| DOPPLER + TABATHA CRASH Paris le 08/05/26 (L'Alimentation Générale) Il y a des concerts auxquels on assiste. Et puis il y a ceux que l’on vit comme une sorte de rendez-vous nécessaire. Ce 8 mai 2026 à l’alimentation Générale appartient clairement à la seconde catégorie. La faute à Ted de W-FENEC, qui m’avait prévenu quelques mois plus tôt avec ce ton très sérieux qu’il réserve aux groupes qui comptent vraiment : " DOPPLER, tu ne peux pas manquer ça. " Bon. Message reçu. Arrivée quarante-cinq minutes avant l’ouverture des portes, histoire de retrouver la petite faune habituelle des concerts parisiens. Ted est déjà là, évidemment. Fred de Carousel Feeling aussi. On discute tranquillement, installés à deux tables du groupe. Ambiance presque détendue avant le chaos. Presque seulement, parce qu’on sent déjà que la soirée ne sera ni calme ni confortable. Et effectivement, l’alimentation Générale confirme rapidement qu’elle reste un endroit aussi attachant qu’improbable. La scène est minuscule, coincée dans un espace qui semble avoir été pensé par quelqu’un n’ayant jamais assisté à un concert. Pour les photographes, c’est une punition. Angles compliqués, recul inexistant, lumière capricieuse et sans nuance – DOPPLER demandera même " un peu de lumière, on ne voit pas nos doigts… ". Pour le public, ce n’est guère mieux : tout le monde finit compacté dans un petit carré humain où chaque déplacement ressemble à une négociation diplomatique sous tension. Mais paradoxalement, ce côté étouffant colle parfaitement à l’esprit de la soirée. Car dès l’arrivée de TABATHA CRASH, il devient évident qu’on ne va pas passer la soirée à boire des IPA artisanales en hochant poliment la tête. Le trio est composé de Thierry Cottrel à la batterie, Geoffrey Jégat pour la quatre cordes Benoit Malevergne, guitare chant et avait annoncé la couleur dès leur premier EP présentant un homme en camisole de force, ils ne sont pas là pour faire de la variété dansante… d’ailleurs les tote bag de DOPPLER le rappelaient bien au merch "ils font de la musique que personne ne danse". " You wanna know what the truth is? " balance Benoît dès " The Truth ". Et non, manifestement, il ne va pas nous révéler les secrets de l’univers. À la place, le trio parisien envoie un noise rock nerveux, abrasif, parfois franchement hystérique, qui transforme immédiatement la salle en cocotte-minute. " Mate " et " The Note " installent cette sensation d’urgence permanente. Le son est sale, tendu, sans recherche de séduction. TABATHA CRASH avance à coups de cassures rythmiques et de décharges électriques. " September " ralentit légèrement la cadence mais conserve ce côté autoritaire et heurté qui caractérise le groupe. La basse et la batterie semblent constamment s’amuser à déstabiliser les morceaux pendant que les guitares grincent comme des structures métalliques sur le point de céder. " That Place " pousse encore plus loin les passages instrumentaux bruitistes. "Our Land" devient quasiment incontrôlable dans cette salle trop petite. Ça danse, ça se percute, ça déborde légèrement de partout. Et puis survient probablement le moment le plus humainement drôle du set : entre " Kick Scoot " qui semble être un nouveau morceau et " Bomb ", le guitariste/chanteur est pris de crampes à force de jouer trop vite. Le gars joue avec une telle intensité qu’il finit trahi par son propre corps. La scène prête évidemment à sourire mais résume parfaitement TABATHA CRASH : un groupe qui joue comme si chaque morceau devait être terminé avant l’effondrement général du bâtiment. " Moscow Paris " finit d’essorer les survivants avec ses guitares totalement en roue libre avant un " We Need To Talk " final qui laisse la salle rincée, suante et franchement ravie. Set-list : 1. The Truth 2. Mate 3. The Note 4. September 5. That Place 6. Our Land 7. Kick Scoot 8. Bomb 9. Moscow Paris 10. We Need To Talk Petite pause ensuite. Enfin… petite pause pour les autres. Ted et Fred filent chercher des bières pendant que je reste planté là. Hors de question de perdre un emplacement avant DOPPLER. Parce que oui, ce soir, c’est surtout pour eux que nous sommes là. Et voir débarquer DOPPLER sur cette minuscule scène parisienne provoque immédiatement quelque chose d’assez particulier. Eux qui par le passé ont foulé des plus grandes scènes avec même les Américains de A PLACE TO BURY STRANGER en première partie… Déjà parce qu’il y a le plaisir sincère de revoir Yann Coste derrière les fûts. Forcément, impossible de ne pas penser à ses passages chez PROHOM et NO ONE IS INNOCENT, mais surtout aux formidables FILLS MONKEYS, où son sens du rythme et sa musicalité explosent complètement en plus d’un don inné pour haranguer le public, qu’il mettra fortement à contribution ce soir. Le voir replonger ici dans cet univers noise dense et abrasif a quelque chose de réjouissant. Et dès " The Screening Stops ", DOPPLER rappelle pourquoi le groupe garde cette aura quasi-culte auprès des amateurs de noise française. La musique du trio ne fonctionne pas comme une succession de chansons classiques. Elle agit plutôt comme un organisme vivant. Quelque chose qui respire, se contracte, se tend puis explose. La basse de Xavier-Alexandre Amado gronde profondément tandis que les guitares de Yoann Brière avancent en spirales abrasives, avec cette capacité fascinante à créer simultanément du chaos et de la précision. A noté que Xavier n’a pas de micro à proprement parler, il chante dans un mégaphone posé au sol relié à une sorte de micro en mode talkie-walkie. " My Third Life, Minimum!!! " déclenche immédiatement les premiers vrais mouvements de foule. Le morceau reste monstrueux de maîtrise rythmique. Ça part dans tous les sens sans jamais perdre le fil. Le public, lui, comprend rapidement qu’il ne pourra pas simplement assister passivement au concert. DOPPLER aspire littéralement la salle dans son flux sonore. Au bout de deux titres Yann se met torse nu pour rentrer encore plus dans la bataille. " We Are Not Sick... " puis " 6 Centimetres " installent progressivement cette mécanique hypnotique qui a toujours fait la force du groupe. Les répétitions deviennent des outils de tension. Les ruptures arrivent sans prévenir. Certains passages semblent presque suspendre le temps avant que tout ne reparte dans une nouvelle décharge sonore. Et ce qui frappe surtout ce soir-là, c’est à quel point DOPPLER maîtrise l’art du relief. Beaucoup de groupes noise jouent fort du début à la fin. DOPPLER, lui, sait respirer. Les moments plus calmes ne servent jamais de simples pauses : ils préparent l’impact suivant. " Incipit Excipit " en est probablement l’un des meilleurs exemples du set, lancé par le sample de cette question " Pourquoi ce disque ? " faisant écho au titre de l’album. Le morceau avance lentement, presque insidieusement, avant de déployer progressivement toute sa puissance. Dans cette salle étroite (heureusement bien aérée…), l’effet devient presque physique. " Of Pieces That Break " pousse encore plus loin cette logique de montée sous pression permanente. On sent le groupe totalement connecté. Pas besoin de grands gestes ni d’effets de scène démonstratifs. Tout passe dans les regards, les dynamiques, les micro-variations rythmiques. " No One Available " agit ensuite comme une immense vague hypnotique. La salle entière semble basculer dans un état semi-transe où les corps bougent presque malgré eux. Même les spectateurs les plus statiques finissent par se laisser embarquer par cette espèce de mouvement collectif étrange. Xavier renverse sa bière et se met à genoux pour lécher la flaque… des déglingos, nous ne le répéterons pas assez. Et puis il y a " Piano Cassé ". Sans doute l’un des grands moments du concert. Xavier lance un "c’est mon fils que tu entends là" dès que le sample est lancé. Le morceau déploie cette capacité typiquement DOPPLER à faire émerger une émotion réelle du chaos sonore. Les guitares deviennent presque aériennes par moments avant de replonger dans la saturation massive. Magnifique. Évidemment, comme toute soirée parisienne un peu trop dense, il fallait aussi son élément perturbateur. En l’occurrence, un improbable sosie de Gérard Larcher sous quatre grammes qui décide soudainement qu’il DOIT atteindre le premier rang coûte que coûte. Le type bouscule tout le monde, filme de manière totalement erratique avec son téléphone tenu à bout de bras, réalise des clappings d’une violence que ne renierait pas un épileptique sous tension et beugle entre les morceaux comme un veau qu’on égorge. Une vraie performance parallèle. Heureusement, le destin finit par faire correctement les choses : pris d’une irrépressible envie de pisser, notre troubadour quitte enfin la fosse (même si la scène est à 30 cm du sol, parlons tout de même de fosse…). Et instantanément, les gens autour retrouvent une forme de sérénité intérieure. " The Last Drop " premier single du nouvel album " Pourquoi ce disque ? " remet immédiatement tout le monde d’accord avec sa montée de tension implacable. Le groupe remercie Antonin qui les accompagne mais surtout qui leur a remis le pied à l’étrier. Puis vient " Il manifesto ", immense pièce évolutive qui semble constamment chercher le point de rupture sans jamais totalement l’atteindre. Et enfin " Snowflakes In An Avalanche ". Le morceau agit comme une longue décompression émotionnelle. Une immense fresque hypnotique où le groupe étire le temps jusqu’à l’épuisement sensoriel. Les dernières minutes sont absolument captivantes. La saturation devient presque méditative. La salle entière semble suspendue à cette vague sonore qui ne finit jamais vraiment. Le groupe est prêt à quitter la scène sous une ovation sincère. Et là, évidemment, le public réclame immédiatement " Roquette ". Ce n’était pas prévu sur la set-list. Mais la demande devient rapidement collective. Et heureusement, DOPPLER finit par céder. Le rappel transforme alors L’Alimentation Générale en dernière explosion de décibels, comme un cadeau final adressé à un public totalement conquis. Set-list : 1. The Screening Stops 2. My Third Life, Minimum!!! 3. We Are Not Sick... 4. 6 Centimetres 5. Incipit Excipit 6. Of Pieces That Break 7. No One Available 8. Piano Cassé 9. New Balls 10. The Last Drop 11. Il manifesto 12. Snowflakes In An Avalanche Rappel : 13. Roquette Super soirée. Étouffante, bruyante, parfois bordélique, mais profondément vivante. Le genre de concert qui rappelle pourquoi on continue à traîner dans des petites salles à finir trempés de sueur avec les oreilles en vrac. Et comme un joli point final, la nuit se termine par un petit shooting photo avec le groupe. Après une petite heure d’attente néanmoins mais c’était l’occasion de trinquer une nouvelle fois et de refaire le monde. Merci Antonin pour l’accred. Merci au groupe pour leur disponibilité. Merci à Ted et Fred pour cette bonne soirée. Yann, le rendez-vous est pris pour le 24 octobre : FILLS MONKEY à l’Olympia. (Review et photos réalisées par Djaycee) <<< Retour >>> |