DEPORTIVO + RAVAGE CLUB
Paris le 05/06/26
(La Maroquinerie)


Deportivo

Tout avait commencé par un hasard à l'EMB. Ce soir-là, je croise Vincent David, guitariste de DEPORTIVO, et on échange sur les quatre dates prévues à la Maroquinerie. Je lui demande s'il sera sur scène. " Oui, je ferai une apparition comme au Trianon, tous les soirs ". Pas prévu au programme de ma semaine, mais on se donne rendez-vous vendredi. Un échange avec Arnaud Fournier, tour manager de DEPORTIVO, membre du groupe, qu'on avait eu le plaisir d'interviewer pour la sortie de son album solo, et me voilà sur liste pour la deuxième date sur quatre. Celle qui va laisser des stigmates.

J'arrive pile à l'ouverture des portes. Je vais saluer mon hôte de la soirée, Arnaud, puis je file me caler au premier rang : une Maroquinerie blindée et compacte n'est jamais synonyme de belles photos. Arnaud me glisse avec un sourire coquin que la setlist de ce soir est " plus calme qu'hier ". Il sera largement démenti par les faits. La salle se remplit doucement. Les t-shirts DEPORTIVO toutes époques sont de sortie. On voit des gens qui traînent ce groupe depuis vingt ans, qui connaissent chaque accord, chaque silence. Peu de monde là pour RAVAGE CLUB. Le groupe va devoir prendre sa place à coups de riffs.

Ce soir, RAVAGE CLUB se présente en trio : Acidula, alias Claudia, au chant et à la basse, Vinz, Vincent, à la guitare, et derrière les fûts, Vincent Hernault. Je ne le reconnais qu'au bout de quelques titres, le garçon ayant troqué ses cheveux longs pour une coupe plus courte et ne se mettant pas torse nu dès le deuxième morceau, contrairement à ses habitudes de l'époque LOFOFORA. Vinz arbore un maillot Wembanyama et un bas de jogging. Acidula, chemisier et pantalon noirs. Deux gueules déjà brûlées, comme dit leur bio, qui se connaissent depuis Boulogne-sur-Mer, depuis l'adolescence, depuis JACK'S ON FIRE. Et on sent qu'il faut au moins ça pour tenir dans une Maroquinerie au bord de l'implosion.
" Tako-Tsubo " ouvre le set presque comme un mantra, une incantation hypnotique avant que tout ne s'emballe. Ça va vite, ça joue juste, les paroles accrochent. Le public, encore clairsemé, commence à se rapprocher de la scène, attiré malgré lui. " Stress " monte encore d'un cran. La barre avait pourtant été placée haut dès le premier titre. " Dingogo " confirme que le trio tient la cadence sans fléchir. Ces trois premiers titres sont des inédits issus de " Silymarine ", leur premier album à paraître chez At(h)ome, le label indé de LOFOFORA, AqME ou KENT, qui les a signés après des années à construire leur crédibilité sur scène : Rock en Seine découverte Île-de-France à l'été 2022, premières parties pour LES WAMPAS et DEPORTIVO, le MAMA, une base solide à l'Aéronef de Lille, l'Olympia en ouverture de TAGADA JONES. Neuf titres sont prévus pour 2027. Ce soir, on en aura cinq en avant-première.
Il faut attendre " Sans toi " pour retrouver un titre déjà sorti, extrait de l'EP éponyme de 2024 mixé par Remy Boy. Sur " Ça m'électrise ", le public est conquis, électrisé au sens propre. Quelques pogos timides commencent à éclore au premier rang. Puis vient " Ecchymoses ". Vinz pose sa guitare et la tend à Alexandra Gilles, qui rejoint Acidula pour un moment guitare-voix à deux femmes, une balade âpre et belle, suspendue entre la tendresse et l'acide. " Je porte des je t'aime sous mes œdèmes ", " je pose des écrits roses sur toi et sur mes bleus pour qu'ils deviennent mauves ". La plume est fine, acerbe. Un instant de grâce dans un set électrique, sur le fil. La salle, l'espace d'un titre, retient son souffle.
Le calme se dissipe dès les premiers riffs de " L'incident ". Et sur " Iggy Pop ", " je veux danser sur Iggy Pop sur mes chansons ", Acidula lâche sa basse à Kevin, homme-orchestre derrière son projet solo THE PSYCHO CANDIES, entre noise, post-punk et shoegazing, pour se consacrer entièrement au chant. Le quatuor ainsi formé est catchy, libéré, et la salle qui n'était pas venue pour eux commence sérieusement à changer d'avis.
Le set se referme sur un furieux " Touche pas au grisbi ! ". La Maroquinerie est chaude, les corps se collent, la sueur commence à perler. Si je ne peux pas faire une vidéo correcte de cette soirée, c'est peut-être bien à cause d'eux, les meilleurs coachs d'étirement pour pogos musclés qu'on ait vus depuis longtemps. La boucle est bouclée : c'est Jérôme Coudanne de DEPORTIVO qui avait soufflé à Vinz et Acidula de ne jamais baisser les bras. Ce soir, les élèves ouvraient pour le prof. Mission accomplie.
Au son, Jean-Marc "Maz" Pinaud assure un son limpide. On l'a déjà croisé aux côtés de MERZHIN ou DARCY, et sa patte se reconnaît.

Set-list :
Tako-Tsubo
Stress
Dingogo
Sans toi
Ça m'électrise
Ecchymoses feat. Alexandra Gilles
L'incident
Iggy Pop feat. Kevin, THE PSYCHO CANDIES
Touche pas au grisbi !




Entre les deux sets, un détail en dit long sur l'esprit de la soirée : le tapis sous la batterie est plein de poussière, et Alexandre Maillard ne veut pas de crasse autour de son clavier, avec le risque de glisser quand il passe à la six-cordes. C'est Arnaud Fournier qui prend le balai pour que tout soit au mieux. Quatre soirs à fond, et personne ne lâche rien.

DEPORTIVO monte sur scène pour la deuxième soirée consécutive à la Maroquinerie. Le line-up : Jérôme Coudanne au chant et à la guitare, Clément Fonio à la basse, Julien Bonnet à la batterie, Alexandre Maillard aux claviers, et pour cette première partie de set, Vincent David à la guitare, présent pour bien plus qu'un feat. C'est lui que j'avais croisé à l'EMB quelques semaines plus tôt, et sa promesse est tenue.
Dès le premier titre, c'est le bordel : la bouteille d'eau de Jérôme se renverse sur son pédalier. Verdict : plus de son. " Mes pédales ont voulu aller à la piscine mais elles ne savaient pas nager ". La chanson se joue sans sa guitare. Le public s'en fout. Il est déjà en transe, debout, compact, les bras levés. La Maroquinerie n'est plus une salle, c'est une cocotte-minute. Et la reprise de MIOSSEC, " Les bières aujourd'hui s'ouvrent manuellement ", fait monter la pression d'un cran supplémentaire : ça pousse, ça chahute, ça chante à s'en arracher la gorge.
Le projet de la soirée se révèle alors dans toute son ambition : l'album éponyme " Déportivo " de 2007 joué en intégralité et dans l'ordre. Dix titres, de " ¿ Exorde baratté ? " à " Suicide Sunday. Pt. 1 ", avec Vincent David aux côtés de Jérôme pour cette première partie. La veille, c'était le premier album " Parmi eux ". Ce soir, le deuxième. La logique est implacable.
Je me retrouve face à Vincent sur la gauche de la scène, là où j'avais eu l'idée de poser mon réflex à hauteur d'homme. Mauvaise option : le groupe et le public sont hors de contrôle. Devant moi, une masse qui ondule, des gens qui se jettent les uns sur les autres avec une joie sauvage, des corps qui s'élèvent au-dessus de la foule. Les slams se succèdent, portés par des dizaines de mains tendues qui ne laissent personne tomber. La sueur ruisselle, les t-shirts collent, et " I Might Be Late ", " La brise ", " Blue Lights " défilent dans un état second, comme des souvenirs qui reviendraient à toute vitesse. Quand la parenthèse éponyme se referme, le groupe s'éclipse trois minutes. Changement de pédalier, et Cédric Leroux se substitue à Vincent David. Un changement de poste à la mi-temps, comme dans une équipe DEPORTIVO qui ne ménage pas ses forces. La salle souffle à peine.
Reviennent alors les inévitables. " La salade ", " Roma ", " Fiasco ", et " Parmi eux ", qui fait exploser un premier rang déjà à bout de nerfs. Les pogos reprennent de plus belle, denses et musclés, une mécanique collective qui s'emballe à chaque riff. " (L)égo ", et ce moment où Jérôme glisse " facho " à la place de " cochon " dans les paroles. Un mot, un geste, un contexte. Dans le fond, ça se passe comme prévu. Personne ne rate le changement, et la salle rugit. " Ivres et débutants " achève de mettre tout le monde sur le carreau, " Intrépide " relève ceux qui pliaient, " J'aurais dû t'en parler " suspend le temps une poignée de secondes, " 1000 moi-même ", " L'immobilité ", puis " Perdu ! " pour finir le set principal. Les gorges sont sèches, les jambes lourdes, et tout le monde en redemande.
Le rappel enfonce le clou. " Avide " d'abord, " Traînards " était en alternative, les deux auraient pu convenir. Puis " Rubikscube ", et là c'est le public qui prend le relais, a cappella, sans qu'on lui demande, chaque syllabe restituée avec une précision qui dit tout sur ce que DEPORTIVO représente pour ces gens-là. Les voix montent jusqu'au plafond, les bras se lèvent, et Jérôme les laisse faire, souriant.
" Wait a Little While ", puis " Paratonnerre " en clôture, avec le retour de Vincent David à la guitare pour boucler définitivement la boucle. " J'ai pas la classe, j'trouve pas ma place / déclassé ". DEPORTIVO arrive encore à monter d'une division.
Vingt-cinq titres. Une nuit entière.



Fin de soirée au bar de la Maroquinerie avec Vincent David, Lisa, régisseuse de la salle, et Mila, chanteuse. Le genre de moment qui prolonge un concert bien au-delà du dernier accord, quand la musique continue dans les conversations et les verres qui se lèvent encore. Il a fallu partir avant que ça devienne trop bien, pour aller chercher ma fille qui faisait Cendrillon, mais à plus de minuit passé. La fête des voisins, cette année, elle était à la Maroquinerie. Et la mienne était meilleure que la tienne.


(Review et photos réalisées par Djaycee)

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