| NESSERIA Eastern Europe Tour 2008 le () Pourquoi des tour report ? On raconte notre vie, je comprendrais qu’on puisse se demander pourquoi. En fait, je vois au moins deux raisons à ça. D’abord, ce qui se passe quand des proches, des amis, nous demandent ce qu’il s’est passé en tournée. On s’est rendu compte que la plupart du temps, on se retrouve tout juste capables de raconter, grosso-modo : « baaah c’était cool… On a vu des trucs »… Pas grand-chose de plus. Tout ce qui s’est passé en dehors de la réalité se mélange facilement. Je crois que même nous, on a besoin d’écrire tout ça pour vraiment s’en souvenir. Et ce sera peut-être même marrant de relire tout ça dans quelques années, va savoir… Ensuite pour nous le groupe, ce n’est pas seulement ce qu’on joue. Tout ce qui se passe autour à autant d’importance à nos yeux que le concert en lui-même : les gens qu’on rencontre, les milieux dans lesquels on passe… C’est le sens même de ce groupe : aller voir ailleurs. C’est un document sur un moment donné, court et vite fini. Et au pire, personne ne vous forcera à lire nos conneries. Nesseria Eastern Europe tour 2008 Les trois premières dates se feront sans chanteur. On l’apprend à quelques jours de notre départ, c’est la merde. Il doit bosser pour payer des dettes, bref ne peut plus vivre sur les ASSEDIC. Je fais les backs en plus de la basse en temps normal, il faudra que j’improvise tout le " chant ". Après ça Mikro, notre nouveau chanteur, nous rejoindra par le train en Allemagne. On n’a eu que très peu de temps pour bosser ensemble, mais Mikro semble du genre efficace, et se fout les morceaux dans les oreilles pendant des heures. Advienne que pourri. Cette fois, on part avec Thomas, Toto. Il nous est venu pour nous filer un coup de main pour notre son, et faire un tour avec nous. Il s’avèrera très vite indispensable, c’est LE Toto. On a dégotte le van à Paris chez un ami, et on est partis pour Aachen, à la frontière franco-allemande. On y retrouve nos potes d’UNDER THE PLEDGE OF SECRECY, qui organisent le concert. C’est un AZ (centre de jeunesse autonome) qu’on connaît pour y avoir joué l’année précédente. Une sorte de bunker anti-nucléaire reconverti. On y joue avec COROVA et DANCING ON DEBRIS. On fait de notre mieux, je gueule comme un con, et les gens sont réceptifs. Il y a toujours une ambiance cool ici. Après quoi on débarque chez Arthur et Nicole, pour y finir la soirée tranquillement. Wurzburg, Allemagne, Immerheim. C’est une ville ultra catho, il y a une fac de théologie, cinquante églises, et une résidence étudiante évangéliste à la con. C’est aussi un bled où il y a deux écoles de police qui gerbent continuellement leurs condés, qui font du zèle pour monter en grade. Mais il y a aussi l’Immerheim, c’est un bar au sous-sol d’un local des étudiants évangélistes. Absolument pas jésus reviens, plutôt une planque rock’n’roll suffisamment dégénérée. On joue avec MAGGOT SHOES, ça blaste à mort. Arthur attend ses collègues d’UNDER THE PLEDGE OF SECRECY, en rade. Deux heures après on apprend qu’ils ne pourront pas venir. Alors on propose à Arthur, c’est leur chanteur, de venir faire ce qu’il veut avec nous. Il accepte, et nous improvise un set bien brutal. Les gens présents de soir sont bien chauds, tout se passe au mieux. La soirée se continue dans le bar, où on est invités à piller la réserve de channe. On se fait une grosse série de shots à la tequila, et avec un schnaps traditionnel qui envoie. On ne se souvient plus exactement de tout le reste, sinon qu’on a bu à mort et qu’on s’est bien marrés. Fuck straight edge. Erfurt, Allemagne, Squat Noise Le lendemain, l’organisateur de la veille nous emmène bouffer dans une cantine, marrante. On va un peu chez lui, c’est une accumulation de trucs chelous, il a une putain d’araignée dans un aquarium… C’est un gars bien tranquille. On se pose et prend des douches, ça sera pas tous les jours. On part pour le squat d’Erfurt. Il y a plein de clebs, de roulottes, la zone totale. Là dedans, il fait un froid de malades, alors ils chauffent sur place en faisant du feu dans un bidon transformé en cheminée. On retrouve les gars d’AMPOOLS, de Besançon. Et aussi les types d’IT IS IMPERATIVE, des allemands croisés à Wermelskirchen lors de notre tournée précédente. On en chie, pas facile ce soir. UNDER THE PLEDGE OF SECRECY a trouvé un moyen de se pointer, et utilisera notre matériel. Leur set est écourté assez brutalement, puisqu’Arthur se reçoit un énorme coup de guitare dans la gueule. Ça le couche direct, avec pas mal de sang sur la gueule. Il mettra un certain temps à retrouver ses esprits mais s’en sort bien, et repart direct pour Aachen en fin de soirée. On dort tous sur place, finalement c’est assez confortable vu la place. Dannenberg, Allemagne, Kellerasse Club Dannenberg, c’est perdu dans la campagne, à la « frontière » entre l’est et l’ouest. L’endroit était une usine de fabrication des missiles V2 pendant la deuxième guerre mondiale, ce qui laisse une structure énorme. Ensuite, le bled est devenu un stockage de déchets nucléaires pendant la guerre froide. Le bloc ouest utilisait ce no man’s land paysan comme une sorte de poubelle, à la limite du bloc soviétique. A la chute du mur, la place à été investie par des militants anti-nucléaires, et anti pas mal de choses en fait. A chaque transit de déchets (qui viennent de France) c’est la guérilla contre les flics et l’armée. On nous projette une vidéo pour nous expliquer tout ce merdier. C’est des sortes de hippies, qui nous accueillent avec une caisse de channe et une boîte remplie de leur weed. On joue avec November 13th, un excellent groupe doté d’un putain de batteur. La soirée se termine au bar en échangeant nos points de vue sur pas mal de choses, en buvant et en fumant. Bref c’est des hippies. Bonn, Allemagne, Bla. On retrouve Lars à Bonn, cette fois dans un bar de l’enfer. On joue avec un groupe local, et même si les gens ne font pas des bonds de deux mètres, on les sent attentifs et bien dedans. La scène est vraiment agréable. On finit la weed des hippies avec des gars venus ce soir là. Mais aussi des potes français, Sophie, son frère et un pote, en vacances ici. Ils ont le bon goût de passer du MOTORHEAD, du SEPULTURA, AC/DC and co. C’est encore une soirée passée à boire et à faire du baby-foot. On s’habitue très bien à ça. On finit la soirée chez Lars, aussi agréable que la dernière fois. Brême, Allemagne, Schlachthof. On se fait une deuxième date avec AMPOOLS. On joue au sous-sol d’une salle énorme qui était, il y a quelques dizaines d’années, un énorme abattoir. On ne voit pas grand-chose de la ville, sinon la gare. Le concert se passe nickel, même si sur la fin, une pédale de basse refuse de fonctionner. L’orga, Benny, nous emmène faire un tour dans un bar rock de la ville. On se met à la recherche de came avec des gars d’AMPOOLS. On se traîne en ville, et finit par trouver un noir avec une dent en or, totalement parano, qui nous fourgue quelques boulettes de C. On se fait ça dans les chiottes du bar, pas terrible, juste marrant. On s’arrache chez Benny et sa nana ; ils habitent une baraque en noir et blanc, un musée marrant du punk rock. Il a deux excellents gros chiens, et on boit des coups en discutant en mauvais anglais. Le lendemain, on se retrouve avec les AMPOOLS dans un café autogéré, où Benny et ses potes nous préparent un repas de malades. On se sent comme chez nous ici. On retrouve le Squale des AMPOOLS en ville, parti la veille avec une nana. Les au revoir et on s’arrache. Day off Berlin On se pose chez le batteur d’IT IS IMPERATIVE. Berlin c’est toujours aussi imposant et froid. Mikro retrouve un pote émigré là-haut. On se pose tranquillement. La soirée est courte. Gliwice, Pologne, Krzyk La route entre l’Allemagne et la Pologne se transforme en chemin de terre défoncé dès qu’on passe la frontière. On roule à 50 grand maximum, jusqu’à arriver sur une route praticable, ouverte sur un gros panneau " financé par la CEE ". On arrive à Gliwice, la ville est visiblement bien ghetto. On joue dans un petit squat, le Krzyk. On chauffe la salle avec une bouteille de gaz reliée à une sorte de lance-flammes. Après deux groupes du coin, on se fait un set bien baston, le public Polonais est bien arraché et motivé. C’est la guerre là-dedans. La soirée se poursuit sur place, on décide d’aller se chercher de la vodka dans le bled. Il faut qu’on nous ouvre, parce que le squat maintenu fermé pour éviter une invasion de néonazis, en guerre urbaine avec les gens du squat. On part avec deux gars déjà bien raides. Ils passent des coups de fil, et décident finalement de prendre leur voiture. Leur voiture, c’est une fiat 500, qu’ils démarrent avec une manivelle derrière. Le chauffeur décide de se prendre pour Schumacher, on croit crever à chaque virage. On a beau lui gueuler " calm down, I don’t want to die ! ", ça fait pas grand-chose. Ils s’arrêtent chopper la vodka. A leur retour, ils croisent d’autres types, sur lesquels ils se jettent pour se battre dans la rue. Ils s’envoient quelques coups de latte, se battent comme des vieilles poches. C’est vite fini, on remonte dans la voiturette de la mort. Evidement, ça a excité Schumacher, qui en remet un coup. Au retour, ils nous expliquent que c’était des russes, avec qui des potes à eux se sont embrouillés la veille. Et aussi qu’ils sont des hooligans, qu’ils utilisent des mousquetons comme des poings américains. Une nana me parle de ses cours de lutte de soumission. Ils se sont fait latter la gueule toute leur jeunesse par les néonazis du coin, et ils aiment la baston. C’est culturel, ils nous disent. Et aussi qu’eux, c’est pas comme ces grosses schlores autour de Cracovie, où les gars sont armés avec des hachettes et des battes. On boit, et monte se vautrer après ça. Une gonzesse nous demande de la baiser. Sa copine est en train de se faire sauter à côté. Le lendemain, il fait bien froid là-dedans. Thomas descend, et constate que le van à été fracturé. Des sacs de fringues, avec des papiers dedans. Thomas et Ben n’ont que ce qu’ils portent, Mikro est officiellement sans-papiers aussi. On doit partir voir les condés de Gliwice pour obtenir des papiers, pour les assurances. La vitre arrière tiendra avec du scotch maintenant. La serrure fonctionne encore, même si elle est bien défoncée. On doit passer des plombes dans leur commissariat de merde. On obtient les papiers, on se barre. Chomutov, République Tchèque, Hu-Hu Bar. Avec tout le retard qu’on à pris en Pologne, on arrive très tard en république Tchèque. D’autant plus qu’on trouve le moyen de se paumer en ville. On demande notre chemin à des putes, qui finissent par nous renseigner. Le concert à donc pris du retard. La salle est un très bon club en sous-sol, blindé. DREAMS COME TRUE commence son set dès que nous arrivons sur place. Le concert se passera nickel, le public Tchèque soutient une scène bien active. On se retrouve chez l’organisateur et sa nana, qui nous à fait un repas tradi en deux-deux. C’est bon, et ils sont excellents. Le lendemain, il nous faut juste plus de scotch pour faire tenir la vitre arrière. Prague, République Tchèque, Jet Club. Quand on arrive sur Prague, on hallucine sur cette ville-musée. Tout le centre à été épargné par les bombardements, c’est des siècles d’histoire transformés en attraction pour touristes. On a le temps de traîner en ville, de chaque côté du pont Charles. C’est sur-fréquenté, mais vraiment impressionnant. On s’arrête prendre un goulasch dans un restau bien classe, et abordable vu le taux de conversion. Les serveurs en costard et le violon en fond sonore, ça change. On part pour la salle, c’est au sous-sol d’un bar : bon endroit. Dans la rue en face, une équipe de tournage fait une scène. On regarde tout ça, un technicien nous dira qu’ils font un épisode du ugly betty Tchèque. On joue après DIPHTERIA et un autre groupe. Le problème, c’est que tout ça à pris trop de temps, et qu’on en manque pour jouer. On apprend ça quand on nous dit d’arrêter au aux deux tiers du set, sous peine d’avoir le jus carrément coupé. C’est à chier, d’autant que le public était totalement dedans. On finit dans le bar en fumant la weed locale, qui arrache le cerveau. De l’afghan aussi. On part finir la soirée chez l’orga, C’est chez ses parents, dans un quartier bourgeois aux maisons neuves et surdimensionnées. On y boit de la vodka, entre autres, ça se finit avec les bouteilles. Le retour, ça ressemble à 20 heures de route dans la merde totale, la puanteur et la fatigue. Review réalisée par Nesseria |