ROCK STORIES volume 1 : SIDILARSEN



Si l’on y regarde d’un peu plus près, je me verrai mal être vache et dire des saloperies sur le coin où je suis né. C’est vrai quoi, l’Ariège a beau être l’avant dernier département en terme de population, il y reste quand même de chouettes paysages et de bien belles promenades et tous ces trucs dans le genre. En plus, tous mes potes y sont nés. Bon, l’ennui c’est qu’une fois que vous vous êtes baladé par-ci, par là, que vous avez pris ce sentier, et qu’enfin, vous avez mis votre nez dans cette grotte ou ce fichu château qui ne tient plus que sur un pied, on ne peut pas vraiment dire qu’il y a de quoi se fendre la gueule !
Question musique, c’était un peu le désert ; et quand je dis un peu, croyez-moi, ceux qui crèchent là-bas, vous diront que pour le coup, j’suis drôlement sympa.
Mes potes et moi, on fait du Métal. Plus tard, quand on sera super vieux, on pourra dire qu’on a fait du métal dans l’Ariège. Rien que pour ça, on devrait rentrer dans l’histoire du département, nous élever une statue et tout le bordel.
Bon allez, j’l’avoue, même pas honte, mon premier souvenir de musique ça a été cette femme qui lança sa petite culotte au public lors d’un concert. Je suis sûr que vous voyez de qui je parle… Bon, après ça, j’ai suivi ce que je trouvais chez mes vieux. Le coup classique quoi. Mon père il avait un cd de DIRE STRAITS et j’écoutais ça lorsqu’un jour j’ai reçu ma première grosse claque. Musicalement parlant hein. La radio diffusait alors cette chanson qui cartonnait et qui parlait de sombres héros de l’amer, et pour le coup, vu que je comprenais enfin de quoi ça causait, je sais pas trop, mais le fait est que ça m’a touché plus que d’ordinaire. Enfin un groupe avait un truc à dire. Enfin on donnait du sens à cette société qui en manquait terriblement. Faut dire qu’à l’époque, j’étais drôlement rêveur et super timide en plus. Quand vous êtes môme, vous voyez le monde des « grands » différemment que lorsque vous êtes sorti du cocon. On m’a toujours trouvé distant avec les autres, ce qui est pas faux. Mais, comprenez, les gens, j’savais pas quoi leur dire, j’avais peur de les déranger ou qu’ils se figurent que j’étais autre chose que ce que j’étais réellement. Des tas de trucs dans le genre. Alors j’avais mon monde, comme pas mal de gosses j’suppose. On se crée un univers secret où personne peut vous trouver, un coin où vous savez que tout ira bien vu que vous contrôlez tout ce qu’il s’y passe à l’intérieur.
Et puis vous rencontrez quelqu’un. Quelqu’un comme vous, qui vous fait sentir que vous n’êtes pas si seul que ça, et que votre vision des choses peut aussi être partagée. En même temps, quand je dis « rencontrer », on peut pas vraiment dire ça non plus. Benjamin, on est quasi jumeaux. Je veux dire qu’on serait né dans le même hôpital, ça m’aurait pas étonné. On a grandi dans les mêmes coins et on est allé dans les mêmes écoles. Inséparables. À vrai dire, on s’était vite aperçu que le monde était pas forcément ce qu’on en attendait. On s’est alors créé une sorte de bulle, avec nos codes et tout ce qui va avec. Après ça, il suffisait qu’on se regarde une seule seconde pour se comprendre. Pour tout vous dire, je ne me souviens même pas du jour où l’on s’est rencontré. Comme nos mères étaient amies, on est rapidement devenu nous aussi les meilleurs amis du monde et on était toujours fourré ensemble. D’ailleurs, à un moment donné, ça a même fait flipper nos parents, parce que même si on avait d’autres potes, on traînait pas trop avec eux non plus. Comme on a toujours été dans la même classe au collège, nos vieux ont décidé de nous foutre chacun dans un lycée. Benjamin habitait dans ce qu’on appelle un lieu dit, Crampagna, une dizaine de maisons (l’Ariège quoi) dont celle de mon pote, donc. J’adorais aller là- bas, c’était terrible, y’avait des chevaux, des champs à perte de vue, des tas de forêts aussi. Bref, on avait pas le temps de s’ennuyer ; dès qu’on pouvait, on se passait des disques et c’est ce groupe dont je vous ai parlé plus haut qui nous faisait tripper. La poésie des textes, c’était un truc qui nous parlait, pouvoir s’exprimer avec classe en balançant des mots qui voulaient dire quelque chose, qui parlaient pas d’amour tout mielleux et tout ça.


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ou sur le myspace de l'auteur Pascal Pacaly : www.myspace.com/ppacaly


(Extrait écrit par Pascal Pacaly )

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