| FEAR FACTORY + CRYSTAL LAKE + HATE + THE NOCTURNAL AFFAIR Paris le 29/09/26 (Le Trabendo) ![]() Une après-midi passée dans les coulisses du Trabendo, les balances des groupes en fond sonore, une longue discussion avec Dino Cazares et même quelques photos de STATIC-X prises en 1999 montrées à Tony Campos… Il serait presque facile d’oublier qu’à un moment, il faut aussi entrer dans la salle. Et ce mardi 29 septembre, l’affiche promet justement un grand écart assez spectaculaire entre rock sombre, death métal liturgique, metalcore japonais en roue libre et la mécanique industrielle de FEAR FACTORY. Quatre groupes, quatre ambiances et, au bout de la soirée, quelques certitudes sérieusement malmenées. THE NOCTURNAL AFFAIR a la lourde tâche d’ouvrir alors que le Trabendo se remplit encore. Et avant même de jouer, le groupe a déjà une histoire à raconter. Son batteur a dû être hospitalisé en urgence à Rome pour une appendicite. Paul a donc été appelé au pied levé pour assurer la tournée. Pas exactement le genre de préparation idéale lorsqu’on s’apprête à débarquer pour la première fois en France. Le chanteur, lui, est manifestement ravi d’être à Paris. Il tente quelques mots en français, évoque le Bordeaux qu’il a eu l’occasion de goûter et s’amuse de sa propre prononciation. " Je l’ai bien dit ? " demande-t-il au public. Oui. À peu près. Et puisque cette première tentative s’est bien passée, autant prévenir tout de suite que le reste sera probablement beaucoup plus bordélique. Musicalement, THE NOCTURNAL AFFAIR propose un rock métal sombre et accrocheur qui ne cherche pas à écraser la salle sous les décibels. " Cross Me ", " Choke ", " Benefit ", " Place In Time " ou " Deal With It " installent progressivement leur univers. Le groupe remercie plusieurs fois les têtes d’affiche de lui avoir permis de participer à cette tournée et bénéficie d’un accueil plutôt chaleureux malgré une salle encore en phase d’échauffement. " Oxygen ", l’un de leurs morceaux les plus récents, arrive sur la fin du set. Le groupe rappelle que le titre s’est hissé dans le Top 40 américain avant le départ en tournée. Puis vient le petit plaisir improbable du soir. " What Is Love " de HADDAWAY passe à la moulinette métal. Oui, le tube eurodance. Oui, celui-là. " Baby don’t hurt me, don’t hurt me, no more ", avec des guitares. La frontière entre nostalgie 90s et métal vient officiellement d’être abolie. Setlist : 1. Cross Me 2. Choke 3. Benefit 4. Place In Time 5. Deal With It 6. Oxygen 7. What Is Love Après cette ouverture presque légère, le changement d’atmosphère est brutal. Avec HATE, même salle, autre monde. Quelques minutes suffisent pour transformer le Trabendo en chapelle funéraire. Visages maquillés, crânes disposés sur scène, encensoirs et éclairages rouges omniprésents. Si THE NOCTURNAL AFFAIR venait de reprendre " What Is Love ", HATE nous fait immédiatement basculer dans une messe noire statique. L’affiche de ce soir a au moins le mérite de ne pas pratiquer la monotonie. Pour les photographes, la scénographie est nettement moins sympathique. Le Trabendo dispose déjà d’une fosse photo lilliputienne et HATE ajoute au milieu de la scène un praticable surmonté d’un élément en bois qui masque habituellement le pied de micro. Les angles se réduisent encore. Nous sommes sept ou huit dans le pit et une bonne moitié possède la carrure d’un ailier de rugby. Peu de recul, lumières essentiellement rouges, stroboscopes, fumée et musiciens souvent plongés dans l’ombre. On a connu conditions plus simples pour shooter. Mais il y a au moins une fosse photo, ce qui dans cette salle n’est pas systématique. Sur scène, HATE installe son univers dès " Bellum Regiis ". " Erebos " puis " Sovereign Sanctity " prolongent cette ambiance sombre et cérémonielle. Peu de gestes inutiles, peu de place laissée au spectaculaire au sens classique du terme. Tout repose davantage sur la masse sonore, la tension et cette impression de rituel qui ne quitte jamais vraiment le set. Le growl est profond, les guitares massives et surtout le batteur possède une frappe redoutable, sèche et frontale, qui donne au groupe une puissance presque mécanique. Le public est très majoritairement masculin, souvent autour de la quarantaine, et les t-shirts FEAR FACTORY occupent déjà une large partie du paysage textile. Pas besoin d’une étude sociologique poussée pour comprendre pour qui la majorité est venue ce soir. Pourtant, les réactions suivent les invectives lancées depuis la scène. " Rugia " marque le milieu du set sans casser cette ligne directrice compacte, puis " Iphigenia " poursuit l’immersion dans cette esthétique noire et solennelle. Ce n’est pas nécessairement la partie la plus fun de ma soirée, mais certains autour de moi vivent clairement leur moment. Et il faut reconnaître à HATE une cohérence totale du début à la fin. Le groupe prend même le temps de remercier la salle en français avant " The Vanguard ", précédé d’une introduction instrumentale qui laisse monter la tension avant que les blasts ne viennent une dernière fois nettoyer les tympans. Et puisque les crânes, l’encens et les lumières rouges sont progressivement remballés sans qu’aucune victime n’ait été découverte, on peut confirmer qu’aucun sacrifice humain n’aura finalement été pratiqué pendant le show. Léon XIV peut dormir tranquille, il est bien reparti de France. Setlist : 1. Bellum Regiis 2. Erebos 3. Sovereign Sanctity 4. Rugia 5. Iphigenia 6. The Vanguard Il est désormais temps pour CRYSTAL LAKE de monter sur scène. Et là, la soirée change complètement de dimension. Le groupe aperçu quelques heures plus tôt pendant les balances était plutôt sage. Une fois sur scène, il n’en reste absolument rien. Dès " Everblack ", CRYSTAL LAKE se lâche complètement. Les Japonais réclament des jumps, poussent le public au circle-pit et ne laissent quasiment aucun temps mort. Après la solennité pesante de HATE, le contraste est énorme. En quelques minutes, le Trabendo passe de la messe noire à une salle traversée par une énergie presque incontrôlable. " BludGod ", " Hail To The Fire " puis " Six Feet Under " entretiennent cette sensation de mouvement permanent. Les cinq musiciens jouent comme s’ils avaient soudain décidé que la scène était trop petite pour eux. Le batteur lui-même finit par se lever derrière son kit pour haranguer la salle, tandis que devant lui les autres multiplient les déplacements et les appels au public. Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Park "PK" Kang Hyun, le nouveau chanteur de CRYSTAL LAKE, s’est déjà installé dans le groupe. Rien dans son attitude ne donne l’impression d’un frontman encore en phase d’intégration. Il occupe l’espace, dirige la fosse, grimpe sur les amplis et pousse constamment CRYSTAL LAKE vers l’avant. Sa présence donne au groupe une dimension immédiatement fédératrice. " Prometheus " fait encore monter la pression d’un cran. Jusqu’ici, la salle bougeait beaucoup. À partir de là, elle commence franchement à partir en vrille. Les musiciens ne cessent de relancer la foule et le public répond à chaque sollicitation. Le backdrop intégralement noir derrière eux devient presque ironique tant ce qui se passe devant est explosif. Le bassiste enchaîne les "arigato", visiblement heureux d’être à Paris, et cette bonne humeur contraste encore davantage avec la violence musicale du set. CRYSTAL LAKE ne joue pas seulement fort. Le groupe partage constamment ce qui se passe sur scène avec la salle et c’est probablement ce qui fait la différence. " The Weight Of Sound " offre ensuite l’un des moments les plus marquants du concert. PK demande au public d’allumer les lumières de ses téléphones et, progressivement, le Trabendo s’illumine. L’image tranche avec la furie qui dominait quelques secondes plus tôt. Le morceau permet surtout au nouveau frontman de montrer tout son registre. La dernière partie se fait presque ballade, loin de la violence des titres précédents, et donne une autre couleur à son chant. Puis " Apollo " remet tout le monde debout. Les mains se lèvent, la salle saute avec le groupe et l’impression de chaos organisé revient immédiatement. PK finit par partir en slam, un guitariste joue perché sur les amplis et CRYSTAL LAKE donne le sentiment de vouloir utiliser jusqu’au dernier centimètre disponible de la scène. Le groupe constitue clairement la bonne surprise de la soirée. Pas uniquement parce qu’il joue fort ou parce que les breakdowns fonctionnent. C’est l’impression de partage permanent qui reste. L’énergie part de la scène, revient du public et repart aussitôt dans l’autre sens. À la fin d’" Apollo ", le Trabendo est chauffé à blanc. Quelques heures plus tôt, en les voyant plutôt tranquilles pendant les balances, difficile d’imaginer qu’ils allaient à ce point retourner la salle. Setlist : 1. Everblack 2. BludGod 3. Hail To The Fire 4. Six Feet Under 5. Prometheus 6. The Weight Of Sound 7. Apollo Il reste pourtant la raison principale pour laquelle le Trabendo est plein ce soir : FEAR FACTORY. Je les ai vus plusieurs fois, notamment au HELLFEST, mais cette date possède une saveur un peu particulière. Quelques heures plus tôt, Dino Cazares revenait longuement sur cette nouvelle incarnation du groupe. Milo Silvestro au chant, Tony Campos à la basse, Pete Webber derrière les fûts et Dino, évidemment, à la guitare. Une formation désormais rodée par plusieurs années de tournée et qui aborde une nouvelle période avec " Roboticist ". Pas de long round d’observation. " Acres Of Skin " ouvre les hostilités et FEAR FACTORY retrouve immédiatement cette mécanique si particulière, faite de riffs saccadés, de batterie chirurgicale et de contrastes entre agressivité et refrains plus mélodiques. " Industrial Discipline " puis " Powershifter " enchaînent et le Trabendo réagit immédiatement. Là où les premières parties devaient conquérir le public, FEAR FACTORY n’a évidemment pas ce problème. " Shock " replonge ensuite dans " Obsolete ", avant l’un des moments les plus intéressants du début de set. PK revient sur scène pour " Edgecrusher ". Après avoir retourné la salle avec son propre groupe, il vient prêter sa voix à l’un des morceaux les plus emblématiques de FEAR FACTORY. La rencontre fonctionne parfaitement et crée un vrai lien entre les deux générations présentes sur l’affiche. " Linchpin " continue de jouer la carte des classiques avant " No One " et " Invisible Wounds (Dark Bodies) ". La setlist pioche largement dans l’histoire du groupe sans donner l’impression d’un simple exercice nostalgique. Dino Cazares reste évidemment le gardien de l’identité musicale de FEAR FACTORY, mais cette formation n’a plus grand-chose d’un line-up provisoire. Tony Campos est une connaissance de très longue date de Dino, Pete Webber apporte une précision monstrueuse derrière les fûts et Milo Silvestro n’est plus simplement "le nouveau chanteur". " Soul Hacker " ouvre ensuite une séquence plus récente avant l’arrivée de " Roboticist ". Le morceau est encore seul à représenter publiquement la prochaine étape du groupe, mais il s’intègre étonnamment naturellement au milieu du catalogue. Les ingrédients sont immédiatement identifiables sans donner l’impression d’une photocopie des années 90. Et puis FEAR FACTORY remonte encore dans le temps. " Martyr " rappelle les premières années avant " Arise Above Oppression ". " Archetype " vient ensuite fermer le set principal avec son refrain massif. Évidemment, personne ne croit vraiment que le groupe va partir ainsi. Le rappel débute avec " Demanufactur e". Dès les premières secondes, la salle comprend parfaitement ce qui arrive. " Zero Signal " poursuit la plongée dans l’un des albums essentiels du métal industriel des années 90 avant que " Replica " ne déclenche une nouvelle réaction massive. " Resurrection " vient finalement clore la soirée. Plus de vingt-cinq ans après mes premières rencontres live avec cette musique, le plaisir reste intact. FEAR FACTORY n’essaie pas de faire oublier son passé, ce qui serait de toute façon absurde compte tenu du poids de disques comme " Demanufacture " ou " Obsolete ". Mais ce concert montre surtout que le groupe ne vit pas uniquement dessus. Setlist : 1. Acres Of Skin 2. Industrial Discipline 3. Powershifter 4. Shock 5. Edgecrusher (feat. Park "PK" Kang Hyun) 6. Linchpin 7. No One 8. Invisible Wounds (Dark Bodies) 9. Soul Hacker 10. Roboticist 1. Martyr 12. Arise Above Oppression 13. Archetype 14. Demanufacture 15. Zero Signal 16. Replica 17. Resurrection Et au terme d’une soirée commencée avec une reprise métal de HADDAWAY, passée par une messe noire polonaise puis par la folie totale de cinq Japonais avant de finir sous les riffs mécaniques de Dino Cazares, une chose est certaine. On ne pourra pas reprocher à cette affiche d’avoir proposé quatre fois le même concert. (Review et photos réalisées par Djaycee) <<< Retour >>> |