SYSTEM OF A DOWN + QUEENS OF THE STONE AGE
Saint-Denis le 02/07/26
(Stade de France)


Deportivo

Il y a des concerts que l'on décide de voir.
Et puis il y a ceux auxquels on sait que l'on assistera, quel qu'en soit le prix.
Lorsque les billets pour les deux Stade de France de SYSTEM OF A DOWN sont mis en vente, je ne réfléchis pas longtemps. Le tarif pique, le pack VIP encore davantage, mais certains groupes échappent à toute logique comptable. Ils font partie d'une histoire personnelle. La mienne avec SYSTEM OF A DOWN commence vingt-sept ans plus tôt.
Nous sommes en 1999. La veille du concert parisien, les quatre Californiens sont invités sur le plateau de Nulle Part Ailleurs. Je découvre alors un groupe totalement différent de tout ce qui existe à l'époque. Des mélodies orientales qui s'entrechoquent avec un métal furieux, une énergie incontrôlable, un chanteur habité, un guitariste déjà imprévisible... Impossible de décrocher les yeux de l'écran. Le problème, c'est que quelques mois plus tard, ils jouent à l'Élysée Montmartre. Et mes parents n'ont absolument aucune intention de laisser leur fils aller voir " ce groupe de sauvages " un soir de semaine. Alors je fais ce que beaucoup ont probablement fait pour leur premier grand concert. Je mens. Une excuse inventée à la dernière minute, un rendez-vous imaginaire... et me voilà devant l'Élysée Montmartre. Ce soir-là, je découvre un groupe qui ne me quittera plus. Quelques années plus tard, je les retrouve au Trabendo. Quelques centaines de personnes seulement assistent à ce concert organisé juste avant qu'ils ne remplissent Bercy. Avec le recul, nous étions des privilégiés. Les happy few qui auront vu SYSTEM OF A DOWN dans une salle où chaque regard, chaque grimace et chaque note étaient à quelques mètres seulement. Puis le temps passe. Les albums s'arrêtent. Les tensions alimentent les rumeurs. Les tournées européennes deviennent rares. Et neuf ans après leur dernier passage français, les voilà de retour devant près de 80 000 personnes... deux soirs de suite. Cette fois, impossible de manquer le rendez-vous.

Les embouteillages auront malheureusement raison de mon envie de voir ACID BATH. J'arrive au Stade de France alors que les Américains viennent de quitter la scène. Une petite frustration vite balayée par l'effervescence qui règne déjà dans les travées.

QUEENS OF THE STONE AGE ouvre parfaitement la soirée. Josh Homme, avec son allure improbable de peintre bohème (en marinière pour l’occasion), déroule un set aussi élégant qu'efficace. Les premiers pogos apparaissent, le public monte progressivement en température, et l'on comprend rapidement que les Californiens ont parfaitement rempli leur mission : préparer le terrain sans jamais chercher à voler la vedette.

Set-list :
You Think I Ain't Worth a Dollar, but I Feel Like a Millionaire
Sick, Sick, Sick
Run, Pig, Run
Little Sister
My God Is the Sun
I Sat by the Ocean
The Fun Machine Took a Shit and Died
Paper Machete
I Appear Missing
Go With the Flow
No One Knows
A Song for the Dead





Puis les lumières s'éteignent.
Les premières notes de " X " retentissent. Le Stade de France rugit. Je pensais être prêt. Je ne l'étais pas car j’avais le sentiment que l’argent de ces places aurait pu être mieux placés mais les frissons arrivent immédiatement. Ils reviendront pratiquement sur chaque morceau pendant une heure quarante. Lorsque Daron Malakian hurle son monumental " Motherfucker! " avant " Prison Song ", les près de 80 000 spectateurs explosent d'un seul homme. Le son, légèrement brouillon durant les premières minutes depuis notre emplacement, retrouve rapidement toute sa précision et laisse la place à une succession de classiques qui ne laisse aucun répit : " Violent Pornography ", " Mr. Jack ", " B.Y.O.B. ", " Needles ", " Bounce ", " Suggestions ", " Chop Suey! ", " Aerials "...
Mais au fil du concert, je me surprends à regarder autant le public que la scène. À ma gauche, ma voisine danse sans interruption pendant tout le concert. Pas une seule pause. Elle connaît absolument chaque morceau. Un rang devant moi, un quadragénaire retrouve manifestement ses vingt ans avec sa bande de copains. Ils chantent, sautent, se prennent dans les bras à chaque refrain comme si le temps s'était arrêté quelque part au début des années 2000.
Puis surgit le personnage le plus improbable de la soirée.
Charlie. Ou plutôt... Où est Charlie ? Habillé intégralement de rouge, bonnet assorti sur la tête, il traverse littéralement la fosse porté à bout de bras par des centaines de spectateurs. À chacune de ses apparitions, les téléphones se lèvent et les sourires se multiplient. Pendant quelques minutes, il devient la mascotte officieuse du Stade de France. Il harangue la foule, lance des clapings… on retrouve les animateurs du public de NPA qui lancaient des rires forcés ou des applaudissements. Ici tout est vrai, le bon sens et les emmerdes semblent avoir été laissées à l’entrée du stade et autour de lui, les circle pits se multiplient. Ils sont immenses. Parfois plusieurs en même temps. Depuis les tribunes, ils dessinent d'immenses cercles mouvants qui apparaissent et disparaissent au rythme des accélérations du groupe.
Mais le plus impressionnant reste sans doute ailleurs. Le chant. Pas celui de Serj Tankian. Celui du public. Tout le stade reprend les paroles. Pas uniquement les refrains. Les couplets. Les cris. Les harmonies. Les célèbres " Why do they always send the poor? " de " B.Y.O.B. " résonnent avec une puissance incroyable. Sur " Chop Suey! ", il devient parfois difficile de distinguer la voix du chanteur de celle des dizaines de milliers de personnes qui connaissent chaque syllabe par cœur. C'est à ce moment que je repense à une remarque que j'entends souvent et qui n’a pas manqué d’agrémenter notre post insta sur la soirée. " Un concert en stade ? On ne voit rien. On regarde juste des écrans géants. " J'ai longtemps pensé la même chose mais dans le pit photo on vit les choses différemment alors les grandes salles passent. Ce soir pas de pass photo. Donc pas de vibrations ? Ce soir, les écrans ne remplacent jamais le concert. Ils le complètent. Ils permettent d'observer les expressions de Serj Tankian, les grimaces de Daron Malakian, le jeu de Shavo Odadjian ou la précision de John Dolmayan.
Le véritable spectacle, lui, se déroule quelques dizaines de mètres plus bas. Dans cette foule immense qui vit chaque chanson comme si elle était sortie la veille. Dans ces dizaines de circle pits. Dans ces milliers de bras levés. Dans ces quatre-vingt mille personnes qui connaissent parfois mieux les paroles que les musiciens eux-mêmes. J'ai découvert SYSTEM OF A DOWN dans une salle de moins de deux mille personnes (à une époque où nawak posse n’était pas encore créé – mais avec un appareil jetable au premier rang), je les ai revus dans une salle de 900 places en 2005 (sans aucun appareil photo à mon grand regret, au Trabendo avant Bercy. Je viens de les voir dans un Stade de France rempli. Je ne choisirai jamais entre ces trois souvenirs. Parce qu'ils racontent trois histoires différentes. Les salles offrent une proximité qu'aucun stade ne pourra jamais reproduire. Les stades, eux, procurent une émotion collective qu'aucune salle ne pourra jamais égaler.
Lorsque Daron Malakian évoque l'Arménie avant de lancer un rageur " Fuck Netanyahu! ", puis dédie " Tentative " aux manifestants iraniens et au peuple libanais, SYSTEM OF A DOWN rappelle qu'il n'a jamais cessé d'être un groupe engagé.
Puis viennent " Aerials ", " Roulette ", " Cigaro ", " Toxicity "...
Le Stade de France semble vibrer sur ses fondations. D’autant plus qu’on fête ce soir l’anniversaire de la fille du batteur. Un stade entier qui chante « joyeux anniversaire » cela doit laisser un souvenir d’autant plus qu’elle avait un maillot de l’équipe de France floqué de son nom, Dolmayan. Enfin, " Sugar " vient conclure cette soirée avec la même violence jubilatoire que vingt-sept ans plus tôt. Scruttant les setlists du début de la tournée, je reste légèrement sur ma faim, pas de " War ? " ce soir… la chanson jouée il y a 28 ans lors de leur passage à NPA. Les quatre musiciens se retrouvent alors au centre de la scène. Ils se prennent dans les bras. Ils sourient. Longtemps. Cette image vaut sans doute tous les discours.
En quittant le Stade de France, je repense à l’ado qui avait menti à ses parents pour aller découvrir un groupe suivi à la télévision. Je repense aussi aux quelques centaines de privilégiés du Trabendo, juste avant Bercy. Et je souris, parce qu'au fond, peu importe que le concert se déroule dans une salle de mille personnes ou devant quatre-vingt mille spectateurs. Lorsque la musique provoque encore des frissons vingt-sept ans plus tard, lorsque près de 80 000 personnes chantent chaque mot d'une discographie vieille de plus de vingt ans, lorsque l'on ressort avec l'impression d'avoir revécu une partie de sa jeunesse... ...c'est qu'on ne vient plus seulement assister à un concert.
On vient retrouver une partie de soi. Et rares sont les groupes capables d'offrir un tel cadeau.

Set-list :
X
Prison Song
Violent Pornography
Mr. Jack
I-E-A-I-A-I-O
Soldier Side – Intro
B.Y.O.B.
Soil
Deer Dance
Know
Radio/Video
Bubbles
Dreaming
Hypnotize
Needles
Bounce
Suggestions
Psycho
Chop Suey!
Lonely Day
Lost in Hollywood
Tentative
Aerials
Roulette
Cigaro (avec l'introduction de " Ballad of My Cock ")
Suite-Pee
Toxicity (Happy Birthday pour Emma Dolmayan avant les circle pits)
Sugar




Setlists de la soirée, suivies d'un petit voyage dans le temps avec celles des deux précédents concerts de SYSTEM OF A DOWN auxquels j'ai eu la chance d'assister, en 1999 à l'Élysée Montmartre puis en 2005 au Trabendo, quelques semaines avant leur passage à Bercy.
Élysée Montmartre – 1999 :
P.L.U.C.K.
Suite-Pee
Know
X
Suggestions
Mind
Marmalade
Soil
Spiders
DDevil
Chic 'N' Stu
CUBErt
Darts
Peephole
War? (avec les membres de STATIC-X et SPINESHANK)
Rappel :
Sugar


Trabendo – 2005 (avant Bercy) :
B.Y.O.B.
Science
Kill Rock 'n Roll
Suggestions
Psycho
Chop Suey!
Mr. Jack (avec des éléments de " Hezze ")
Needles
Deer Dance (Daron Malakian plonge dans le public à la fin)
Aerials
Holy Mountains
Spiders
Streamline
Bounce
ATWA
Forest
Cigaro (Daron Malakian plonge dans le public à la fin)
Highway Song
War?
Prison Song
Roulette (interrompue après le deuxième refrain pour enchaîner directement sur " Toxicity ")
Toxicity
Suite-Pee
Everything She Wants (reprise de WHAM!)
Sugar (Daron Malakian plonge dans le public à la fin)


(Review et photos réalisées par Djaycee)

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