| MENNECY METALFEST 2026 Mennecy le 05 et 06/09/26 (Parc de Villeroy) ![]() Avant même de parler musique, quelque chose saute aux yeux en arrivant au parc de Villeroy. Le MENNECY METAL FEST 2026 s’est offert une nouvelle peau. La nouvelle identité visuelle en jette franchement. L’univers graphique imaginé autour de l’édition par Vincent Fouquet / Above Chaos donne au festival une image beaucoup plus forte et cohérente. Affiche, communication, merchandising, nouveau site internet, Mennecy affirme davantage son identité et donne l’impression de franchir un cap sans renier son côté artisanal. Même évolution côté organisation avec l’apparition du cashless. Le bracelet devient le portefeuille du week-end pour une partie des achats sur le site. Une petite révolution à l’échelle de Mennecy et un signe supplémentaire d’un festival qui se professionnalise progressivement. Et puis il y a les gobelets. Parce qu’un festival a beau prévoir des groupes internationaux, des dizaines de techniciens, deux scènes et trois jours de concerts, il reste toujours à la merci d’un fournisseur. 6 000 gobelets avaient été commandés et 1 000 seulement sont arrivés. Autant dire que le collector s’est créé tout seul. Ce qui devait être le petit souvenir que chacun pouvait ramener à la maison devient soudain une série limitée involontaire. Il y a quelque chose d’assez réjouissant à voir un banal problème de livraison fabriquer instantanément l’objet rare de l’édition. La conférence de presse du samedi matin permet ensuite de comprendre un peu mieux la direction prise par le festival. La fréquentation continue de progresser après environ 5 500 entrées en 2025 et l’organisation attend entre 6 000 et 7 000 passages sur l’ensemble de cette édition. Jean-Philippe Dugoin-Clément insiste néanmoins sur la volonté de conserver une "jauge humaine" et résume l’ambition par une croissance "raisonnée, raisonnée et raisonnable". Le site évolue également. La Eye Stage a été repositionnée, les espaces restauration et merchandising ont été agrandis, la convention tattoo poursuit son développement et les masterclass font leur apparition. Chaque journée débute également avec un groupe issu d’un tremplin. Deux sont liés au travail réalisé avec Le Stock et le festival revendique les mêmes conditions de production pour les artistes débutants et les internationaux. La programmation refuse aussi de rentrer dans une case, une niche ou un genre particulier. Il suffira de parcourir quelques dizaines de mètres entre les deux scènes pendant le week-end pour vérifier que ce dernier point n’est pas qu’une formule. Reste à expliquer pourquoi mon festival commence seulement le samedi. Le vendredi, VIOLET GROHL donne à Paris son premier concert français en tête d’affiche. Au regard des informations récemment sorties autour de l’affaire NO ONE IS INNOCENT, le choix devient assez simple et ce sera donc VIOLET. Petit télescopage avec l’histoire puisque c’est justement l’équipe de NO ONE IS INNOCENT qui m’avait amené à découvrir le MENNECY METAL FEST en 2021. Cinq ans plus tard, les circonstances ont changé. Samedi 4 septembre 2026 : des marins, des kilts et un crocodile pédagogique : La conférence de presse du matin se termine et la transition vers la musique est immédiate. TANORK assure le showcase juste avant le début des concerts. Le groupe rennais défend un death métal old school, avec une singularité qui accroche immédiatement l’oreille puisque le chant passe notamment par le breton. Une manière plutôt efficace de quitter les discours pour entrer dans le vif du sujet avant de traverser le parc vers la Menn’ Stage. Les premiers à traverser la frontière ce samedi sont les Belges de HOPE AS A WEAPON. Vainqueurs du Metal Kombat, ils héritent de la Menn’ Stage à 12h45 et donnent immédiatement une traduction concrète aux beaux principes entendus quelques minutes auparavant. Le créneau n’est évidemment pas le plus confortable. Une partie du public prend encore possession du parc, les organismes se mettent en route et les photographes cherchent déjà où ils ont rangé ce foutu bouchon d’objectif. Mais offrir la grande scène et de véritables conditions de production à un groupe émergent plutôt que de le reléguer dans un coin du festival reste une excellente manière de commencer une journée. La Eye Stage prend ensuite une direction beaucoup plus agressive avec DEADLY SINS et son thrash sans détour. L’ancien bassiste de KAMIZOL-K est désormais de la partie et assure largement sa part du spectacle. Il faut reconnaître que le chanteur possède de son côté une arme de diversion particulièrement efficace avec une casquette "Hélène et les Garçons". Plus tard, je le recroiserai avec une Hot Vidéo. Le bon goût attendra donc lundi. Retour sur la Menn’ Stage avec BUKOWSKI, terrain nettement plus familier. BUKO évolue désormais autour de " Cold Lava ", sorti en 2025, et ce nouveau cycle donne évidemment une place importante aux morceaux récents. Knak retrouve aussi BUKOWSKI après plusieurs dates de festivals passées sur un autre projet, tandis que la section rythmique a, elle aussi, abandonné David Hallyday le temps du week-end. Puisque Mennecy fonctionne beaucoup par rencontres, Steve de LOCOMUERTE vient poser sa voix sur un morceau. Il confessera ensuite l’avoir fait "sans trop de préparation". Ça s’entend peut-être un peu, mais ça se vit surtout beaucoup, parce que le moment repose moins sur la recherche de la perfection que sur la complicité. Steve monte, donne ce qu’il a et repart avec le sourire. Sans trop de préparation donc, mais avec le cœur, et cela colle finalement assez bien à l’ambiance générale. Avec les Franciliens de SLEAZY TOWN, je m’accorde surtout une deuxième chance. La première fois, ils ouvraient pour MONONC’ SERGE & ANONYMUS et j’étais probablement déjà mentalement avec les Canadiens avant même que leur première partie soit terminée. Cette fois, pas d’excuse. Le groupe arrive avec " Unfinished Business ", double album de vingt-quatre titres sorti en 2024 et premier véritable album studio de leur histoire. Leur hard rock nourri de heavy et de sleaze fonctionne beaucoup mieux sur moi dans ce contexte. Deuxième rencontre, impression totalement différente. Comme quoi, avant de ranger définitivement un groupe dans une case, il est parfois utile de lui redonner quarante-cinq minutes. Puis arrivent les marins et la première vraie claque du week-end. Les Franciliens de HOULE débarquent en cirés et bottes avec un imaginaire maritime si poussé qu’Armor-Lux et Guy Cotten pourraient presque réclamer des royalties. La plaisanterie ne tient que quelques secondes parce que la musique suit. Le groupe vient défendre " Ciel Cendre et Misère Noire ", premier album sorti en 2024 après un EP qui avait posé les fondations de son univers de "métal noir marin". La mer n’est pas un gimmick destiné à vendre quelques t-shirts. Elle traverse la musique, les textes, les atmosphères, les silhouettes et le chant d’Adsagsona. Tout possède une cohérence impressionnante. Je venais avec beaucoup de curiosité alors même que le black métal n’est pas forcément le genre vers lequel je me dirige spontanément et je repars franchement conquis. Premier très gros coup de cœur du week-end. Les Bretons de GURKKHAS font ensuite basculer la Eye Stage dans un tout autre registre. Death old school, brutal, frontal, sans grande volonté de négocier avec les tympans. Le groupe a repris vie après près de vingt ans d’absence et son retour s’est accompagné notamment de la réédition en 2024 de " A Life of Suffering ", initialement sorti en 2001. La Eye Stage commence d’ailleurs à imposer sa personnalité. Pendant ces deux jours, elle accueillera une bonne partie des propositions les plus sombres et extrêmes. Tout ne correspondra pas forcément à mon terrain musical privilégié, mais c’est précisément cette opposition avec la Menn’ Stage qui rend les allers-retours intéressants. L’aller-retour suivant va être radical. La rentrée scolaire vient à peine de signer la première mort de l’été que CELKILT décide que les kilts, eux, n’ont aucune raison de rejoindre l’armoire. Très vite, le parc n’a plus grand-chose de scolaire. Violon, cornemuse, punk celtique et une énorme envie de faire sauter tout ce qui possède encore deux jambes. Ça danse, ça court et surtout ça soulève une quantité de poussière assez phénoménale. À ce niveau-là, le circle pit commence à modifier la topographie du parc de Villeroy. J’attendais beaucoup de CELKILT et l’attente est largement récompensée. Le groupe possède cette capacité à être immédiatement festif sans devenir une simple animation de banquet. Derrière les kilts et la cornemuse, le set est construit, les morceaux tiennent debout et les musiciens savent parfaitement comment emmener le public. Deuxième énorme plaisir de la journée. Entre deux concerts, je cherche surtout quelques minutes de fraîcheur et me réfugie dans un bâtiment du site. Mauvaise pioche pour le repos, excellente pour le reste. Je tombe nez à nez avec une conférence de presse de CHARCOAL. Et là, forcément, je m’installe. Ce sont des amis, donc inutile de jouer au chroniqueur détaché. Il y a Stéphane, le boss de L’Empreinte, dont la programmation possède une finesse que l’on aimerait retrouver dans davantage de salles, mais surtout quatre mecs en or qui jouent avec le cœur. Et visiblement, qui ont aussi décidé que cette conférence ne serait jamais totalement sérieuse. Fab, le batteur, se transforme en journaliste international et pose en anglais des questions à ses propres camarades. La maîtrise linguistique de l’exercice pourra être débattue, mais l’effet est immédiat et tout le monde se marre. Le plus drôle, c’est que derrière la blague les questions sont réellement précises. J’en ajoute une sur leur amour fou pour U2. Spoiler, l’un des membres du groupe n’est absolument pas disposé à participer au fan-club de Bono. Entre deux éclats de rire, on apprend pourtant pas mal de choses sur le prochain album. Il s’appellera " In Rock We Trust " et sortira le 4 décembre chez Bad Reputation. On découvre aussi son artwork, quelques intentions autour des nouveaux morceaux et l’envie de surprendre un peu ceux qui pensent avoir déjà parfaitement cerné CHARCOAL. Le calendrier est d’ailleurs bien ficelé puisque la troisième CHARCOAL PARTY suivra dès le lendemain, le 5 décembre. Quelques heures plus tard, la scène commence déjà à donner un début de réponse. La setlist fait une vraie place à la nouveauté. Les morceaux ne sont plus seulement des titres dont on parle autour d’une table, ils commencent à vivre devant le public. Et certains confirment que " In Rock We Trust " pourrait bien emmener CHARCOAL un peu ailleurs sans trahir ce qu’ils sont. Je connais ces garçons, donc mon regard n’est évidemment pas neutre, mais une chose ne dépend pas de l’amitié. Ils jouent avec les tripes et ça se voit. Puis vient LOCOMUERTE, presque à domicile à Mennecy. Steve rappelle que leur premier passage ici, après un tremplin, correspondait également à son tout premier concert avec le groupe. Quelques heures plus tôt, il était venu poser sa voix chez BUKOWSKI " sans trop de préparation ". Le voilà maintenant revenu avec sa propre famille. " Parano Booster " et " Demonios " lancent immédiatement les hostilités tandis que " Mi familia " prend ici une saveur toute particulière. Steve rencontre cependant un problème logistique majeur puisqu’il a oublié ses pancartes "A HUEVO". Qu’à cela ne tienne, un crocodile fera l’affaire. Le pauvre animal devient le support pédagogique chargé d’expliquer au public la philosophie LOCOMUERTE. " Los narcos " entretient le chaos avant que " La vida loca " ne transforme définitivement la démonstration en travaux pratiques. Un pote me glisse alors que ce sont " les Locos de l’étape ". La vanne n’est toujours pas de moi, mais elle mérite clairement de survivre. Et pour le plus beau bordel de la journée, eux viennent de poser une candidature extrêmement sérieuse. Quelques dizaines de mètres plus loin, les Polonais de SPHERE remettent la Eye Stage sur ses rails les plus sombres. " Blood Era ", " Conquer the Christians ", " Nails ", puis " Canto I – Limbus " et " Canto V – Ira " font rapidement oublier les crocodiles. On vient de passer d’une démonstration de " vida loca " à du death polonais en quelques minutes, ce qui finit par devenir parfaitement normal à Mennecy. Puis arrive l’un des concerts que cette édition conservera probablement longtemps. TAGADA JONES monte sur scène avec une première particularité spectaculaire. Job est derrière sa batterie malgré une rupture totale du tendon d’Achille droit, gagnée en sautant avec une guitare lors du tournage d’un clip. Pour un batteur, l’idée est objectivement discutable, mais il assure pourtant le concert en compensant avec l’autre pied. L’exclusivité de Mennecy se trouve toutefois ailleurs. Depuis plusieurs années, la ville voulait créer une passerelle entre son Ensemble vocal et le festival. TAGADA JONES accepte l’idée et va même plus loin. Un morceau était initialement envisagé et il y en aura finalement trois, avec vingt-trois choristes et leur cheffe Marina. La préparation a été légèrement sportive. À leur retour de vacances, les choristes découvrent qu’ils disposent d’une semaine pour préparer l’événement, avec des répétitions quasiment en mode commando tous les soirs. Sur scène, ce qui aurait pu n’être qu’une jolie opération municipale devient un vrai moment de musique. Les voix ne sont pas là pour remplir l’arrière-plan d’une photo souvenir. Elles modifient réellement les morceaux, leur donnent une autre ampleur et créent quelque chose qui ne sera probablement jamais reproduit exactement de la même manière. Le matin, on parlait de croisement culturel et cette fois, la formule décrit exactement ce qui se déroule devant nous. La nuit est bien installée lorsque les Norvégiens de CREST OF DARKNESS prennent possession de la Eye Stage et leur black/death n’aurait probablement pas pu demander meilleur horaire. Noir omniprésent, maquillages, silhouettes inquiétantes et théâtralité presque cérémonielle. Après les choristes de Mennecy, nous voilà partis plusieurs centaines de kilomètres plus au nord et quelques étages plus bas dans les enfers. Le contraste est énorme. Reste à fermer le samedi et les Écossais d’ALESTORM n’ont absolument aucune intention de proposer une séance de méditation. " Keelhauled " lance la fête. " The Sunk'n Norwegian ", " Mexico ", " Under Blackened Banners ", " Nancy the Tavern Wench " ou " P.A.R.T.Y. " transforment progressivement le parc en taverne géante. Même " Hangover " de TAIO CRUZ passe naturellement à la moulinette pirate et le rappel enfonce le clou avec " Drink ", " Uzbekistan ", " Fucked With an Anchor " et " Rumpelkombo ". C’est énorme, festif, volontairement idiot par moments et parfaitement assumé. Il y a aussi des canards, beaucoup de canards. Sur le moment, je range simplement le palmipède dans la longue liste des absurdités associées à ALESTORM, sans savoir qu’il vient de décrocher un rôle récurrent dans mon week-end. Dimanche 6 septembre : Quand le corps commence à présenter la facture Deuxième journée pour moi, troisième pour beaucoup d’autres, et les organismes commencent sérieusement à envoyer les factures. Un festival vu de l’extérieur, ce sont des concerts. Vu avec deux boîtiers autour du cou, ce sont aussi des kilomètres à pied, des allers-retours entre les scènes, des changements d’objectifs, des cartes à vider, des photos à trier, des discussions qui commencent alors qu’il faudrait déjà repartir shooter le groupe suivant et cette étrange sensation que le matériel prend deux kilos supplémentaires toutes les trois heures. Le dimanche, mon sac photo possède désormais la densité d’une étoile morte, mes jambes ouvrent des négociations sociales et une information particulièrement inquiétante commence à circuler dans mon cerveau. Demain, c’est lundi. Heureusement, Mennecy possède un carburant bien plus efficace que le café, les gens. Je retrouve Hubert Couturier, un pote de collège. Entre-temps, Hubert est devenu brasseur. Avec son frère Nicolas, il a créé en 2015 à Villebon-sur-Yvette LA BOULEDOGUE, une brasserie artisanale essonnienne née d’une passion devenue métier. Quelques années après sa création, elle proposait déjà une douzaine de références auxquelles venaient s’ajouter des bières saisonnières, éphémères ou collaboratives. Ce week-end, leur Bouledogue française coule aux buvettes du festival. Retrouver un pote de collège des décennies plus tard au milieu d’un festival métal, lui derrière ses bières et moi derrière mes appareils photo, fait partie de ces petits télescopages de vie particulièrement réjouissants. Bonus non négligeable, la bière est bonne. Après plusieurs heures avec le matériel sur le dos, cette précision acquiert une valeur journalistique incontestable. Je retrouve également les POULETTES SISTERS, dont Laurène fait partie, Fabrice qui fait partie des bénévoles, Thierry et toutes ces têtes croisées, recroisées, perdues de vue quelques semaines puis retrouvées devant une scène. Certains sont des amis, d’autres sont devenus des visages familiers à force de concerts. On se salue, on échange deux mots, on repart chacun de son côté et on se retrouve trois groupes plus tard. Tout le monde a le smile et ça fait du bien. C’est peut-être même là que se trouve l’une des différences entre un festival que l’on couvre et un festival que l’on finit par habiter un peu. Une partie du début d’après-midi va justement m’éloigner des scènes. Je passe une grosse demi-heure en tête-à-tête avec Jean-Philippe Dugoin-Clément, puis la discussion se poursuit pendant une trentaine de minutes en groupe. Ce n’est pas une interview destinée à NAWAKPOSSE et il n’est donc pas question d’en dérouler ici les questions et les réponses. La rencontre mérite néanmoins d’être racontée parce qu’elle éclaire ce qui se passe autour de nous. Le MENNECY METAL FEST est un objet culturel assez inhabituel. Il n’est pas simplement accueilli par la ville, il est porté directement par elle. La municipalité assume donc l’organisation, les équipes mobilisées, la programmation et le déficit d’un événement culturel qui n’a pas vocation à devenir une machine à rentabilité. La conversation dépasse rapidement le festival. On parle de la place de la culture dans l’identité d’une ville de 16 000 habitants, du choix du metal comme marqueur culturel, de l’image associée à cette musique, du public, de la taille du festival et de la limite que constitue le parc de Villeroy. Viser 10 000 personnes par jour impliquerait de changer de lieu, de poser des scènes dans de grands espaces ouverts, de transformer l’organisation et finalement de créer un autre festival. La politique finit évidemment par rejoindre la musique. Un festival municipal devient un sujet politique, son coût est discuté, son public est parfois caricaturé et son existence peut être attaquée pour des raisons totalement opposées selon ceux qui parlent. Ce qui ressort surtout de la discussion est une conception assumée de la culture comme dépense publique utile et comme élément d’identité collective. On peut évidemment discuter les montants, les choix ou les priorités, mais pouvoir parler aussi directement de culture, de métal et de politique avec celui qui porte le projet municipal est particulièrement intéressant. La rencontre possède néanmoins un défaut très concret puisque pendant ce temps-là, les groupes jouent. J’arrive malgré tout à récupérer quelques images des Franciliens d’ICELAND et à entendre notamment " Brain Washing ", " Legacy " ou " Traces of Dreams ". Pas suffisamment pour prétendre avoir vécu l’intégralité du concert. Même prudence avec SEVEN METAL SINS, aperçu principalement de loin au moment où la conversation touche à sa fin. Le vrai retour devant les scènes se fait avec les Franciliens de DREAMCATCHER. " Non, nous ne sommes pas le groupe de K-pop ! " Merci pour la précision. " A Battle We Could Not Win ", " Full Blooded Indians " et " The Woman in White " installent un heavy métal nettement plus traditionnel que ce que pourrait laisser imaginer une recherche Google un peu trop rapide. Puis viennent les Cannois de HEART ATTACK. Le groupe ne m’est évidemment pas inconnu puisque je l’avais notamment croisé au Hellfest 2022 puis lors du Furios Fest 2023. Ce qui m’intéresse ici est moins de refaire le match que de voir comment HEART ATTACK continue à faire vivre " Negative Sun ". La puissance de leur thrash moderne reste intacte et les circle-pits aussi, mais le groupe sait jouer sur davantage de contrastes. Une danseuse apparaît déjà au milieu de cette violence organisée, puis la soprano Audrey Dandeville rejoint le groupe sur " Negative Sun ". Le morceau change alors de dimension. La voix lyrique ne vient pas adoucir le thrash. Elle crée au contraire une tension supplémentaire face à la masse des guitares. Deux mondes qui, sur le papier, pourraient se regarder avec méfiance et qui fonctionnent magnifiquement ensemble sur scène. L’un des très beaux moments du dimanche. PSYKUP faisait partie de mes grosses attentes. Les Toulousains viennent défendre " The Joke Of Tomorrow ", sorti en 2025, mais le public attend évidemment aussi les morceaux de " Hello Karma! " et d’un catalogue qui commence sérieusement à peser. Cela faisait surtout longtemps que je ne les avais pas revus depuis l’évolution du line-up. Je cherche donc un peu mes repères au départ avant que PSYKUP reprenne rapidement ses mauvaises habitudes. Le set de festival est beaucoup plus court que celui donné quelques mois auparavant au Petit Bain et il faut donc condenser la folie. Je crois reconnaître " To Be(tray)... " dans la sélection de Mennecy, mais pas suffisamment pour transformer mon souvenir en vérité officielle. Une chose, en revanche, ne souffre aucun doute puisque " Teacher " ferme le concert. Quelle que soit la liste exacte des morceaux entre les deux, l’essentiel reste intact avec cette capacité à passer du brutal au barré, du lourd au presque absurde, sans demander l’autorisation. Ils appellent toujours ça de l’ "autruche core". Je ne sais toujours pas exactement ce que c’est, mais j’aime toujours ça. Les Suédois de LIV SIN prennent ensuite possession de la Eye Stage et Liv Jagrell impose immédiatement sa présence. Le groupe vient défendre " Close Your Eyes “, sorti en 2025, et le concert déroule " Run ", " Forget My Name ", " Above the Line ", " Let Me Out ", " I Am the Storm ", " It's Not Your Life ", " Chapter of the Witch ", " King of the Damned " puis " Louder ". Heavy moderne, mélodies, agressivité et une voix capable de naviguer entre plusieurs registres sans jamais perdre le contrôle. Après HOULE la veille, autre présence féminine particulièrement forte, mais dans un univers totalement différent. Attente validée. Puis vient HELLDEBERT pour son ultime date, son enterrement, mais un enterrement où les gamins sont sur les épaules de leurs parents et où tout le monde sourit. À ce stade du dimanche, la fatigue est pourtant bien présente. Les enfants ont repris l’école quelques jours plus tôt et les adultes savent qu’ils reprennent le boulot quelques heures plus tard. HELLDEBERT arrive donc avec une discographie particulièrement adaptée à la situation. Les morceaux autour de l’école prennent forcément une saveur particulière. " Pour louper l'école " rencontre une adhésion immédiate et probablement pas uniquement chez les moins de douze ans. À cette heure-là, je connais personnellement quelques adultes qui accepteraient volontiers un certificat médical pour le lendemain. Le spectacle réussit surtout ce petit miracle qui fait toute la force du projet en faisant du métal pour les enfants sans prendre les enfants pour des idiots. Le son reste énorme, les musiciens jouent réellement, les pogos sont gentils mais bien présents et les parents n’ont pas l’impression d’avoir tiré la mauvaise paille pour accompagner leur progéniture. " Le cartel des cartables ", consacré au harcèlement scolaire, rappelle aussi que derrière l’humour, HELLDEBERT sait aborder des sujets beaucoup plus lourds. La version originale réunissait Max et Igor Cavalera, preuve supplémentaire que le projet n’utilise pas le métal comme un simple costume. Lorsque Fœtus vient rejoindre la fête sur " Super Mamie ", le joyeux bordel familial atteint un nouveau niveau. L’image est belle avec des enfants, des parents, des guitares, des pogos et absolument personne pour trouver l’association étrange. Difficile de trouver meilleure définition du mot familial appliqué à un festival metal. Quelques minutes plus tard, CATALYST se charge de rappeler que la Eye Stage n’a signé aucune convention avec l’Éducation nationale. Appelé au dernier moment pour remplacer EXOCRINE, le groupe ne vient clairement pas distribuer des berlingots. Death technique, dense, massif, exigeant. Après HELLDEBERT, le grand écart est superbe. Mon organisme, en revanche, commence officiellement à demander l’ouverture d’une procédure de sauvegarde. Le dos négocie, les jambes déposent des réserves, le cerveau tourne sur sa dernière barrette de RAM et demain, vraiment, c’est lundi. Il reste pourtant un dernier groupe et il s’appelle ULTRA VOMIT. " Evier métal ", " Le coq ", " Doigts de Métal ", " Quand j'étais petit ", " Takoyaki ", " Calojira "… Le sérieux revient immédiatement. Ou pas. Les Nantais maîtrisent depuis longtemps cet art étrange qui consiste à faire n’importe quoi avec une précision redoutable. Il ne faut jamais oublier derrière les blagues et le scato que ces garçons sont d’excellents musiciens. Pour parodier autant de styles avec autant de justesse, il faut d’abord parfaitement les connaître. " Ricard Peinard ", " Patatas bravas ", " Tikawahukwa ", " Toxoplasma Gondii (Felinus Santus) " précèdent " Je collectionne des canards (vivants) ". Évidemment. Après ALESTORM la veille, revoilà notre palmipède. À ce stade, ce n’est plus une coïncidence, c’est une ligne éditoriale et le canard peut officiellement demander son pass trois jours pour 2027. " Les brunes comptent pas pour des prunes ", " Keken ", " Boulangerie pâtisserie ", " Mortal konkass ", " Mouss 2 Mass ", " Dead Robot Zombie Cop From Outer Space II ", " La puissance du pouvoir " puis " A.N.U.S. " finissent de mettre les derniers neurones disponibles hors service. Le parc de Villeroy peut enfin retrouver son calme. Moi aussi, enfin théoriquement, parce qu’il reste les cartes mémoire, les photos, le retour et cette vérité particulièrement cruelle qu’aucun programmateur n’a prévu de décaler le lundi matin pour cause de MENNECY METAL FEST. Je repars surtout avec autre chose que de la fatigue. Avec HOULE et CELKILT parmi les grosses surprises, avec le plaisir de revoir BUKOWSKI, CHARCOAL, LOCOMUERTE, TAGADA JONES, HEART ATTACK, PSYKUP ou ULTRA VOMIT. Avec Steve montant presque à l’arrache chez BUKOWSKI avant de retrouver son crocodile quelques heures plus tard, vingt-trois choristes derrière TAGADA JONES, Audrey Dandeville faisant entrer une voix lyrique dans " Negative Sun ", les gamins devant HELLDEBERT, une affiche qui en jette, un bracelet cashless et l’un des mille gobelets qui devaient être six mille et sont donc devenus collectors sans l’avoir demandé. Je repars aussi avec les gens. Avec Hubert, le pote de collège devenu brasseur, lui derrière sa Bouledogue française et moi derrière mes appareils photo. Avec Laurène et les POULETTES SISTERS, Fabrice en bénévole, Thierry, les copains de CHARCOAL et toutes ces têtes croisées et recroisées au fil des salles et des festivals. On se salue, on discute cinq minutes, on se perd et on se retrouve trois groupes plus tard. Tout le monde a le smile et ça fait du bien. C’est probablement là que se trouve la vraie différence entre un festival que l’on vient simplement couvrir et un festival que l’on commence à habiter un peu. Le MENNECY METAL FEST n’a aucun intérêt à devenir un petit Hellfest. Son intérêt est précisément d’être Mennecy, un endroit où l’on peut passer en quelques minutes d’un black métal en ciré au punk celtique, d’un ensemble vocal municipal à du death polonais et d’un concert pensé pour les enfants à CATALYST. C’est aussi un festival où un batteur interroge ses propres collègues en anglais pendant une conférence de presse, où un crocodile remplace des pancartes oubliées, où un vieux pote de collège sert la bière, où un problème de livraison transforme un gobelet en collector et où les canards finissent par devenir un fil rouge parfaitement involontaire. Un endroit qui grandit, se professionnalise, change d’identité visuelle, adopte le cashless, accueille davantage de monde, mais où l’on peut encore passer son week-end à croiser les mêmes visages souriants. C’est probablement cela qu’il faut préserver. Après deux jours, des milliers de photos et beaucoup trop de kilomètres à pied, je suis fracassé, mais j’ai le smile aussi. Demain, c’est lundi. Et ça, en revanche, personne n’a encore trouvé comment l’annuler. (Review et photos réalisées par Djaycee) <<< Retour >>> |