Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Juillet 2026.
Depuis ses débuts, NAWAKPOSSE accompagne le FURIOS FEST en partenaire fidèle, avec cette même envie de défendre une scène rock et métal vivante, diverse et passionnée. Pour cette nouvelle édition, nous nous sommes lancé un défi un peu fou, mais parfaitement raisonnable pour des gens qui considèrent qu’un mur d’amplis est une preuve d’équilibre mental : proposer une interview à tous les groupes de l’affiche. L’idée est simple : donner la parole aux artistes, mettre en lumière leurs parcours, leurs actualités, leur rapport à la scène, et faire monter tranquillement la température avant de se retrouver dans le Cantal. On termine cette série avec CAGE FIGH, de préparer une dernière fois les cervicales autant que les esprits. " Exuvia " sort le 1er mai 2026 chez Spinefarm Records. Ce titre évoque une mue, une peau qu’on abandonne. Est-ce que ce disque représente pour CAGE FIGHT une transformation, une libération, ou une manière de laisser derrière vous certaines choses devenues trop lourdes ? James : La sortie d' " Exuvia" marque la renaissance du groupe. Nous avons un nouveau line-up, un son qui a évolué et nous sommes prêts pour la prochaine aventure. Cet album marque également les premiers textes écrits par Rachel : c'est aussi sa renaissance en tant qu'artiste. Votre premier album avait posé les bases d’un hardcore frontal, viscéral, presque sans sas de décompression. Avec " Exuvia ", le son apparait plus dense, plus épique, plus mélodique par endroits. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre l’impact immédiat et cette envie d’ouvrir davantage le champ ? James : Le premier album a été écrit alors que nous nous connaissions depuis seulement six mois. Nous avions une énergie commune et nous l'avons suivie sans trop nous poser de questions. Quatre ans plus tard, nous nous connaissons beaucoup mieux, comme musiciens et comme personnes, et nous avons créé un album qui explore bien plus profondément ce que nous sommes. CAGE FIGHT garde cette essence hardcore old school, mais semble refuser de rester enfermé dans une seule case / cage. Est-ce que cette liberté vient du mélange de vos parcours respectifs, entre ETHS, TESSERACT, BROKEN SHAKRA ou CORPSING ? Rachel, ton chant a toujours eu cette capacité à mêler violence, tension et incarnation totale. Sur "Exuvia", as-tu eu le sentiment d’aller chercher d’autres couleurs, d’autres textures, ou au contraire de pousser encore plus loin quelque chose de très instinctif ? Rachel : Je me suis toujours limitée à certains styles de chant. Avec ETHS, il fallait respecter un style, et pour le premier album de CAGE FIGHT, on s’était dit qu’on faisait du hardcore. Mais sur ce deuxième album, j'ai décidé d’ explorer pleinement ma voix, j'ai travaillé d’ autres styles et utilisé certaines tonalités plus brutes, des clairs plus ou moins fragiles etc. J'ai vraiment voulu mêler toutes les techniques que je peux faire, à partir du moment ou ça collait avec la musique. " Un Bon Souvenir " part d’une expérience liée à une personne toxique et manipulatrice. Comment transforme-t-on ce type de souvenir en morceau sans lui laisser trop de pouvoir ? Rachel : J’ai pris mon temps pour écrire ce morceau. j'ai pris le temps qu’il me fallait pour cicatriser on va dire. Ce qui fait que je raconte cette expérience comme une histoire, comme une page de mon autobiographie, sans être touchée. Mais il y a certaines histoires qui méritent d’ être racontées, quand on les a gardées pour soi pendant des années, pour finalement tourner la page radicalement. Le fait d’avoir un titre en français comme " Un Bon Souvenir " (uniquement le titre), mais aussi " Le Déni " et " Élégie " dans la tracklist, apporte une couleur particulière à l’album. Est-ce que la langue française permet d’amener une violence ou une ironie différente dans l’univers de CAGE FIGHT ? Rachel : J’aime beaucoup mélanger le français et l’anglais, car je le fais dans la vie de tous les jours après avoir vécu 8 ans au Royaume-Uni. Je veux juste garder un lien avec ma langue natale et il y a certains mots et expressions qui ont une valeur plus forte en français. J'utilise le français pour des paroles dédiées aux personnes françaises, ou plus personnelles. Le premier album abordait déjà le harcèlement, les abus, les addictions, les injustices, tout ce qui donne envie de serrer les dents et de crier plutôt que de faire semblant. Est-ce que " Exuvia " poursuit ce combat, ou est-ce qu’il le regarde avec plus de recul ? Rachel : Les deux. " Exuvia " poursuit le combat tout en racontant des histoires vraies. Certaines histoires sont déjà cicatrisées, certaines histoires ont cicatrisé durant l’écriture, et certaines sont la pour être partagées avec un public qui peut s’y référer. Dans CAGE FIGHT, on sent que la colère n’est jamais seulement décorative. Elle a une cible, une mémoire, parfois même une fonction de survie. Est-ce important pour vous que cette agressivité reste porteuse de sens ? James : Il était essentiel pour nous d'être totalement authentiques sur cet album. Chaque émotion a été réellement vécue, chaque sujet est réel. Nous espérons que cette sincérité sera ressentie par les auditeurs et qu'elle leur racontera notre histoire. Le morceau " Respect Ends " avait marqué par son message très direct contre les comportements abusifs et le harcèlement. Depuis, avez-vous l’impression que la scène metal et hardcore évolue réellement sur ces questions, ou que le travail reste encore largement à faire ? Rachel : Ia a évolué dans le sens ou on en parle plus ouvertement et parfois on agit plus rapidement. malheureusement on constate souvent les mêmes comportements encore et encore. " Exuvia " a été enregistré par Sam Bloor aux Lower Lane Studios et mixé par Jim Pinder. Qu’est-ce que cette équipe a apporté à la masse sonore du groupe, à cette impression annoncée de quelque chose de plus grand, plus dense, plus épique ? James : Sam a été remarquable pour capturer nos performances, notamment en tirant le meilleur de la batterie de Nick et des parties vocales. Il a travaillé étroitement avec Rachel pour faire ressortir toute l'intensité des passages les plus lourds, mais aussi la délicatesse des moments mélodiques. En plus d'un excellent mixage, Jim a apporté des idées de production, comme l'ajout de synthés subtils et d'autres textures. L’artwork de " Exuvia " semble forcément important avec un tel titre, presque organique, presque symbolique. Comment avez-vous travaillé cette identité visuelle, et qu’est-ce que vous vouliez qu’elle dise avant même que l’on entende la première note ? Rachel : La photo de l’artwork est tout simplement moi-même enfermée dans le masque de radiothérapie de ma grand mère. Elle souffre de cancers et nous avons décidé d’utiliser son masque pour multiples raisons. Symbolique car il représente une cage dans laquelle on se bat, une coquille comme une armure, mais aussi une prison. Et dans un autre sens, une mue car cet album est le symbole de notre évolution. Votre musique semble pensée pour le choc du live, mais elle gagne aussi en atmosphères sur ce nouvel album. Quand vous composez, est-ce que vous imaginez déjà la réaction physique du public, le pit, les corps, cette espèce de dialogue sans politesse excessive ? James : Au début de la composition, nous nous concentrons uniquement sur le son et l'ambiance. Nous commençons à penser à la réaction du public lorsque nous amenons les morceaux en répétition. Vous avez rapidement été embarqués sur des dates avec SEPULTURA, CRO-MAGS, NAPALM DEATH ou EMPLOYED TO SERVE. Quand un groupe naît presque directement dans ce niveau d’intensité, est-ce que cela accélère tout, ou est-ce que cela met aussi une pression particulière ? James : Nous ne nous sommes pas arrêtés pour réfléchir ! Nous avons saisi chaque opportunité et nous nous sommes investis à fond. La pression est surtout arrivée lorsque nous avons ralenti et réalisé que nous n'étions pas encore le groupe que nous voulions être : il nous restait du travail sur nous-mêmes. Votre été 2026 s’annonce dense, entre le Basinfire Festival, le Mozhell Open Air, le RADAR Festival, le Xtreme Fest et d’autres dates. Est-ce que cette série de concerts arrive comme une rampe de lancement idéale pour défendre " Exuvia " ? James : Absolument. C'est une excellente façon de lancer l'album et nous espérons toucher beaucoup de nouveaux publics. Nous avons déjà des projets de tournée pour la suite de l'année et nous espérons que les personnes qui nous découvriront viendront ensuite à nos concerts en tête d'affiche. CAGE FIGHT a commencé comme un projet presque instinctif, né d’une rencontre, d’un besoin de refaire de la musique, et d’un feeling immédiat. Aujourd’hui, avec un deuxième album chez Spinefarm Records, qu’est-ce qui a changé dans votre manière de vous projeter ? James : Dans le fond, rien n'a changé, mais nous nous connaissons désormais beaucoup mieux, comme musiciens et comme amis. Nous espérons continuer à évoluer. Le FURIOS FEST est encore jeune, mais il a déjà cette réputation de festival porté par la passion, avec une vraie envie de défendre les musiques rock et metal en dehors des circuits trop attendus. Est-ce que vous connaissiez déjà le festival avant d’y être programmés ? James : Moi non, mais Rachel oui. Elle m'a tout de suite dit qu'il fallait absolument que nous y jouions, parce que ce festival est génial. Pour un festival comme le FURIOS FEST, à taille humaine mais avec une vraie ferveur metal, est-ce que vous préparez une set-list particulière, plus directe, plus explosive, ou est-ce que vous laissez le pit décider démocratiquement, à coups de coudes et de nuques en vrac ? Julien Truchan sera présent en tant qu’ancien parrain du festival, on peut s’attendre à un featuring ou tu laisses cela à Bernard Minet (suite au featuring que Julien a fait au Kreiz Y Fest) ? James : Nous allons préparer la meilleure set-list possible pour cette journée et nous espérons vraiment que Julien nous rejoindra sur scène ! Il l'avait fait au SYLAK et c'était génial. Le Cantal a enfin son festival métal, et il faut évidemment respecter les traditions locales. Avant de monter sur scène, vous êtes plutôt aligot, truffade, ou vous considérez que choisir entre les deux serait une faute morale ? James : Je ne connais pas encore ces spécialités, mais il est important pour moi de respecter les traditions. J'ai hâte de goûter les deux ! Pour finir, il y a toujours une question qu’on oublie de poser, celle qui ouvre parfois la meilleure réponse. Quelle est la question que vous auriez aimé entendre aujourd’hui, et qu’auriez-vous envie d’y répondre ? James : " Quand est-ce que Nadiya vous rejoindra sur scène ? " Merci à Elodie et Christophe (et toute l'équipe du Furios Fest). |