Interview réalisée par Djaycee par mail au mois de Septembre 2026
avec Arve " Ice Dale " Isdal (guitare). Il y a parfois des groupes que l'on découvre presque par accident et qui ne vous quittent plus. AUDREY HORNE fait partie de ceux-là. Première rencontre au FURIOS FEST en 2024, avec un groupe norvégien capable de transformer une scène de festival en gigantesque terrain de jeu, Toschie et Arve "Ice Dale" Isdal allant jusqu'à rejoindre le public. Deux ans plus tard, AUDREY HORNE revient avec " Achilles ", huitième album d'une carrière désormais longue de plus de vingt ans. L'occasion était parfaite pour retrouver le guitariste, également membre d'ENSLAVED, et parler de ce nouveau disque, de composition, de twin guitars, de THIN LIZZY et IRON MAIDEN, mais surtout de cette énergie live qu'AUDREY HORNE cherche aujourd'hui à capturer jusque dans ses albums. Je vous ai découverts au FURIOS FEST en 2024 et ce qui m'avait immédiatement marqué, c'était cette proximité avec le public. Toi et Toschie aviez notamment fini au milieu de la foule. C'est quelque chose que vous essayez de faire dès que les conditions le permettent ? Oui, dès que c'est possible. C'est toujours amusant de descendre dans le public et de se retrouver au plus près des gens. On essaie de le faire chaque fois que les conditions nous le permettent. J'espère d'ailleurs pouvoir refaire quelques photos de ça à Paris si j'obtiens mon pass photo. Venons-en à " Achilles ", qui vient de sortir. Quels sont les premiers retours que vous recevez sur l'album ? Ils sont vraiment bons jusqu'à présent. Les fans comme les journalistes ont l'air de beaucoup aimer l'album, donc évidemment c'est agréable, parce qu'on ne sait jamais comment un disque va être reçu. Il y aura toujours quelqu'un pour demander pourquoi on n'a pas refait exactement ce qu'on faisait avant, ou au contraire pourquoi on n'a pas davantage changé. Ce qui est assez drôle avec cet album, c'est que beaucoup de gens ont des morceaux préférés différents. Je pense que c'est plutôt bon signe. Cela veut dire qu'il n'y a pas forcément un seul titre qui concentre toute l'attention et que les gens trouvent différentes choses auxquelles s'attacher dans le disque. C'est justement ce que j'aime dans cet album. À chaque écoute, je me dis qu'un morceau est mon préféré, puis le suivant arrive et je change encore d'avis. Ce n'est pas simplement une collection de singles. Quand tu prends une guitare et qu'un riff arrive, comment sais-tu que cette idée appartient à AUDREY HORNE plutôt qu'à l'un de tes autres projets ? La plupart du temps, je ne le sais pas immédiatement. Je m'assois, je joue et je vois ce qui sort. Ensuite, je réécoute. J'écris beaucoup de musiques différentes, donc parfois je pense qu'une idée fonctionnerait très bien pour AUDREY HORNE et je la présente aux autres ou à Toschie, qui me répond qu'il ne la sent pas du tout ! À ce moment-là, je peux retourner travailler dessus, proposer des idées de chant et revenir avec une nouvelle version. Et parfois c'est exactement l'inverse. Je peux être assez peu convaincu par une idée alors que Toschie ou les autres me disent " Mais c'est génial, il faut absolument qu'on utilise ça ! ". C'est aussi ce qui rend la musique intéressante. Depuis les débuts, Thomas et moi écrivons une grande partie des chansons. Parfois, on arrive avec un arrangement presque complet avant de travailler sur le chant. D'autres fois, on a simplement quelques riffs ou un refrain et il faut trouver comment tout assembler. Et lorsqu'on ne trouve pas la bonne solution, on met le morceau de côté. Les idées ne disparaissent pas. On peut revenir dessus plusieurs années plus tard. Il y a même sur cet album des choses qui remontent au disque précédent, voire à une dizaine d'années. Tout à coup, tu comprends ce qu'il fallait en faire. C'est ça qui est fascinant. AUDREY HORNE a maintenant plus de vingt ans. Quand tu regardes le guitariste que tu étais au début et celui que tu es aujourd'hui, comment vois-tu l'évolution du groupe ? Nous avons clairement changé. Au départ, c'était un groupe assez différent. Nous étions six, il y avait des claviers et King participait beaucoup à l'écriture avant de quitter le groupe. À un moment, nous nous sommes davantage installés dans ce son hard rock et heavy métal classique que nous avons encore aujourd'hui. Cela a beaucoup évolué depuis les débuts. C'est toujours heavy, mais c'est devenu plus mélodique. Sur le dernier album notamment, nous avons énormément travaillé les mélodies vocales. Et bien sûr, il y a désormais beaucoup plus de twin guitars. Elles étaient moins présentes au tout début alors qu'elles sont aujourd'hui devenues une vraie partie de l'identité d'AUDREY HORNE. ![]() Il y a aussi une nouveauté sur " God Damn Beautiful " puisque c'est Espen qui assure le chant principal. Comment en êtes-vous arrivés là ? Est-ce qu'il réclamait depuis longtemps son morceau pour pouvoir vous laisser aller boire une bière pendant qu'il chante sur scène ? [Rires] Pas vraiment ! Espen a été très impliqué dans la création de cet album. Il a écrit plusieurs parties et proposé énormément d'idées. Nous avons aussi beaucoup travaillé ensemble en studio. Ce qui est amusant avec " God Damn Beautiful ", c'est qu'à l'origine Espen avait écrit le morceau à la guitare acoustique, avec le chant et même cette phrase précise. Il m'a envoyé l'enregistrement et j'ai immédiatement trouvé qu'il y avait quelque chose de très accrocheur qui pouvait devenir une excellente chanson. Nous avons travaillé dessus et enregistré le morceau, mais Toschie chantait initialement la version terminée. Ça fonctionnait, mais j'avais toujours l'impression qu'il manquait quelque chose. À un moment, j'ai simplement voulu essayer avec Espen au chant principal. On l'a fait et là, je me suis dit "Voilà, c'est comme ça que ce morceau doit sonner ". Nous l'avons ensuite fait écouter à Toschie et il était lui aussi d'accord. Ce n'était donc absolument pas prévu. Espen avait d'ailleurs chanté un autre morceau sur lequel nous avions travaillé ensemble, mais celui-ci n'a finalement pas terminé sur l'album. Pour " God Damn Beautifu l", les choses se sont simplement faites naturellement. Et il le chante vraiment très bien. Parlons du titre de l'album et de sa pochette. Pourquoi " Achilles " ? " Achilles " était à l'origine simplement le titre de travail du premier morceau. Je ne sais même plus vraiment pourquoi. Après avoir terminé les paroles, Toschie avait envisagé de l'appeler " Ceasefire ". Nous en avons discuté et nous trouvions finalement qu'" Achilles " était un titre beaucoup plus fort. Au début, nous craignions tout de même que cela renvoie trop directement à la mythologie grecque, alors que ce n'est pas le sujet des paroles. Mais en nous renseignant davantage sur le personnage et sur les différentes significations qui lui sont associées, nous avons réalisé que cela fonctionnait finalement assez bien avec plusieurs thèmes présents sur l'album. Nous avons donc gardé le titre pour la chanson, puis nous nous sommes dit que ce serait également un très bon titre d'album. Il est simple, fort, direct et suffisamment ouvert pour que chacun puisse y mettre sa propre interprétation. C'est un peu la même chose avec la pochette. On y retrouve notamment le serpent et les cinq flèches. Nous avons longtemps discuté du nombre de flèches et quelqu'un avait proposé d'en utiliser trois simplement parce que cela fonctionnait visuellement. J'ai alors suggéré d'en mettre cinq afin qu'elles puissent, si on le souhaite, représenter les cinq membres du groupe. Il existe également d'autres significations symboliques derrière ces éléments. J'aime justement qu'une image puisse être regardée et interprétée de différentes façons. Si quelqu'un ne connaît absolument pas AUDREY HORNE et que tu dois choisir un morceau de " Achilles " pour lui présenter le groupe, lequel prends-tu ? C'est difficile ! " Insanity " a probablement été le premier morceau véritablement prêt pour cet album. J'en avais écrit une grande partie à l'époque du disque précédent. Lorsque nous l'avons eu, avec quelques autres chansons, je me suis dit que nous tenions enfin la base du nouvel album et qu'il fallait maintenant continuer à écrire. Pendant longtemps, c'était donc un morceau auquel j'étais très attaché. Mais forcément, puisque c'est celui qui existe depuis le plus longtemps et que nous avons également tourné la vidéo, j'ai fini par m'en lasser un petit peu. Ensuite, " Achilles " est devenu plus intéressant pour moi, notamment parce que c'est probablement l'un des derniers morceaux que nous avons terminés. Il montre aussi plusieurs facettes différentes du groupe, donc ce pourrait être une bonne porte d'entrée. Mais en même temps, ce n'est pas forcément le morceau le plus typique d'AUDREY HORNE. Si tu ajoutes " God Damn Beautiful ", qui montre encore un autre visage du groupe, alors avec ces deux ou trois titres tu as déjà une bonne idée des fondations de notre son. ![]() Tu parlais des twin guitars. Elles sont devenues une part importante de l'identité d'AUDREY HORNE. Quand Thomas et toi composez, comment décidez-vous qui joue quelle partie ? Celui qui écrit le riff le garde ? Ça peut fonctionner de plusieurs façons. En général, si j'arrive avec l'idée d'une chanson ou un arrangement, je vais également imaginer les parties harmonisées et choisir ce que je joue. Thomas fonctionne de la même manière avec ses morceaux. Mais nous travaillons aussi beaucoup ensemble, parce que toutes les parties lead ne sont pas forcément écrites à l'avance. Certaines apparaissent directement en studio. Thomas aime beaucoup improviser. Il peut enregistrer plusieurs prises différentes et tout à coup il y en a une où nous nous disons " Ça, c'était vraiment cool ! ". À partir de là, nous pouvons nous asseoir ensemble et nous demander si une mélodie mérite d'être harmonisée, si on doit ajouter une deuxième guitare ou construire quelque chose autour. Donc contrairement à beaucoup de groupes qui, notamment depuis le Covid, travaillent énormément à distance, vous vous retrouvez encore réellement en studio pour terminer les morceaux ensemble ? Oui, énormément sur cet album. " Devil's Bell " avait été écrit et enregistré pendant la période Covid, donc les choses étaient forcément beaucoup plus compliquées. Nous passions beaucoup de temps chacun chez nous à nous envoyer des idées par Internet. Cette fois, nous avons au contraire énormément travaillé ensemble dans mon studio, où nous avons également enregistré l'album et réalisé une grande partie de la préproduction. Nous avons donc passé beaucoup de temps à travailler les arrangements, tester différentes parties de guitare et modifier les morceaux ensemble. Après l'expérience du disque précédent, c'était vraiment agréable de pouvoir fonctionner ainsi à nouveau. THIN LIZZY et IRON MAIDEN viennent évidemment à l'esprit lorsqu'on parle de twin guitars. Comment conserver ces influences sans devenir trop évident ou trop proche de vos références ? C'est une bonne question... et elle est probablement plus facile à répondre pour toi que pour moi ! Je pense que parfois nous nous approchons vraiment de la limite. Mais le fait d'avoir Toschie au chant change déjà beaucoup de choses. Ce n'est pas le chanteur heavy metal typique et sa voix replace immédiatement ces influences dans un autre contexte. Évidemment, dès que tu utilises des twin guitars dans du hard rock ou du heavy métal, les gens vont penser à THIN LIZZY et IRON MAIDEN. C'est presque inévitable. Vous avez partagé l'affiche avec AC/DC, MÖTLEY CRÜE, BACKYARD BABIES et beaucoup d'autres grands noms. Vous avez également joué plusieurs fois au HELLFEST. Pourtant, en France, beaucoup de gens découvrent encore AUDREY HORNE. Moi-même, avant le FURIOS FEST, en voyant votre nom sur l'affiche, je me suis demandé si Audrey Horne n'était pas une chanteuse ! Comment expliques-tu que le groupe reste encore relativement méconnu ici ? Je ne sais pas vraiment. Nous avons pourtant joué probablement trois fois au HELLFEST devant beaucoup de monde ! Peut-être que le nom fait fuir les gens, finalement. [Rires] Au début, nous voulions justement trouver un nom très différent des noms habituels de groupes de hard rock ou de heavy métal. Nous trouvions cette idée intéressante et pensions que cela pourrait intriguer les gens. Je ne sais pas si, avec les années, ça ne s'est pas un peu retourné contre nous. Comme tu le dis, certains doivent simplement se demander " Mais qui est cette fille ? ". ![]() Vous allez maintenant reprendre la route et passer notamment par la France. La tournée n'a pas encore commencé ? Non. Nous avons seulement joué quelques festivals cet été, ce qui nous a permis de tester quelques nouveaux morceaux. La tournée commencera le 8 octobre à Cologne. Qu'attends-tu de cette tournée ? Beaucoup de plaisir ! Nous avons vraiment hâte de jouer les nouvelles chansons. Cela fait quatre ans depuis notre dernier album et il était clairement temps d'avoir à la fois un nouveau disque et de nouveaux morceaux dans la setlist. Je pense qu'il y a beaucoup de chansons sur " Achilles " qui vont très bien fonctionner en live. Nous avons envie de voir comment le public va réagir parce qu'on peut parfois être persuadé qu'un morceau va devenir un favori des fans et fonctionner incroyablement bien sur scène... et finalement pas du tout. Et inversement. Nous avons répété pratiquement tout l'album, donc nous allons clairement en jouer beaucoup. Il est même possible que nous changions certains morceaux de la setlist d'un soir à l'autre. Nous avons vraiment hâte de partir. Vous avez déjà testé quelques nouveaux titres pendant les festivals cet été. Même si une partie du public ne vous connaît pas forcément, vous avez déjà pu observer les premières réactions ? Oui, et elles étaient bonnes. C'est vrai que sur un festival, tu peux être plus éloigné du public et qu'une grande partie des gens te voient parfois pour la première fois. Mais les retours sur les nouveaux morceaux ont été vraiment positifs. Et puis quelqu'un peut très bien te découvrir par hasard sur un festival et se retrouver à t'interviewer deux ans plus tard parce qu'il a adoré le concert ! Pour terminer, je vais reprendre ma question habituelle. Quelle est la question que je n'ai pas posée et à laquelle tu aurais aimé répondre ? Tu ne m'as pas vraiment parlé de la production de l'album. Alors allons-y. Qu'est-ce que tu voulais obtenir avec la production d' " Achilles " ? Le son est justement lié à tout ce que nous venons de dire à propos du live. Lorsque nous avons commencé à enregistrer et produire cet album, j'avais constamment en tête le son d'AUDREY HORNE sur scène. Je ne voulais évidemment pas faire un album live, mais je voulais réussir à récupérer une partie de cette énergie dans la production. Je trouve que " Devil's Bell " était davantage produit. C'est aussi lié au fait qu'il avait été écrit et enregistré pendant la période Covid. Nous avions moins de temps ensemble, que ce soit pendant l'écriture ou pendant les sessions, et le disque donne donc davantage l'impression d'avoir été construit en studio. Cette fois, je voulais quelque chose de plus direct et un peu plus brut. Nous n'avons pas enregistré l'album entièrement live, mais nous avons parfois joué de longues parties ensemble afin de conserver cette énergie et cette spontanéité. C'était vraiment une partie importante de la production de " Achilles ". Et ça s'entend. Le disque va droit au but tout en restant très mélodique. C'était vraiment un plaisir de vous découvrir au FURIOS FEST et je remercie encore Christophe de vous avoir programmés cette année-là. J'espère qu'on aura l'occasion de se retrouver à Paris, appareil photo en main cette fois encore. Merci beaucoup pour ton temps, et félicitations pour l'album. Merci beaucoup. C'était un plaisir de discuter avec toi. On se voit à Paris ! ![]() Merci à Arve pour sa disponibilité et à Anais de Sounds like hell. |