DevilDriver


Interview réalisée par Djaycee en visio le 30 juin 2026 avec Dez Fafara.


Salut Dez, merci beaucoup de nous accorder cette interview. Je suis vraiment heureux de pouvoir échanger à nouveau avec toi, comme nous l’avions fait pour les deux derniers albums. " Strike and Kill " sonne très direct, presque instinctif. Dans quel état d’esprit étais-tu au moment d’ouvrir ce nouveau chapitre de DEVILDRIVER ?
Je vais répondre d’abord à la première : dans quel état d’esprit j’étais. Je crois que le titre du disque dit tout. Après autant d’années d’existence en tant que groupe, il était temps de se relever, de frapper fort et d’aller au bout des choses.
Sur les quatre ou cinq derniers albums, différentes personnes au sein du groupe avaient pris les rênes de l’écriture. Cette fois, il fallait revenir à un vrai travail d’équipe, à une unité. Il fallait écrire en respectant ce que représente le blason du groupe, et non pas écrire pour soi-même ou pour ce qu’une seule personne pense que le groupe devrait faire. Il faut regarder cet emblème et comprendre ce qu’il dit. Et ce qu’il réclame, c’est d’écrire quelque chose de groovy, de lourd, mais aussi de très différent. C’est ce que j’aime le plus chez DEVILDRIVER : nous ne ressemblons à personne. Aujourd’hui, c’est vraiment une force. On ne peut pas nous enfermer dans une seule case. C’est pour cela que les fans ont commencé instinctivement à nous qualifier de groove métal. Puis beaucoup de groupes ont repris ce terme, alors qu’ils ne groovaient même pas vraiment. Les fans ont donc commencé à parler de dark groove. Les étiquettes, il faut les accepter, parce que ce ne sont pas les groupes qui les inventent : elles viennent des gens qui écoutent la musique. Pour cet album, je voulais quelque chose de violent et de viscéral. Je voulais un disque capable de nous porter pendant les prochaines années, dans ce nouveau chapitre. Les gars ont fait un excellent travail d’écriture, et je pense que nous avons obtenu exactement le disque que nous voulions.

Les deux derniers albums étaient plus introspectifs, alors que celui-ci semble plus direct, plus physique.
Complètement. Volatile, violent, viscéral : tous ces mots conviennent.
Je viens du punk rock, pas vraiment du heavy metal, et je voulais que la musique le montre. Si vous écoutez bien ma manière de poser la voix sur cet album, elle est très punk rock. Et si vous regardez la pochette, elle renvoie beaucoup au punk des années 80. C’est la direction que je voulais prendre, et je pense que les gars ont fait un très bon travail.

Je n’avais pas prévu de question sur la pochette, mais l’artwork de l’album et l’affiche de la tournée sont vraiment incroyables. Quand j’ai vu l’annonce, je me suis dit : " C’est vraiment DEVILDRIVER avec ce genre de visuel ? " Il y a ce côté punk, avec le badge, le blouson et les patchs. Comment as-tu choisi l’artiste, et pourquoi cette époque, cette esthétique très punk ?
Je savais que je voulais quelque chose de plus artistique. D’habitude, sur nos pochettes, nous utilisons simplement la croix de confusion. Cette fois, j’avais besoin de quelque chose qui représente d’où je viens, ma jeunesse, c’est-à-dire le punk rock.
Un soir, très tard, je cherchais sur Internet. Ma femme dormait, et je faisais ce que nous faisons tous : je scrollais. Je suis tombé sur cet artiste, Monkey Artist, Niclas Mortensen. Je crois qu’il n’avait travaillé qu’avec un ou deux groupes auparavant, et qu’il ne collaborait pas avec beaucoup de groupes à ce moment-là. Je voulais quelqu’un d’unique. J’ai vu une version de ce visuel et je l’ai immédiatement contacté. Je lui ai dit : " Retire-le de ton site. On va le retravailler. Je vais l’acheter, et je veux collaborer avec toi sur mon album actuel, et j’espère aussi dans le futur. "
J’ai conçu tous les patchs et les pins pour que les titres des morceaux apparaissent sur le blouson. Il y en a aussi quelques autres, dont un qui dit " haha ". Et bien sûr, comme c’est une hyène, il y a aussi " fuck Simba ". J’ai trouvé ça hilarant et j’ai dit : " On garde ça. " On aime l’humour. La vie est drôle. La mort est drôle. Tout est drôle pour moi, le simple fait d’être sur cette planète. Je voulais donc laisser un peu d’humour là-dedans aussi. C’est très punk dans l’esprit, et ça collait parfaitement.

Il y a un chiffre sur le cadenas, si je ne me trompe pas : 010. Est-ce que cela a une signification, ou était-ce simplement une manière de fermer la chaîne ?
Oui, cela a une signification, mais elle reste privée.
Cela dit, utiliser ces chiffres, c’était aussi une manière de représenter un nouveau départ pour l’identité du groupe. C’est ce que j’ai dit aux gars quand nous avons commencé à écrire : écrivez en respectant ce que représente cette identité. Je n’allais accepter aucune musique qui ne corresponde pas à ce que notre ADN demande. Sur les albums précédents, je pouvais dire : " Ok, très bien, c’est là où nous allons, écrivons des paroles là-dessus. " Mais cette fois, j’ai été très ferme avec eux. Si je n’obtenais pas musicalement ce dont nous avions besoin, je n’allais pas avancer avec un nouvel album.
Tout cela est arrivé après le départ d’un auteur de longue date. Il m’avait donné quatorze morceaux qui, selon lui, pouvaient correspondre. J’ai dit non. Je ne vais pas poser un album là-dessus. Cela tuerait la carrière. J’étais donc très sûr de moi : quand vous commencerez à livrer de la musique, assurez-vous de livrer la musique que notre emblème DEVILDRIVER mérite. Beaucoup de gens attendaient ce disque. Cela faisait presque quatre ans, alors que nous sortons habituellement un album tous les deux ans. J’ai dit : " Celui-ci va être attendu. " Pour moi, c’était soit un nouveau départ, soit la fin de la carrière. J’ai écrit cet album et j’ai posé mes voix comme si c’était mon premier disque, et comme si c’était mon dernier.

J’espère que ce ne sera pas le dernier, parce que j’ai vraiment besoin de vous voir sur scène un jour.
Je l’espère aussi. J’ai vraiment envie de jouer beaucoup de morceaux de cet album en live, notamment au Hellfest et dans d’autres festivals. Mais je pense que quand on aborde l’art comme si c’était à la fois son premier et son dernier geste, on parvient à faire ce que l’on doit faire.

Être sincère, mettre ses tripes sur la table.
C’est un excellent mot : sincère. Très sincère.

DevilDriver

J’aime vraiment cet album, et j’aime vraiment ta voix depuis COAL CHAMBER. Et je suis heureux de pouvoir t’interviewer à chaque sortie d’album.
Merci beaucoup, ça me touche.
Quand tu crées une œuvre, tu ne sais jamais ce qui va se passer avec elle. Maintenant que je fais beaucoup d’interviews et que je reçois des 9,5 sur 10 ou des 10 sur 10, je vois que beaucoup de gens accrochent vraiment à cet album. Ça fait du bien, parce que nous étions très investis dans ce que nous faisions en studio.
La plupart des voix sur ce disque ont été enregistrées en une ou deux prises. Si cela dépassait une ou deux prises, parfois trois, j’arrêtais pour la journée. Je voulais que cela sorte de manière très instinctive, très dans l’instant. Les retours que je reçois en ce moment me font vraiment du bien par rapport au travail accompli.

Parlons du morceau d’ouverture, " Dig Your Own Grave ", qui est aussi le premier single. Il donne le ton : responsabilité, conséquences, chute. Pourquoi était-ce le bon morceau pour ouvrir l’album ? Et peux-tu aussi dire quelques mots sur le clip, que tu as coréalisé ?
J’ai coréalisé beaucoup de mes clips au fil des années, mais je n’ai jamais mis mon nom dessus parce que, soyons honnêtes, je n’ai pas vraiment envie d’être réalisateur de clips. Cette fois, je me suis dit : tout le monde doit savoir que j’en ai fait partie. Parlons d’abord du clip. Je suis franc-maçon, et j’appartiens à un groupe de motards maçonniques appelé les Widow’s Sons. Je crois qu’il y a beaucoup de Widow’s Sons en France aussi. Ce sont mes gars dans la vidéo, et je les aime profondément. Ce sont mes frères, non seulement en loge, mais aussi sur la route. Nous roulons énormément. Le week-end précédent, j’ai fait 790 miles moi-même. J’ai trois Harley-Davidson et je roule beaucoup.
Je voulais quelque chose qui fasse comprendre les conséquences. Dans le clip, on voit des gars arriver. Au début, l’un d’eux dit : " Viens me retrouver ici, et ne triche pas cette fois. " Ils se retrouvent, ils jouent aux cartes, le gars triche, il sort une arme, et il se fait démonter. C’est une manière de dire que lorsque tu fais ce genre de choses dans la vie, il y aura des répercussions. En franc-maçonnerie, on dit qu’il faut toujours rester au niveau. Cela veut dire : reste droit, sois réglo avec les gens. La chanson elle-même est dédiée aux personnes qui ont pris de mauvais virages dans la vie en sachant qu’elles les prenaient. Elles ont fini par creuser leur propre tombe. C’est exactement ce que tu fais quand tu baises les gens, quand tu choisis de tricher, de mentir ou de voler. Tu creuses ta propre tombe et, tôt ou tard, le karma vient te chercher. À la fin du clip, les gars lui jettent une pelle et lui font commencer à creuser sa propre tombe. Mais finalement, ils lui disent : " Dégage d’ici. " Ils ne vont pas le tuer ce jour-là. C’est très maçonnique dans l’idée que nous croyons à la miséricorde. Il obtient une nouvelle chance, en fait une seconde chance, et il peut partir.
Dans les paroles, cela vise précisément une personne dans ma vie. J’ai vu sa vie ne mener nulle part après une erreur très grave, dont elle ne reviendra jamais. Mais je pense que les gens comprendront aussi l’émotion derrière tout ça. Si tu sais que tu dois prendre à droite, ne pars pas à gauche. Fais attention à ce que tu fais dans la vie et à la manière dont tu traites les gens. Comment veux-tu qu’on se souvienne de toi ? Comme quelqu’un d’honnête ? De sincère ? Ou comme un menteur, un tricheur ? Voilà de quoi parle " Dig Your Own Grave" .

Donc au moins, cette personne a de la chance : l’une de ses erreurs est devenue une chanson de DEVILDRIVER.
C’est vrai. Mais j’ai vu cette personne, ces dernières années, ne vraiment rien faire de sa vie. D’une certaine manière, elle a creusé sa propre tombe.

Dans les paroles, on retrouve beaucoup de trahison, de pactes brisés, de faux-semblants et de règlement de comptes. Est-ce toujours lié à cette personne, ou est-ce plutôt une ambiance générale ? Comment transformes-tu ces thèmes humains sombres en quelque chose d’universel plutôt qu’anecdotique ?
Je comprends ce que tu veux dire. Même quand je dis que " Dig Your Own Grave " vise une personne en particulier, ce n’est pas seulement ça. Il y a aussi l’idée d’enseigner quelque chose à l’humanité.
Si je peux donner aux gens une forme de force à travers mes paroles, ou une leçon qu’ils peuvent adapter à leur propre vie, je le ferai toujours. Mon truc, c’est d’être direct. Si je suis avec toi au restaurant et que tu as du ketchup partout sur le visage, je ne vais pas rester assis à te regarder. Je vais te dire : " Tu as du putain de ketchup partout sur le visage. " Les coups dans le dos, tout le monde en a connu. Quelqu’un qui parle derrière ton dos. Quelqu’un qui t’abandonne dans un moment terrible de ta vie, et qui soudain n’est plus là pour toi. Ce sont des choses auxquelles nous devons faire attention.
Je crois en l’humanité et en ce qu’il y a de beau chez l’être humain, mais j’ai aussi vu sa laideur, son côté vraiment moche. Surtout récemment, au cours de l’année passée. J’ai vu des choses profondément laides. J’ai donc voulu les pointer du doigt et dire : essayons de nous tenir loin de ce genre de personnes. Mon cercle est très réduit. Je n’ai que quelques amis sur lesquels je peux vraiment compter, quelques personnes que je ferais entrer chez moi. Je voulais transmettre cette idée : fais attention aux gens dont tu t’entoures. Aux États-Unis, nos parents nous répétaient souvent : " Dis-moi avec qui tu traînes, je te dirai qui tu es. " C’est un peu le fil conducteur de ce disque.

" Sacred in Scars " est l’un des titres les plus marquants de l’album. Les cicatrices ne sont pas cachées ici ; elles deviennent presque sacrées. Est-ce que tu vois la douleur comme quelque chose qui peut devenir une forme de force ? On voit aussi des cicatrices sur la hyène de la pochette.
Absolument. Les cicatrices sont ce qui nous construit.
J’ai plusieurs cicatrices sur le visage et sur le corps, mais j’ai aussi beaucoup de cicatrices à l’intérieur, sur le cœur, c’est certain. C’est pour cela que la hyène est abîmée. C’est pour cela qu’elle a une oreille arrachée et des cicatrices partout. Les cicatrices sont ce qui nous façonne dans la vie. Nous devrions être fiers de ces cicatrices. Ce sont les traces de ce que nous avons traversé. Il faut accepter les choses qui ont fait de nous ce que nous sommes.
J’ai traversé beaucoup de choses dans ma vie : la douleur, la mort, l’amour, le bonheur, tout cela. Dans cette vie, nous mourons tous plusieurs fois. C’est à nous de renaître à travers la douleur que nous avons connue et les cicatrices que nous avons acquises, à l’intérieur comme sur notre corps. C’est cela, " Sacred in Scars " : accepter les cicatrices que la vie nous donne et les utiliser comme un outil de puissance pour avancer.

" In the Moonlight " apporte une couleur différente à l’album, quelque chose de plus mystique, nocturne, presque sensuel. Est-ce important pour toi de laisser ce type d’atmosphère respirer au sein d’un disque aussi agressif ?
Je pense que cela est nécessaire. D’abord, mes influences sont le punk rock, le goth et le psychobilly, bien avant le heavy metal. Dans cette chanson, on retrouve un peu de BAUHAUS et de SISTERS OF MERCY au début. Il y a ce sentiment gothique, puis le morceau devient extrêmement lourd.
" Mystique " est un très bon terme. Cette chanson a été écrite pour ma femme, mais aussi pour les femmes de ma vie. J’ai été élevé par ma mère et mes quatre sœurs. Je dirige plusieurs entreprises, et j’ai tendance à travailler davantage avec des femmes qu’avec des hommes. Pour moi, elles sont plus intelligentes, plus travailleuses, plus sincères, plus honnêtes. Cette chanson est dédiée à la féminité, au côté féminin de celles et ceux qui nous suivent. Si vous allez sur mon Instagram, vous voyez combien de femmes me suivent, et DEVILDRIVER compte beaucoup de femmes parmi ses fans. Pour un groupe de metal, c’est vraiment beaucoup. C’est une sorte de lettre d’amour à la féminité et au côté féminin de l’univers. Mais c’est aussi une lettre d’amour à ma femme. Nous étions allongés dehors, sous un arbre, à regarder les étoiles pendant des heures. Ensuite, je suis rentré et j’ai écrit cette chanson.
Quand vous entendez des paroles comme " she talks to cats / she calls on bats ", tout cela tourne autour d’elle et de son côté sorcellerie. Elle est rousse. Sa mère et elle sont nées le même jour. Toutes les deux sont des sorcières, toutes les deux pratiquent la sorcellerie. Cette chanson a donc été écrite pour elle, comme une lettre d’amour à elle, mais aussi au côté féminin des femmes qui suivent DEVILDRIVER. Beaucoup de gens citent ce morceau comme leur préféré de l’album. Je pense que c’est parce qu’il apporte une respiration, mais aussi parce qu’il montre un côté très passionné et ouvert de moi-même.

Et comment va-t-elle aujourd’hui ? Elle a traversé un cancer, et je crois que la dernière fois que nous avions parlé, elle allait déjà mieux.
Oui, merci de demander. Elle a traversé deux alertes liées au cancer et une opération, et aujourd’hui elle est en rémission. Je remercie l’univers et je remercie Dieu pour cela. Et je dirai que la prière fonctionne, qu’elle aide. Elle est ma meilleure amie. Je ne fais pas de soirées entre mecs. Je ne sors pas avec les gars. Si je le fais, je l’emmène avec moi. Et si quelqu’un me dit : " Tu as amené ta femme ?" , je réponds : " Salut, et je pars avec elle ".
Les gens me demandent souvent comment nous avons pu rester ensemble aussi longtemps. Je réponds que c’est parce que je ne mets personne devant elle. Cette chanson lui est dédiée, ainsi qu’à sa capacité à être une lumière qui me guide dans la vie. Il faut une femme solide pour venir rengainer le genre d’épée que je suis. Elle l’a fait au fil des années. Elle m’a aussi aiguisé et a fait de moi un homme meilleur. Je lui dois cela, ainsi qu’à toutes les femmes qui m’entourent et avec qui je travaille. Comme je le disais, nous travaillons avec beaucoup de femmes, et elles font de moi un homme meilleur chaque jour.

DevilDriver

J’ai eu l’occasion d’interviewer SICK N’ BEAUTIFUL, qui est un excellent groupe. Ils sont sous ton management, et ils étaient vraiment heureux de travailler avec toi. Je vais les voir fin août à Saint-Flour, au Furios Fest.
Excellent groupe, excellente frontwoman. J’aimerais qu’ils soient plus connus. Tout le monde devrait connaître ce groupe. Elle est tellement talentueuse, le groupe est tellement talentueux, et c’est une frontwoman incroyable. Forte. Elle est italienne.
J’ai hâte de les photographier en live, parce que visuellement, ça devrait être vraiment très beau.
Cool. Passe-leur le bonjour de ma part, s’il te plaît.

Ton chant sur " Strike and Kill " paraît très brut et direct, mais aussi très narratif. Quand tu enregistres des voix comme celles-ci, cherches-tu la prise parfaite, ou plutôt le moment où cela devient presque dangereux ?
Cela doit être dangereux. Cela doit être violent, et cela doit être dans l’instant. Si je n’obtiens pas la prise en deux ou trois essais, je pars pour la journée ou je commence une autre chanson. Je ne cherche pas la perfection. Je cherche la brisure à l’intérieur de la perfection. Je cherche le danger dans la perfection. Quand tu cherches la perfection, que tu passes quatre heures sur une chanson de trois minutes, tu as tout perdu. Complètement. P
our donner un exemple, Elvis a enregistré " Hound Dog " trente-trois fois, uniquement en prises complètes. Il faisait toute la chanson, puis toute la chanson à nouveau, encore et encore. Ensuite, il revenait choisir la bonne prise, au lieu de faire vingt prises sur chaque couplet.
Moi, j’ai tendance à dire : allons-y et voyons ce que nous pouvons attraper de brûlant dans l’instant. Je pense que cette muse, cette énergie spirituelle des premières prises, c’est là que vit une chanson. Après dix ou vingt tentatives, la chanson est morte. Toute l’émotion est morte, et tu essaies alors de capturer quelque chose que tu penses devoir être là. Je n’avais aucune attente. Je suis entré, j’ai fait ce que j’avais à faire, et si c’était brûlant, je disais : parfait, passons à la suite.

J’ai vu sur ton Instagram que tu avais publié une vidéo avec CRADLE OF FILTH datant d’il y a vingt ans. Qu’est-ce que cela te fait de regarder en arrière et de voir tout ce que tu as accompli depuis vingt ans ?
Je n’ai pas encore eu le temps de regarder en arrière. J’espère que tu peux comprendre cela. Pour l’instant, je regarde seulement vers l’avant. Il viendra un moment où je regarderai en arrière, où je sortirai tous les bacs de mon garage, où je parcourrai les photos et commencerai à réfléchir à ce que j’ai fait. Mais je n’en suis pas encore là.
Danny Filth et moi sommes de grands amis. Je le considère comme l’un de mes meilleurs amis, et je manage le groupe depuis presque dix ans maintenant. Sous notre regard, en les amenant chez Napalm Records, ils ont un excellent album, un excellent label et, en ce qui me concerne, un excellent management. Ils ont obtenu le meilleur démarrage de toute leur carrière dans tous les territoires avec nous au management et Napalm comme nouveau label. Ils ont aussi fait un très bon disque, et je vois cela comme un grand accomplissement. J’aime accomplir les choses que la plupart des gens jugeraient difficiles ou impossibles. C’est leur quinzième ou seizième album, et ils ont réalisé leur meilleur démarrage dans tous les territoires avec celui-ci. J’en suis très fier. Mais quand je regarde cette photo de Danny et moi, je vois simplement deux gamins. C’est tout. Nous n’avions aucune idée de ce que nous faisions. Nous le faisions, simplement.

Autre question presque liée au fait de regarder en arrière : quand tu as publié la pochette de l’un de tes albums qui venait d’avoir vingt-et-un ans, qu’est-ce que cela fait de voir son enfants être en âge de boire ? (âge légal pour boire aux USA 21 ans NDLR)
Encore une fois, c’est difficile de regarder en arrière. Voici comment je vois les choses : je ne serais pas là si je n’avais pas eu des gens qui ont aimé la musique et m’ont soutenu. Toutes les personnes qui ont acheté un T-shirt, un disque, qui sont venues à un concert, qui ont attendu dehors pour me serrer la main, qui m’ont contacté sur Instagram : je ne serais pas là sans elles. Je suis tellement reconnaissant, rempli de gratitude.
Je suis au point le plus humble de ma carrière grâce à toutes les personnes qui m’ont soutenu pendant toutes ces années. Je ne regarde pas en arrière. Je ne regarde même pas vraiment vers l’avant. À ce moment de ma vie, j’essaie surtout de vivre dans le présent.

Il nous reste peu de temps, et je pose souvent cette question : quelle est la question que je ne t’ai pas posée, et quelle serait ta réponse ?
La question que tu ne m’as pas posée, et ma réponse ? Peut-être : " Dez, combien de temps te reste-t-il dans ce milieu, à tourner et à faire de la musique ? ".
Ma réponse serait : aussi longtemps que les gens voudront bien de moi. Et je ne m’accrocherai jamais au-delà du raisonnable. Je vois beaucoup d’artistes sur scène qui, à leur âge, sont selon moi en train de rester trop longtemps, et ils risquent de détruire leur héritage s’ils continuent. Je ne veux pas être l’un d’eux.
Quand je ne pourrai plus donner 110 %, quand je ne pourrai plus mettre une claque au gamin de vingt ans qui passe avant moi ou après moi sur scène, je partirai. Il se trouve que j’ai encore énormément de feu dans le ventre en ce moment, et c’est très bien. Mais je ne resterai certainement pas trop longtemps.
Ce serait donc la question : combien de temps encore ? Et ma réponse serait : aussi longtemps que vous voudrez bien de moi, mais je ne m’accrocherai pas. Vous n’aurez jamais à dire : " Oh, regarde-le sur scène, je l’aimais quand il était plus jeune." Cela n’arrivera pas.

GUNS N’ ROSES joue à Paris demain, et quelqu’un m’a invité. Il y a peut-être un lien avec ce que tu dis. J’espère que tu resteras toujours en forme, parce que pour certains Axl Rose de GUNS N’ ROSES est un de ces exemples (à confirmer demain soir).
Je ne l’ai pas vraiment entendu récemment. Évidemment, je suis un immense fan de GUNS N’ ROSES. J’ai même vécu à côté de Duff.
J’ai une très belle histoire avec GUNS N’ ROSES. Ils ont joué au Cathouse avant d’être signés. J’étais chez Riki Rachtman quand j’étais gamin, j’avais dix-sept ans. Je travaillais au bar du Cathouse à Hollywood, et ils sont tous venus chez lui pour s’échauffer pendant deux heures sur le canapé, avant même d’être signés. Riki Rachtman (le gérant de la salle NDLR) apportait des sandwichs à GUNS N’ ROSES quand ils vivaient tous par terre dans un garage à Hollywood. Donc les voir partir de là et arriver là où ils sont aujourd’hui… Comme je l’ai dit, je n’ai pas entendu Axl récemment. J’aimerais penser qu’il sonne encore très bien. Mais chaque artiste devrait se regarder dans le miroir et ne pas s’accrocher au-delà du raisonnable.

Merci beaucoup, Dez. J’espère que nous pourrons nous rencontrer un jour en vrai et que je pourrai enfin vous voir sur scène.
Merci beaucoup, mon frère. Prends soin de toi.

Merci à Dez et Anaïs de SLH Agency.