très peu, voire pas du tout de répétition. Donc c'est juste revenu en place tout seul. NARCOTIC WASTELAND a toujours été synonyme d'honnêteté et d'intensité. Quel type d'énergie veux-tu apporter au public européen cet hiver ? Exactement ce que tu viens de dire : honnêteté et intensité. Pas de fioritures, pas de bandes pré-enregistrées, juste de l'émotion brute, de l'agression et du talent dans ta face. Tous ceux qui envisagent de zapper ces concerts vont vraiment passer à côté. J'ai réuni un groupe vraiment, vraiment énorme, et j'ai hâte que les gens entendent la nouvelle musique qu'on va sortir. Je ne dis pas ça pour faire du vent, mais si tu es dans ce délire musical, c'est clairement un rendez-vous à ne pas manquer. Tu as joué dans d'énormes salles avec NILE et maintenant souvent dans des clubs plus intimistes avec NARCOTIC WASTELAND. En quoi ça change l'expérience pour toi ? On me pose souvent cette question, et voilà la réponse : NILE joue aussi dans des petits clubs intimistes, et NARCOTIC WASTELAND a déjà joué dans des salles bien plus grandes. Pour moi, l'expérience est exactement la même. Je ne m'en suis jamais soucié, et je ne commencerai jamais à m'en soucier. Si c'était le cas, j'aurais arrêté il y a 20 ans. J'ai toujours été à 100 % là pour la musique, pas pour le statut. Je n'ai pas besoin de validation. Je sais qu'on fait du métal de tout premier ordre. Tous les soirs, des fans viennent me dire que je suis l'un des plus grands guitaristes/chanteurs de métal, que j'ai été une énorme influence et une inspiration pour eux. La taille de la salle n'y change rien, ils me disent tous la même chose. Je suis très reconnaissant d'être encore physiquement capable de partir sur la route comme un vrai vagabond. Il y a pas mal de musiciens de death métal qui râlent sur les conditions de tournée, sur le fait qu'il n'y a pas d'argent, blablabla. Je trouve ça épuisant, très faible, et pas du tout death métal, à mes yeux. Qu'est-ce que tu as le plus hâte de découvrir ou de redécouvrir pendant cette longue tournée européenne ? J'apprécie vraiment d'avoir l'opportunité de conduire et de voir la campagne. J'aime conduire aux États-Unis et contempler tous ces paysages magnifiques. Les paysages m'apaisent et calment mes nerfs. Beaucoup de fans en Europe te suivent depuis plus de vingt ans. Quel message veux-tu adresser à ceux qui sont restés fidèles depuis les jours de NILE jusqu'à aujourd'hui ? Un immense merci à vous tous. Je vous aime. On est tous faits du même bois, on aime célébrer la musique, en particulier la musique lourde, et je suis reconnaissant envers chacun d'entre vous. Même si tu n'aimes pas ce que je fais, si tu soutiens le vrai métal, je te suis reconnaissant. Tu fais partie de ceux qui contribuent à garder ça en vie, alors que toutes les tendances fabriquées, " goût du jour ", qu'on essaye de nous faire avaler de force, vont et viennent. Le vrai métal est là depuis la fin des années 60, à ce que je peux voir, et il n'est pas près de disparaître. Comment décrirais-tu l'atmosphère que tu veux créer quand vous montez sur scène sur cette tournée ? C'est clairement plus brut, agressif, et on est vraiment très carrés. Pas de pose, pas de filtre, pas de backing tracks. Pas de grosse production surdimensionnée. Juste du pur métal en pleine figure, comme ça devrait toujours être. Tu as souvent écrit sur l'obscurité et les luttes intérieures. Comment ces thèmes se traduisent-ils dans ton état d'esprit juste avant de monter sur scène ? Les fans qui aiment vraiment notre musique se retrouvent dans tout ça, et c'est très émouvant de voir des gens venir me remercier en me disant que ça les a aidés à changer leur vie. Ou simplement de voir quelqu'un chanter avec moi. Il n'y a pas grand-chose qui dépasse ça. Ceci dit, on n'écrit pas que sur l'obscurité et les luttes intérieures. Je m'intéresse aussi au true crime, et j'ai quelques philosophies antireligieuses, si on peut dire ça comme ça. Et le morceau " Barbarian ", par exemple, parle de liberté personnelle et du refus de participer ou de coopérer avec cette routine banale qui nous est imposée à tous dans cette espèce d'épisode tordu et foireux de la Quatrième Dimension qu'est la vie en ce moment. Et ça aussi, c'est important : je ne veux jamais être limité à certains sujets quand il s'agit d'écrire. Je crois que Bruce Dickinson l'a très bien résumé : juste parce qu'un groupe s'appelle IRON MAIDEN, ça ne veut pas dire qu'il passe son temps à écrire uniquement des chansons sur des vierges de fer. Votre récent single " Introspective Nightmares " semble très personnel. Est-ce qu'il est lié, d'une façon ou d'une autre, à la réflexion sur ton passé que suppose le fait de revisiter tes anciens morceaux ? Pas du tout, en fait. Ça parle plutôt des galères que tout le monde traverse dans la vie, et de la manière dont parfois on a besoin de s'échapper un peu en buvant quelques verres et en mettant du metal à fond. Et de la façon dont, parfois, on peut aller un peu trop loin et finir par se faire du mal. Sans oublier que j'ai écrit ce morceau bien avant même d'envisager de revisiter mon ancien répertoire. La seule raison pour laquelle je joue à nouveau mes vieux morceaux sur scène, c'est parce que les fans le voulaient. J'ai toujours été quelqu'un tourné vers le futur. Après toutes ces années sur la route, qu'est-ce qui continue de te surprendre ou de t'inspirer dans la vie en tournée ? Je suis fait pour ça. Même avant mes années dans NILE, je voyageais autant que possible et je jouais énormément de concerts, des centaines. J'ai commencé très tôt. Parfois, je peux être frustré par la circulation ou par des gens stupides, mais tu sais, ça, c'est la vie de tous les jours, tu y seras confronté peu importe ce que tu fais. Ce qui me porte et m'inspire toujours, c'est la musique et le fait de l'apporter aux gens. J'ai l'impression qu'on a une vraie connexion. Et le monde en général, aujourd'hui, semble tout faire pour nous enlever cette chose magnifique. Une fois que ce sera parti, ce sera fini. Donc je vais mener le bon combat, faire les sacrifices personnels nécessaires. Metal for metal's sake. Il faut bien que quelqu'un le fasse. Ça me rend dingue d'entendre certains musiciens se plaindre parce qu'ils n'ont pas un endroit confortable pour plier leur linge. Je me dis : " Mec, tu es censé être musicien de death métal " (rires). Est-ce que tu as le sentiment qu'il y a une alchimie particulière entre vous trois, toi, Joseph et Kenji, qui définit cette nouvelle ère du groupe ? J'ai eu la chance d'être vraiment bien servi avec les musiciens avec qui j'ai travaillé au fil des années. Et ces gars-là ne font pas exception : ce sont clairement parmi les meilleures personnes avec qui j'ai joué. Très créatifs, très précis, et totalement dans l'esprit " équipe ". Le public européen est réputé pour sa passion. Y a-t-il une ville ou un pays en particulier où tu es particulièrement impatient de rejouer ? Pas spécialement. J'aime jouer sur Terre, point. Et si je pouvais jouer sur une autre planète, j'adorerais être le premier à le faire. Si tu me bookes, je viens (rires). Vous allez jouer dans des salles plus petites comme The Underworld à Londres ou le Ty Anna Tavarn à Rennes. Est-ce que ces lieux plus underground font monter l'intensité d'un cran ? Je ne vois jamais les choses en ces termes. Pour moi, un concert est un concert. Je mets toujours la même énergie tous les soirs et j'essaie de jouer les morceaux du mieux possible. Je suis juste là pour jouer fort et vite. Cette tournée traverse presque vingt pays en un mois. Comment tu fais pour garder le focus et la même énergie soir après soir ? Tu sais, dans mon groupe précédent, on tournait déjà comme des malades. Le focus et l'énergie viennent de la passion pour la musique et de la passion de jouer pour les auditeurs, qu'ils soient nombreux ou pas — et jusqu'ici sur cette tournée, ils ont été très nombreux ! J'aime vraiment la musique, j'aime ce qu'on fait, et je suis très reconnaissant et fier d'avoir encore la santé pour jouer mieux que je ne l'ai jamais fait. L'expérience, la force, la concentration, la discipline. Si tu devais résumer cette tournée en un mot, lequel ce serait, et pourquoi ? Ce serait très difficile de la résumer en un seul mot. Le seul qui me vient à l'esprit, c'est " barbare ". Tu as déclaré que tu ne rejouerais plus ces morceaux de NILE après cette tournée. Qu'est-ce que tu espères que les fans retiendront en les entendant une dernière fois de la part de leur créateur originel ? J'espère qu'ils repartiront satisfaits, en ayant entendu ces morceaux joués comme ils doivent l'être. Et qui sait, peut-être qu'on en revisitera certains à l'avenir. Honnêtement, l'un des titres qui reçoit le meilleur accueil en ce moment, c'est " Introspective Nightmares ", tiré de notre album " Delirium Tremens ". Après la partie européenne, avez-vous déjà des projets de nouvelle musique ou de futur disque ? Oh oui, nous avons un troisième album très attendu, ainsi que quelques autres singles, qui vont sortir très bientôt. Enfin, quand les gens sortent d'un concert de NARCOTIC WASTELAND sur cette tournée, qu'est-ce que tu veux qu'ils gardent en tête avant tout ? Je veux qu'ils se souviennent de ce qui les a fait tomber amoureux du métal au tout début. Et je veux qu'ils ressentent ça jusque dans leurs tripes. |